Menzel en … 2110 : « Pas de nouvelles, bonnes nouvelles ? »
Depuis que j’ai commencé à
alimenter ce blog, voilà trois mois maintenant, j’avais en permanence ce soucis en tête : aborder, certes, l’histoire et la mémoire de Ferryville et de ses habitants, mais tout en ayant,
toujours, à l’esprit le présent de Menzel Bourguiba et de ses habitants actuels. Car, à mes yeux, l’un ne va pas sans l’autre.
Concernant le passé, la mémoire de Ferryville je dois dire que je n’ai, jusqu’à présent, pas eu de difficultés vraiment insurmontables pour recueillir et glaner, ici et là, quelques informations intéressantes. En cherchant toujours, tant dans un souci d’être au plus près de la réalité que par honnêteté intellectuelle, à faire des recoupements avec d’autres sources quand elles existaient. Et je dois dire que l’internet est, sur ce plan, un outil extraordinaire.
Ca c’est pour le passé. Mais pour ce qui concerne le présent je dois avouer, ici, mon scepticisme et une certaine inquiétude également.
Inquiétude en rapport à la question de la circulation de l’information à (et sur) Menzel Bourguiba. Non pas de la circulation de l’information mais de l’information elle-même, de son existence en tant que matière. Car pour la faire circuler il faut au préalable qu’elle existe. Surtout aujourd’hui, dans ce village-monde hipermédiatisé, quand il n’y a pas d’informations sur une chose, un événement, un fait … eh bien cette chose, cet événement, ce fait … n’existent pas, un point c’est tout. C’est ce qui m’arrive. Chaque fois que je vais sur le web pour chercher la moindre information : Rien ! Nada ! La Chay ! Walou ! Niet !, niente ! Nicht ! Nothing ! … à désespérer quoi !
Ainsi donc il ne se passerait rien, absolument rien à Menzel. Donc comme on dit « pas de nouvelles, bonnes nouvelles ». Pour une bonne nouvelle, c’est une sacrée bonne nouvelle, non ?
Et pourtant ce n’est pas faute d’avoir essayé. Y compris par le moyen du web et notamment de « l’alerte Google ». J’ai en effet demandé à être systématiquement informé par ce biais chaque fois que le mot clé « Menzel Bourguiba » apparaît sur la presse (écrite évidemment) ou sur internet.
Alors savez-vous ce que je reçois (quand je reçois quelques chose bien entendu et, pour tout dire, très rarement) ? : En tout et pour tout des annonces de ventes, achats, locations de maisons, de voitures … ou encore (plus rarement) de football. Pas mal non ? Mieux encore, car ces derniers temps je reçois de manière plus régulière des « alertes Google » qui me renvoient les textes qui paraissent sur le blog. Comme le poisson qui se mord la queue. « Retour à l’envoyeur ». Un boomerang quoi. Bon c’est le système « alerte-Google » qui n’est qu’une machine qui agit « machinalement ».
Et pourtant, si je fais le compte de toutes les informations qui circulent à (et sur) Menzel par « ouï-dire », rumeurs, ragots, bobards, commérages, papotages, potins, qu'en-dira-t-on, racontars, allégations, bagous, bavardages, bruit de toutes sortes …etc, il y a vraiment matière à s’interroger.
Bon allez, j’exagère un peu. Enfin à peine. Il est vrai que certains journaux se sont fait l’échos de l’affaire des Eucalyptus de Guengla en mai 2010 ici . C’est vrai et on peut également trouver de temps à autre le compte-rendu du déplacement de tel ou tel ministre ; ou encore sur les projets économique ; ou les échos du palais (ici) … Mais à vrai dire pas de quoi fouetter un chat.
Il est vrai qu’il n’y a pas de journaux locaux pour relater et traiter ce qui se passe à Menzel. Les gens se sentiraient peut-être un peu plus concernés. Et les quotidiens nationaux ont, paraît-il, d’autres priorités. Et les blogs me direz-vous. Je n’ai pas les chiffres pour Menzel (eh oui, c’est ainsi) mais on parle plus de 2,5 millions d’internautes (soit 27% de la population) et près de 8.500 sites web en Tunisie.
Et pourtant … !
Je ne sais pas si, pour vous, c’est important mais, pour ce qui me concerne, c’est quelque chose qui ne cesse de m’interpeller. Comment se fait-il que l’on trouve autant de matière, combien même éparse, sur le passé et l’histoire d’une ville et se retrouver face à … un mur dès lors qu’il s’agit du présent.
Et inévitablement me voilà assailli par une idée qui m’obsède depuis des lustres et qui quelque part m’effraye un peu aussi.
Imaginons un instant, en nous projetons cette fois dans le futur, disant dans … 50 ou 100 ans, en 2110 par exemple, et que par le plus grand des hasards, un historien, un chercheur, un bloggeur (avec d’autres moyens évidemment que ceux que nous connaissons aujourd’hui) ... voulaient chercher à écrire et raconter ce qui se passait à Menzel Bourguiba un siècle plus tôt, en … 2010 ? Que croyez vous qu’ils (ou elles) vont trouver comme matière à se mettre sous la dent, ou sur leur écran, ou leur hologramme, ou que sais-je encore ?
Eh bien, ils devront, à mon humble avis, s’appuyer sur les travaux d’autres disciplines, comme les archéologues, les paléontologues … pour espérer trouver, à partir d’éléments fossiles, quelqu’indices, qui pourraient éventuellement, leur permettre de faire des recoupements pour savoir, par exemple, qu’en octobre 2010 il s’est passé tel ou tel événement qui a touché les habitants de Menzel Bourguiba (*).
Que resterait-il alors aux habitants de Menzel de 2110 pour s’informer ? Encore et toujours la bonne vieille recette de la transmission orale. Après tout ne dit-on pas que c’est dans les vieilles marmites que se cuisinent les meilleures soupes ? Ce qui se dit, se rapporte et se colporte. Comme aujourd’hui quoi. Il est vrai que nous somme dans une société de tradition fondée sur la transmission orale. Peut-être est-ce là une des explications de la surconsommation en matière de télévision. Mais alors ce sera le règne de la rumeur. Avec les conséquences que l’on sait. Le moindre fait dès lors qu’il est rapporté comportera nécessairement une grande part de d’interprétation, de déformation et d’exagération.
Autre interrogation pour être tout à fait juste et un peu équilibré : Et si, du coup, concernant cette fois le passé et l’histoire de Ferryville, les informations que nous trouvons étaient, elles-mêmes, orientées et/ou déformées par ceux qui rapportaient et transmettaient ces informations ? l’histoire écrite serait seulement l’histoire de ceux qui ont les moyens de l’écrire ? Ce que je rapporte dans ce blog ne serait alors au mieux qu’une partie de la réalité ?et qui plus est déformée ?
Dilemme, non ?
D’accord mais à tout prendre je dirais qu’il vaut mieux avoir plus d’informations et surtout une information diversifiée, même avec le risque (ou le soupçon) qu’elle soit, quelque part, orientée, que pas d’informations du tout. La diversité des sources d’information servant, dans ce cas, de garde-fou.
La solution ?
Il n’y a pas UNE solution. Elle doit, en tout cas, être diverse et multiforme. Publier un journal de Menzel ? pourquoi pas ! Multiplier les blogs et sites ? Certainement ! Redonner goût, aux gens de Menzel, à la pratique de la lecture, du cinéma, du théâtre … mais aussi des débats et des échanges ? Une condition, à mon avis, indispensable !
Voilà ce que j’avais envie de dire. Une simple « prise de tête » me direz-vous. Ou un « coup de gueule ». C’est dit.
Alors à demain, en attendant … 2110.
M.D.
(*) Am Khalifa Hichri s’est éteint le 08 Octobre 2010. Propriétaire du bar-restaurant « Moderne » il a également travaillé dans les années 1950 au Cercle des Officiers Mariniers de la marine à Ferryville-Menzel Bourguiba. (ici)