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01 Sep

DU CADCAF AU « THEATRE ARABE DANS L’IMMIGRATION »

Publié par menzelbourguiba-ex-ferryville.over-blog.fr  - Catégories :  #Chroniques culturelles, #Chroniques sociales et politiques, #Mémoire, mémoires, #immigration, #migrants tunisien(ne)s

IL ETAIT UNE FOIS LES MIGRANT(E)S TUNISIEN(NE)S (4)

 

«Le théâtre «immigré» des années 70, c.à.d. le théâtre fait par ou pour des immigrés, est avant tout un théâtre qui surgit au cœur même des luttes que les immigrés ont mené pendant cette décade» (cf. M. Vaz 1984). C'est, en effet, un théâtre qui puise sa force dans les revendications sociales et les luttes du moment, en s'identifiant à elles. Le plus souvent les groupes de théâtre se créent au sein d’une association ou encore à l’occasion d’une grève ou d’une lutte. Support d’information et d’agitation ce théâtre, avant tout amateur, cherchait aussi à faire le lien avec la situation des pays d'origine et les mécanismes de l'émigration qu'il dénonçait. Ainsi par exemple les festivals organisés par la Maison des travailleurs immigrés (MTI) de 1975 à 1982 - et en particulier le 1er festival - ont été un véritable miroir de ce foisonnement culturel et artistique. Miroir d'une époque, où bon nombre de groupes y ont fait leurs premières armes (cf l’immigration de A à Z).

Nous sommes, ne l’oublions pas, dans un contexte à la fois de durcissement de la politique d’immigration de la France mais également de luttes ouvrières importantes dans l’industrie où l’on trouve de nombreux immigrés qui constituaient le prolétariat (les OS dans l’automobile …) ou encore des mobilisations contre le racisme anti-arabe. C’est aussi l’époque où les grèves de la faim contre les circulaires Fontanet-Marcellin se multiplient partout en France pour la régularisation des travailleurs immigrés « sans-papiers ».
 
Dans ce foisonnement culturel et artistique issu de toutes les cultures et communautés immigrées, les tunisien(ne)s ont été présents avec quelques troupes de théâtre. Et c’est de ces troupes et ceux qui y ont contribué dont il sera ici question. 

 

Parmi les troupes citons par exemple 

 

L'OASIS ENCHANTEUR  
Troupe de théâtre de Paris créée en 1976 composé en majorité de Tunisiens. Parmi les pièces jouées par la troupe il y a notamment « Mohamed Dupond », « le cercle vicieux » et « il n’y a pas que des manœuvres chez les immigrés ».

 

LES COMÉDIENS IMMIGRÉS 
Troupe de théâtre de Grenoble ayant participé au 2ème festival en 1976 en présentant la pièce « La charrette » décrivant l’histoire d’un paysan obligé de quitter la terre pour rejoindre la ville.

 

THÉÂTRE «IBN-KHALDOUN» 
La troupe Ibn-Khaldoun s’est notamment fait connaître par les pièces « Mohamed Travolta » et « Ben-Donald » . Crée en 1979 par des jeunes de Belleville et de Gennevilliers autour des tunisiens Hédi Akkari (ancien membre de la troupe Al Asssifa) et du metteur en scène Walid BOUAZIZI le Théâtre Ibn-Khaldoun aborde, entre autre, le drame de la double peine subie par les jeunes.

 

Et, bien sur, LE « THEATRE ARABE DANS L’IMMIGRATION (T.A.I)» qui sera, dans ce 4ème texte de « il était une fois les migrant(e)s tunisien(ne)s » traité plus en détails.


Le « Théâtre arabe dans l’immigration » est une troupe de théâtre composée notamment de Tunisiens, créée en 1973 qui a participé aux divers festivals organisés par la MTI (Maison des travailleurs immigrés)(*).  A l’origine la troupe s’appelait CADCAC (Collectif d’action et de diffusion culturelle arabe) était composée à la fois de professionnels de la culture, d’étudiants et d’ouvriers. Elle ne présentera qu’une seule pièce, « Kacem Azez » en 1973, avant de former une nouvelle troupe une première fois sous le nom de « Théâtre Tunisien Immigré » qui deviendra par la suite « Théâtre Arabe dans l’Immigration » reprenant les normes de la tradition populaire comme le conteur (El Meddah) ou le personnage de J’ha. La pièce « chronique de Kacem Azez » sera présentée le 1er septembre 1973 au Cyrano-Théâtre à Paris et le 14 septembre 73 au Théâtre de XIè (de la rue de la Roquette). La dernière création du T.A.I., « Fais pas le guignol J’ha », sera présentée en 1977 sur la scène du Théâtre des Amandiers à Nanterre.

***

 

Du CADCAF au « Théâtre arabe dans l’immigration »

 

Le groupe se présente de la manière suivante 
« mettre en œuvre tous les moyens de nature à aider les ressortissants des pays arabes immigrés en France, à développer leurs activités culturelles, à diffuser en France les œuvres culturelles produites dans leur pays d'origine et associer des ressortissants du pays d'accueil à ces activités de manière à renforcer les liens entre les deux communautés ». 

Cette troupe a notamment créé un spectacle autour du « maddah » qui est une sorte de conteur dans la tradition maghrébine et arabe. La troupe mis en scène une autre pièce intitulée « Jha, fais pas le guignol ».

A l’origine il y a d’abord le « Collectif d’action et de diffusion culturelle arabe » (CADCAF) né en 1973 créé par un groupe d'étudiants tunisiens à la Maison de Tunisie (Paris). En 1975 le groupe prendra le nom de Théâtre Arabe dans l'immigration (T.A.I) « autour d'une proposition écrite : étudiants, travailleurs et travailleurs culturels se sont réunis promouvoir une activité théâtrale orientée d'une part et surtout vers les travailleurs immigrés, leurs familles et leurs enfants et d'autre part vers les masses françaises ». 

 

Voici la présentation qui en faite dans le blog de THEATRE-ARABE-France :
« Ce n’est pas par hasard que nous sommes ici ou ailleurs....immigrés. Notre motivation principale isoler les censeurs.. Obscurantistes d'ici ou d'ailleurs...et œuvrer pour réaliser autre chose qu’une culture de conserve projetant l'image d'une Afrique du nord exotique et folklorique.
C'est pourquoi nous puisons dans les sources de la culture populaire afin que notre arbre ne meure point. C'est pourquoi nous voulons que notre théâtre soit un théâtre de démonstration et d'intervention.
Il n'importe aussi de rappeler ... Que l'arbre n'as pas de salle pour l'abriter, il n'a pas d'argent pour fleurir ....Il n'a pas de matériel pour s'entretenir.
Cependant il vit.

 

Lors du premier choc pétrolier de 1973 la volonté du gouvernement français est alors de maitriser les flux de l’immigration.
La crise économique a modelé des comportements nouveaux à l’égard des travailleurs étrangers, dont l’image s’est profondément dépréciée : « avec le retour des temps difficiles, l’immigration devenait « inutile », le travailleur étranger, désormais indésirable, pouvait rentrer chez lui. Les encouragements à l’immigration de la part du gouvernement et du patronat étaient dépassés, la crise avait modifié la vision économiste des flux de population : quatre millions d’immigrés devenaient quatre millions d’intrus.

 

Les liens établis entre chômage et immigration par les pouvoirs publics contribuent alors à forger une nouvelle image de l’immigré  comme responsable de la crise. Alors que le chômage frappe les Français, les travailleurs étrangers, notamment, bienvenus pendant les Trente-Glorieuses, sont invités à rentrer chez eux. Autrefois considérés comme indispensables à l’économie, leur inutilité devient une évidence et les membres des gouvernements en place n’hésitent pas à alimenter le sentiment populaire.
Paradoxalement, la crise économique et l’arrivée d’un chômage massif ont contribué à rendre visible toute une partie de la population immigrée : « La volonté de résoudre le problème d’une trop forte immigration par le rejet, voire l’exclusion, a en fait débouché sur la réalité de la présence d’une population étrangère en voie d’intégration :Les conflits sociaux, relatifs aux conditions de travail des immigrés et aux conditions de logement, qui ont traversé la décennie, contribuent à forger cette visibilité.

 

Les années 70 marquent en effet l’émergence de conflits durs d’entreprise : grèves, luttes contre la résorption des bidonvilles, long conflit de la Sonacotra entre 1976 et 1980, grèves de la faim des clandestins, etc. Dans ces conflits, le rôle du mouvement des Travailleurs Arabes (MTA)2 est prédominant. Ses militants organisent et mobilisent les travailleurs immigrés, autour de nombreuses actions de revendication, souvent contre l’exploitation des travailleurs immigrés et pour une amélioration des conditions de travail et des salaires.

 

Les références historiques et mémorielles, comme l’évocation de la période coloniale et plus spécifiquement celle de la guerre d’Algérie, sont un élément clé du discours mobilisateur du MTA et aussi « un référent ethnique et de classe, basé, dans le discours de celui-ci, sur une “identité arabe” caractérisant les travailleurs immigrés nord-africains en France ». Cette stratégie mobilisatrice permet, dans le contexte tendu des années 1970, de donner une voix politique indépendante aux immigrés  ainsi que la revendication de leur place dans la société française.

 

Dans cette toile de fond, les formes d’expression des immigrés, notamment culturelles se modifient et se développent. La vitalité du mouvement associatif et militant de l’immigration est un signe du besoin de participer à la création de nouvelles formes de solidarité et de nouvelles expressions culturelles et identitaires. Le théâtre y est « l’activité la plus répandue tout en étant la moins spectaculaire. Il répond à une exigence de témoignage et de dénonciation d’une situation d’injustice, et s’apparente à une nécessaire réflexion sur soi ».

 

Ce que l’on peut désormais nommer « théâtre de l’immigration » invente son propre réseau de diffusion, en se produisant principalement dans la rue, dans les quartiers, dans les foyers de travailleurs immigrés, dans les petites salles municipales ou dans les usines en grève. À travers la scène théâtrale, la représentation de l’immigration algérienne est avant tout sociale et se construit dans un premier temps à travers la figure de l’ouvrier comme expression d’une identité construite dans le travail à l’usine.

 

Témoin d’expériences singulières au regard de l’histoire collective, le théâtre de l’immigration se fait porte-parole des luttes des travailleurs immigrés de la décennie, marquée par l’apparition de mouvements d’émancipation et de défense des droits des travailleurs immigrés comme le MTA ou la Maison des Travailleurs Immigrés (MTI).
 

Ce théâtre n’est pas uniquement l’espace de représentation des luttes des travailleurs immigrés, il est aussi et surtout le témoin de l’immigration elle-même, avec son histoire propre : la vie des immigrés sur scène avec ses symboles, ses codes, ses gestes, ses langages, ses caractéristiques textuelles et scéniques propres, indéniablement liés aux origines et au pays d’accueil. L’immigré est également un émigré : ses liens avec le pays d’accueil ne peuvent être dissociés de ceux qu’il entretient avec son pays du « départ » et bien que difficilement vécu, ce chevauchement culturel est constamment représenté.

 

Cette expérience théâtrale, passée presque inaperçu dans les recherches en études théâtrales est pourtant à l’origine de la création, en France, d’un espace d’expression culturelle immigrée, revendiquant une dramaturgie du réel et du quotidien. La scène théâtrale devient alors le lieu privilégié du témoignage de l'immigration ».(cf. théâtre-arabe-France )

 

Les fondateurs du CADCAF (collectif d'action et de diffusions culturelles arabes en France) sont :


Pour le Théâtre :
Hechmi Ben frej, Mohamed Driss,  Ali saïdane,  Radhia Halouani,  Naima Mehdi,  Taoufik Jbali,  Mohamed Gharbi, Rached Manai,  Hamadi Boularès,  Taoufik Guigua,  Raja Ben Frej.

Pour la Musique:  
Hedi GUELLA -  Noureddine KALLEL, Khaled GHORBEL - Hamadi BOULARES
 
La première création Théâtrale du CADCAF, « KACEM AZAZ », a été présentée en février 1973 à la cité universitaire de Paris /Maison de Tunisie.
Texte et mise en scène de Mohamed DRISS
Les acteurs :  Ali Saidane,  Mohamed Gharbi, Taoufik Jbali,  Taoufik Guiga,  Naima Mehdi,  Radia Halouani,  Rached Manai, Raja Ben Frej.
Responsable de la Régie : Hechmi Ben Frej

 

***

 

(*)La Maison des travailleurs immigrés (MTI), crée en 1973 avec l’appui de la Cimade et coanimée par les principales associations de travailleurs immigrés 10, organise des projections de films, mais également des représentations théâtrales. En 1975, elle lance le Festival de théâtre populaire des travailleurs immigrés (FTPTI), dont la première édition, à Suresnes, a constitué un moment de visibilité inédite pour des troupes éparpillées sur l’ensemble du territoire et représentant les principales populations immigrées en France. Dès lors la MTI organisera quatre autres festivals (le 2ème en 1976, le 3ème en 1978, le 4ème en 1979 et enfin le 5ème en 1982 (cf. « L’immigration de A à Z »). 


***

 

Précédents textes :


•    « il y a 49 ans à Amiens : non à l’expulsion de Sadok Djeridi »

 

•    « De l’Etoile Nord-Africaine (ENA) à l’Association des étudiants musulmans nord-africains en France (AEMNAF) »

 

•    « Décembre 1972 : La grève de la faim de 19 sans-papiers tunisiens à Valence »


 

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