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07 Jan

Mairie de Menzel Bourguiba : 1914 – 2014, Bientôt 100 ans ! A quand la réhabilitation ?

Publié par menzelbourguiba-ex-ferryville.over-blog.fr  - Catégories :  #"Akhbar" El Menzel, News

mairie.jpgLa réhabilitation de l’édifice de la Mairie de Menzel Bourguiba, incendié le 12 janvier 2011, semble avoir trouvé un début de solution puisqu’il a été annoncé l’octroi  « d’une subvention de …360 mille dinars vient d'être annoncée pour exécuter les travaux de réfection nécessaires » c’est en tout cas ce qu’annonçait le 12 décembre 2012 le journal en ligne Investir. Enfin une bonne nouvelle. Il faut dire que quiconque passe prés du bâtiment, aujourd’hui calciné et muré, ne peut qu’être effaré et scandalisé à la vue d’un tel spectacle. Les menzéliens comme tous les visiteurs ne pouvaient rester insensibles. Pensez donc : Un édifice bientôt centenaire (1914 - 2014) et qui plus est d’une architecture admirable, comme d’ailleurs nombre d’autres édifices publics construits dans les premières années de Ferryville (La poste, le marché, l’école Jules Verne …).

 

Les travaux de construction de la mairie ont débuté en 1912 et inauguré en 1914, mais le terrain sur lequel elle a été construite fut acquis par la Sté lyonnaise des constructions économiques de l’arsenal de Bizerte dans les toutes premières années lorsque Joseph Décoret fit établir le plan de la ville. Pour mémoire c’est en effet Joseph Décoret, ayant probablement eu vent des projets de construction de l’arsenal, qui eut l’idée d’acheter les terrains sur lesquels sera construit l’arsenal. Il acheta bien sûr les terrains environnants, conçut le plan de la nouvelle ville (à laquelle il donnera le nom de Ferryville sous la pression, vraisemblablement, du Résident général de l’époque) et commença même à y construire quelques maisons, mais aussi quelques édifices publics comme la Poste, l’école publique, le marché …. A la mort de Joseph Décoret, en août 1899, ses héritiers vendirent les terrains à une société lyonnaise la Société immobilière Nord-Africaine laquelle, à son tour, les revendit à d’autres Sté et en particulier à la Société lyonnaise des Constructions économiques de l'arsenal de Bizerte.

Comme on le voit le capitalisme lyonnais s’est beaucoup investi à Ferryville, notamment dans la spéculation immobilière, mais aussi dans d’autres régions de Tunisie et même dans d’autres colonies[1].

 

Mais revenons à notre mairie

 

Il faut savoir que depuis l’époque équivalente au moyen-Âge, la Tunisie était organisée en Cheikhats. Ce n’est qu’à partir de 1858 que la première commune de type moderne fut instituée à Tunis d’abord puis le modèle s’étendit petit à petit à d’autres villes. Mais c’est surtout avec la colonisation en 1881 et plus particulièrement avec le Décret de 1885 que le système des communes va se réorganiser et s’étendre. Ainsi dès 1885 quelques communes vont être créées notamment à Sousse, Sfax, Bizerte, la Goulette, le Kef …). Et là où les conditions n’étaient réunies pour une commune (nombre d’habitants, français surtout mais aussi européens, insuffisants …) on avait institué un système de « Commission municipale ». Ce fut le cas de Ferryville à partir 1905. Quoi qu’il en soit, à cette époque, il n’y avait pas d’élections et tous les conseillers étaient simplement nommés par les autorités.

 

Voici ce qu’écrivait en 1902 Georges Dufour[2] au sujet de la nouvelle cité en construction « ceux qui ont choisi l’emplacement de Ferryville n’ont-ils eu d’autre préoccupation que de se rapprocher le plus près possible des établissements maritimes. La ville se construit à l’ouest des terrains de l’arsenal, tassée dans une encoignure formée par les limites de ces terrains, qui lui interdisent toute communication avec le lac ; de ce côté, le mur d’enceinte lui fermera même complètement l’horizon.(…) Les rues ne sont qu’esquissées sur le sol ; aucun travail de voirie n’est fait pour les rendre praticables ; seule la grande route qui conduit de l’arsenal à Bizerte, en traversant la ville, est entretenue de façon convenable par l’Administration des travaux publics. Il n’y a pas de trottoirs au seuil des maisons ; les ruisseaux ne sont que des dépressions irrégulières du sol où croupissent les eaux sales. (…)Les pouvoirs publics n’ont pas eu à intervenir pour empêcher la construction de ces taudis ; le centre de Ferryville s’est créé en somme par la réunion de propriétés particulières établies sans aucune règle sur des terrains privés ; chacun est maître chez soi comme le colon dans son domaine. Mais le groupement des habitations rend maintenant nécessaire le groupement et l’entente des individus. Les habitants unissent leurs vœux pour réclamer l’installation d’une municipalité qui sera chargée de représenter les intérêts de la collectivité et de réclamer les mesures d’assainissement qui s’imposent. Parmi les questions les plus urgentes, il faut compter l’alimentation de la ville en eau potable et la création d’un réseau d’égouts ». Bref on comprend aisément que les habitants s’organisèrent pour réclamer l’installation d’une municipalité.

commission municipale 1905 (3)

N’ayant pas encore le statut de commune c’est en 1902 que fut constituée la Commission Municipale de Ferryville. Le bâtiment qui faisait office de commission municipale se trouvait rue de Corse à l’angle du marché (voir la photo ci-dessus). Le bâtiment existe encore aujourd’hui, rue d’Algérie, mais plus aucune trace de sa fonction d’origine. 

 

Nommée par décret beylical elle comprenait à l’époque 7 conseillers (dont 6 français et 1 musulman). A l’époque, le président de cette commission à Ferryville était le caïd de Bizerte Salah Baccouche,  mais celui-ci devait, en raison de la règle en vigueur, déléguer automatiquement ses pouvoirs au vice-président lorsque celui-ci est français, ce qui était toujours le cas. En clair seul un Français pouvait être maire à cette époque.

 

Ainsi le premier vice-président nommé en mars l902 était un certain François Eugène Ricard [3]à la tête de la commission municipale de Ferryville et ce jusqu’en 1905.

 

Le second à être désigné comme vice-président de la commission fut M. Billes qui occupa ce poste de 1905 à 1907. Petit retour sur ce qu’écrivait le 12 novembre 1905 l’hebdomadaire « L’Avenir de Ferryville et de Mateur ».« N’ayant pas encore le statut de commune c’est le 11 mars 1902 que fut constituée la première instance administrative de Ferryville appelée « Commission Municipale ». C'est M. Gaillère, contrôleur civil, accompagné de Mohamed Salah Baccouche, caïd de Bizerte, qui a installé à Ferryville, la commission municipale instituée par arrêté présidentielle du 11 mars courant. Elle comprenait à l’époque 7 conseillers (dont 6 français et 1 musulman). Toutefois selon la Charte municipale en vigueur en Tunisie le président est un Caïd tunisien (Salah baccouche, caïd de Bizerte)  mais celui-ci devait déléguer automatiquement ses pouvoirs au vice-président lorsque celui-ci est français. Le premier vice-président nommé était un certain François Eugène Ricard ». Et c’est en cela que l’information est intéressante et nous permet de préciser les mandats. Donc François Eugène Richard a été désigné en 1902 jusqu’en 1905 date à laquelle va lui succéder M. Billes. Au passage le journaliste de l’époque ne se prive pas de faire remarquer que M. Billes est également vice-président de la chambre de commerce et que le mélange des genres n’est pas une bonne chose. De plus le journal rappelle qu’il est plutôt favorable à l’élection du maire au suffrage universel (ici)

 

En 1907 ce sera au tour de Wilfrid Rondeau[4] qui occupera la place de premier magistrat de la commission municipale et ce jusqu’en 1911.

 

Ensuite de 1911 à 1914, succédant à Wilfrid Rondeau, ce fut au tour d’un certain Marquand d’être désigné vice-président de la commission municipale (mais il y a peu d’informations sur les dates de son mandat ni sur lui-même).

 

inauguration mairie2Mais il faudra cependant attendre la Charte municipale de 1914 pour unifier le statut des municipalités en Tunisie qui seront dès lors administrées par un Conseil municipal présidé par un tunisien avec un ou plusieurs vice-présidents français et d'un nombre variable de conseillers français, musulmans ou israélites. C’est en 1912 que fut construit l’Hôtel de ville (inauguré en 1914) de Ferryville comme le montre la photo.

 

En 1922, il y a eu Ottavy Octave a été maire de Ferryville. Octave Ottavy semble avoir eu le mandat le plus long de l’histoire de Ferryville (probablement de 1922 jusqu’à sa mort en 1946). C’est l’avant-dernier maire de la ville et c’est lui qui est présent sur la photo devant la municipalité en 1931 dans l’attente du président français Gaston Doumergue (ici) en visite à Ferryville.

 

Il faudra attendre la fin de la seconde guerre mondiale pour voir l’instauration du système de l’élection des conseillers municipaux mais seulement pour la ville de Tunis.

 

Au milieu des années 1952 - 54 l’administration coloniale voulue mettre en place une nouvelle réforme des communes. Si le principe de l’élection se généralise le choix de deux collèges (l’un français et l’autre tunisien) et très mal accepté par les Tunisiens et ce, comme chacun le sait dans un contexte où le mouvement national pour l’indépendance était en pointe et que les négociations pour l’autonomie interne sont en bonne voie. Cette réforme fut contestée et cela s’est fait sentir lors des élections municipales de 1953 il y eut alors un mouvement de boycott massif de la part des Tunisiens.

 

M. Bacciochi (directeur d’école Franco-arabe de la Briqueterie et dont l’épouse a été directrice de l’école maternelle) a été le dernier maire français de Ferryville jusqu'en 1956 au moment de l'indépendance

 

Après l’indépendance de nouvelles réformes furent, bien entendu, introduites et s’appliquèrent aux municipalités à partir de mai 1957, date des premières élections après l’indépendance. Entre temps (1956 – 57) les communes furent gérées par des délégations provisoires. Depuis cette date voici la liste des maires qui se sont succédés à Menzel de 1958 à 2011.

 

- 1958 - 1962 : Ahmed Ben Hamida

- 1962 - 1980 : Taïeb Tekaya (décédé)

- 1980 - 1990 : Mohamed  Dridi (décédé)

- 1990 - 1995 : Kamel Dhaouadi

- 1995 - 2000 : Fethi Sâafi

- 2000 – 2005 : Fethi M'rabet

- 2005 – 2010 : Sadok Chalghoumi

- 2010 – 2011 : Jamel Eddine El Batti

 

Jusqu’en janvier 2011, lorsque la révolution s’invita pour tout remettre en question, y compris les structures municipales. Ainsi le 20 juin 2011 fut mis en place une Délégation spéciale qui gère les affaires de la ville en attendant les prochaines élections municipales.

 

Mais que s’est-il vraiment passé en ce mois de janvier 2011 et surtout ce 12 janvier 2011 comme le signale cet extrait d’une pétition lancée par des citoyens de Menzel « le 12 janvier 2011, la ville de Menzel Bourguiba a subi une action dévastatrice. En effet, les sites de la municipalité, la recette des finances, les postes de police, plusieurs banques, la poste, monoprix, minigros, la compagnie Star...ont été incendiés par une milice en 30 minutes ». J’ai entendu, en 2011, des versions et des rumeurs de toutes sortes. Mais une qui revenait le plus souvent dont voici en substance la teneur: « ce soir là nous avons remarqué des voitures de location qui circulaient dans les rues de Menzel alors même que le couvre-feu était en vigueur et que, ici et là, quelques affrontements avaient cours. « ils » ont utilisé des bombes incendiaires qu’ils lancèrent dans les locaux de la municipalité qui a pris feu avec une rapidité telle …  Puis « ils » ont pris la fuite vers la route de Tunis ». « Ce n’était des gens de Menzel» répétait-on !

 

mairie-aujourd-hui-menzel2.JPGAujourd’hui, deux ans après, il est difficile de dire vraiment si cette rumeur repose sur des fondements sérieux ou si elle n’est qu’une simple vue de l’esprit. Comme toute rumeur ! Mais peu importe, pour l’instant, le mal est fait et nul ne peut l’ignorer. Depuis deux ans maintenant le bâtiment de la municipalité est toujours là, muré et entièrement calciné à l’intérieur. Tout est à refaire. Et il faut espérer que les travaux de réhabilitation seront à la hauteur et à même de lui conserver son style architectural originel. Un édifice public comme la mairie est un reflet de la ville et qui plus est de sa mémoire. Espérant qu’il ne subira pas le même sort que la façade de la poste. Les citoyen-nes en général et les architectes en particulier, comme tous ceux qui aiment cette ville se doivent d’être vigilants sur cette question. C’est d’ailleurs l’âme de la ville qui est à remettre en valeur. Il faut savoir que toutes les constructions (il suffit de revoir les cartes postales anciennes ou encore d’être un peu attentif et observateur pour voir encore aujourd’hui ces façades derrière les paravents) au début du siècle avaient cette forme architecturale particulière avec des façades et des portes en arc (ces façades ont été, petit à petit, pour une raison incompréhensible ou alors avec la volonté d’effacer le passé, reconstruite de manière uniformément rectangulaire).

 

Et n’oublions pas que la Mairie fêtera ses 100 ans en 2014. Cela vaut bien une réhabilitation !

 

Mohsen Dridi

 

[1][1] La Tunisie, où plusieurs hommes d’affaires lyonnais ont placé leurs capitaux dans la viticulture, mais aussi dans la céréaliculture, afin de fournir aux sept fabriques de pâtes alimentaires lyonnaises le blé dur nécessaire à la fabrication. Ainsi, en 1892, l’entreprise  lyonnaise Rivoire & Carret , fondée en 1860, installe à Marseille la plus grande usine mondiale de pâtes alimentaires, au débouché des cargos revenant du Maghreb. Outre ces affaires agroalimentaires, des capitaux lyonnais sont placés dans la spéculation immobilière, en particulier dans la Société immobilière nord-africaine, fondée en 1899 à Lyon par Alfred Pépin, négociant originaire de Tarare, dans les monts du Lyonnais. Avec plus d’un million de francs de capital, Pépin lance un immense projet d’urbanisme colonial avec l’affaire de Ferryville, ville nouvelle qui jouxte l’arsenal de Bizerte et dont la construction est réalisée par une autre entreprise lyonnaise, la Société lyonnaise de constructions économiques de l’arsenal de Bizerte. Des Lyonnais investissent dans la fabrication de l’huile d’olive industrielle et l’industrie minière (mine de zinc de Zaghouan). Si au Tonkin, le commerce et l’industrie d’équipement dominent, en Tunisie, les placements se font dans l’agroalimentaire et l’immobilier. (Cf. « Une culture impériale consulaire ? L’exemple de la Chambre de commerce de Lyon (1830-1920) » Jean-François Klein 2007)

[2] Georges Dufour avait été chargé à cette époque de la construction de l’hôpital maritime de Ferryville lequel fut inauguré en 1905.

 

[3] On sait par ailleurs que la pharmacie Vassalo (anciennement Malakh ) était tenue par un certain Eugène Ricard dans les années 1905. De plus on sait aussi qu’un certain Ricard avait été président de la ligue de l’enseignement section de Ferryville à cette même époque. S’agit-il d’une seule et même personne ?

[4] C’est lui qui va créer, en 1905, la banque Rondeau. Il a été trésorier du comité du Monument du Farfadet ainsi que d’une association (chorale ?) « La Lyre Ferrivilloise ». Il obtint également des autorités maritimes, pour un franc symbolique, une parcelle de terrain au sud de l'arsenal en bordure du lac de Bizerte qui sera aménagé en plage et qui deviendra la Plage Rondeau. (W. Rondeau né en 1874 à Nantes il décédera en 1932 à Ferryville)

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P
J'apprécie votre blog , je me permet donc de poser un lien vers le mien .. n'hésitez pas à le visiter.
Cordialement
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C
Il faut que la rehabilitation de la Municipalité de Menzel se fasse ainsi que les autres édifices publiques. La Municipalité a toute une histoire c‘est la memoire de la ville,elle represente l‘ame de Menzel et des menzeliens,ainsi que la recette des finances. J‘étais Choque quand on coupe la tete de l‘Eglise pour en faire un centre culturel on eu aucun respect pour le culte catholique,alors qu‘en France on construit des Mosquees ici on respecte les cultes.
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Garder vive la mémoire d'une ville (Menzel Bourguiba ex-Ferryville) et de ses habitants