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21 Aug

Retour sur le tramway Tindja – Ferryville – Arsenal (TFA)

Publié par menzelbourguiba-ex-ferryville.over-blog.fr  - Catégories :  #Mémoire, mémoires

TFA-ok.jpg« Terminus ! Place de la gare ! Tout le monde descend ! » Voilà ce que devaient entendre les passagers du tramway TFA (Tindja – Ferryville – Arsenal). Du moins c’est ainsi que je l’imagines.

 

Pour ceux qui l’auraient oublié la station qui porte ce nom de « Place de la gare » se situe à l’angle de l’avenue de France et de l’ex Bd Carnot (les Caroubiers). Collée à la DCAN juste en face du Fourneau. Le trajet coûtait alors (en 1906 et après) 20 C. jusqu’à Ferryville et 25 C. jusqu’au terminus Place de la gare. 4 km environ depuis la gare de Tindja. Le bâtiment qui servait de gare terminus que l’on voit dans de nombreuses cartes postales existe toujours mais, aujourd’hui, il sert de logement pour une famille. Mieux, il y a encore à ce jour la fameuse plaque tournante qui servait à faire pivoter les wagons du tramway pour le trajet retour. Elle est là, plaquée au sol, se confondant même avec lui sans que personne n’y prête attention. Sauf à quelques nostalgiques et qui plus est curieux. Donc la « Place de la gare » étant identifiée où pouvait alors se situer la station « Ferryville » ?

 

CIMG1945.JPGCIMG1947.JPGLe tramway de Ferryville a joué un rôle important voire essentiel dans l’essor de la cité. Et même dans la configuration urbaine et la composition sociologique de la ville. Revenons un peu en arrière. Commencée en 1892 la construction de la ligne de chemin de fer qui relie Tunis à Bizerte s’achève deux ans plus tard, en 1894. Les voies de transport et de communication sont un élément indispensable dans la politique de colonisation (route, voies ferrées …). Indispensable pour transporter les troupes mais également les matières premières et les marchandises. Evidemment indispensable aussi pour les voyageurs. Et Ferryville, avait grandement besoin de voyageurs et surtout de main d’œuvre autant pour le chantier de l’arsenal en construction que pour ceux de la ville elle-même. Bien sûr l’armée avait très tôt, pour les besoins stratégiques, fait construire des routes reliant Bizerte à Tunis en passant par Mateur et jedaida. Une route aussi pour se rendre à Ferryville ville naissante. Mais une route empierrée sur près de 5 km.

 

En 1898 le journal la « Dépêche tunisienne » faisait remarquer que « depuis quelque temps des voitures stationnent à la gare de l'Oued-Tindja à tous les trains pour conduire les voyageurs à Ferryville et à Sidi-Abdallab. Ces moyens de transport, faciles et peu coûteux, faisaient totalement défaut jusqu'à ce jour ». Ce qui laisse supposer que le tramway n’était pas encore construit. En effet ce n’est qu’en 1903 que va se constituer une Sté anonyme la « Compagnie des Tramways Tindja – Ferryville – Arsenal » qui aura la charge d’exploiter le tramway (La même année fut également fondée la Compagnie des tramways de Tunis qui exploita le tramway de la capitale) composée surtout de capitalistes de la région lyonnaise (comme la plupart des entreprises qui ont exploité la quasi-totalité des chantiers de l’arsenal et de Ferryville). Cela était d’autant plus nécessaire que les ouvriers qui travaillaient pour les chantiers (arsenal et Ferryville) avaient été pour la plupart loger dans des cités ouvrières construites à partir de 1900 situées à Tindja. Une des raisons de cet éloignement était la volonté politique de la Société Immobilière Nord-Africaine - en accord vraisemblablement avec les autorités locales du protectorat – de réserver les habitations du centre ville aux catégories aisées, aux activités commerciales et aux fonctionnaires et donc d’éloigner les Italiens mais aussi les manœuvres français vers la banlieue.

 

Le tramway du début a d’abord fonctionné par traction animale. avenueLa machine à vapeur ne sera introduite que plus tard. Cela a duré quelques années visiblement (c’est en recoupant et surtout en comparant les différentes cartes postales de l’époque que l’on peut avancer quelques éléments dans l’historique du tramway : Il apparaît ainsi que jusqu’à l’inauguration du premier édifice, en 1909, à la mémoire des victimes du Farfadet et du Lutin rien ne montre une quelconque trace de rails sur l’avenue. Ce n’est que plus tard, quand justement le véritable monument du Farfadet fut installé que l’on distinguera clairement les rails du tramway). On sait que Ferryville a traversé une phase d’expansion avec la construction du chantier de l’arsenal et celui de Ferryville (jusqu’en 1906 environ) puis elle traversa au contraire une période d’infléchissement des activités (1907 – 1910) due au départ de nombreux ouvriers à la recherche d’autres chantiers ailleurs. La reprise n’ayant commencé qu’avec le démarrage de l’exploitation de l’arsenal en 1911 environ et surtout avec les prémisses de la première guerre mondiale. Cette reprise de l’activité va entraîner un appel de population mais aussi et surtout de nombreux militaires. La construction de ferryville va reprendre et l’on va même assister à une extension urbaine vers la partie sud et la partie ouest. L’une des conséquences est le lancement d’une nouvelle voie ferrée dès 1912. Sa construction et son exploitation seront concédés à la Compagnie des Tramways Tindja – Ferryville – Arsenal. C’est sans doute à la même époque que notre fameux tramway deviendra mécanique à son tour et traversera l’avenue de France jusqu’à la place de la gare(*).

 

(*) Un chercheur, M. S. Jabbari qui a réalisé un important travail de recherche sur Ferryville (cf. « l’arsenal de Sidi-Abdallah ou la naissance d’une ville coloniale : Ferryville » 1992) aborde cette question cette nouvelle ligne de chemin de fer.

 

 

Voir aussi

Mais où est donc passé le pont de Tinja ?

Ferryville – Tinja : Deux cités que tout rapproche, surtout l’histoire

Chronologie succincte de Menzel Bourguiba

 

Mohsen Dridi

 

 

Je suis, je l’avoue, impardonnable d’être passé à côté du texte de mon ami Mahjoub Soltani paru dans l’hebdomadaire « Réalités ». D’autant plus impardonnable que je viens à peine de publier sur ce blog un papier sur le même sujet. Merci à Michel Busuttil de m’avoir soufflé l’info. Sans plus attendre je joins ici le lien pour que chacun puisse le visionner http://cjoint.com...

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M
<br /> Encore un bon article Mohsen<br /> <br /> <br />
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Garder vive la mémoire d'une ville (Menzel Bourguiba ex-Ferryville) et de ses habitants