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16 Aug

Chroniques menzéliennes (été 2011)

Publié par menzelbourguiba-ex-ferryville.over-blog.fr  - Catégories :  #Chroniques sociales et politiques

CIMG1833.JPGPremières impressions …

 

Juin 2011, première visite après la révolution. Un moment tant attendu. Je voulais voir ce que la révolution avait apporté à Menzel Bourguiba. A première vue et en apparence Menzel est toujours la même, immuable. Bien sûr les traces des incendies (la mairie, les finances, les banques …) sont encore visibles, le monoprix fermé et muré... Cela je m’y attendais un peu. J’ai découvert que l’ex place du 7 novembre avait été rebaptisée « place des martyrs du 14 janvier 2011 ». Enfin juste une plaque accolée au monument existant, vous savez, ces monuments avec un cadran d’horloge que l’on retrouve quasiment à l’identique dans toutes les villes et villages de Tunisie. Mais pour le reste rien de changé. Ou plutôt si la situation a malheureusement empiré. La saleté et les détritus, oui, beaucoup plus visibles. Les rues sont les mêmes, les bâtiments en ruine depuis des lustres le sont un peu plus encore. La nonchalance toujours aussi présente et pesante comme la chaleur écrasante de l’été. Il y a aussi les terrasses de cafés toujours bondées.

Immuable Menzel. Curieux de penser que la révolution va, « comme çà », changer le visage de la ville. Menzel est et sera toujours pareille à elle-même.

 

Enfin en apparence. Car si les parties de cartes dans les cafés sont toujours aussi bruyantes et ne dérogent pas à la tradition quelque chose a bel et bien changé. La politique ! Oui la politique a fait son intrusion devenant même le sujet de discussion par excellence des Menzéliens (comme des Tunisiens en général). Y compris même chez ceux qui hier n’avaient que les jeux de cartes et le foot à l’esprit et à la bouche les voilà devenus férus d’actualité politique (enfin jusqu’à un certain point car comme on le verra le jeu de cartes comme le foot restent les principaux loisirs de nombreux Menzéliens). Mais on discute à tout bout de champs et sans tabou (enfin presque). Et c’est tant mieux. Après tout n'est-il pas vrai que la démocratie et la politique sont un peu comme dit le dicton « pour devenir forgeron il faut commencer par forger ». Et on discute politique jusqu’au sein des cellules familiales.

 

Comment les gens se forment-ils une opinion ? Comme partout ailleurs dans le monde : A l’intérieur de la cellule familiale en premier lieu. La télévision aidant à coup sûr car c’est connu le Tunisien est un téléphage. Le Menzélien ne fait pas exception à cette règle. Certes il y a quelques journaux – ceux de toujours – mais pas ou peu de traces des autres, ceux des partis d’opposition par exemple. Il faut aller les chercher dans les locaux de ces partis. Quant il y en a bien sur. La télé donc et, bien sur, l’incontournable facebook. Pour la télé, comme pour la presse écrite, il faut reconnaître qu’une certaine et incontestable liberté de ton y a frayé son chemin. Pour le reste (facebook et les réseaux sociaux …) il y a là par contre « à boire et à manger » comme on dit. Et qui plus est de plus en plus indigeste voire dangereux sans un minimum de vigilance.

 

On discute donc librement. Pour autant, les choses sont un peu plus … compliquées. Les discussions politiques sont certes partout. Mais j’ai également découvert - y compris dans les moments de grande tension, comme pour les journées du 16 juillet et suivants, et alors même que des postes de police ainsi que des services publics (agence de l’emploi, CNSS) étaient saccagés et incendiés, que des groupes présumés salafistes et des meutes de petits casseurs et de voleurs entretenaient un climat de peur à Menzel – qu’il suffisait parfois et le plus simplement du monde de faire quelque 50 m pour trouver des gens attablés dans les terrasses des cafés en train de … jouer aux cartes. Idem pour les mariages d’ailleurs. Y compris dans les pires moments d’affrontements, sous les bombes lacrymogènes, les mariages persistaient à déverser leurs musiques. Comme si de rien n’était ! Est-ce de l’insouciance, de l’indifférence ou une façon, très particulière il faut le dire, de résister face aux bouleversements, aux incertitudes et aux difficultés du moment ? Immuable Menzel.

 

 

La politique fait son intrusion

 

Je le disais plus haut la politique est le sujet de discussion du moment. Dans les cafés, dans les familles, dans les locaux des mouvements politiques (du moins pour ceux qui en ont car il y en très peu). La société civile bouge aussi.

 

La « délégation spéciale » remplace l’ancien conseil municipal

 

Première nouveauté, conséquence de la révolution et à l’instar d’autres villes l’ancienne équipe municipale « rcdiste » a été dégagée et remplacée par un comité choisi parmi les membres de la société civile. Même si cela s’est fait avec un certain retard pour le cas de Menzel, allez savoir pourquoi ! Et comme le bâtiment de la mairie de Menzel est complètement détruit depuis le 13 janvier (en attendant sa restauration) c’est celui qui servait de siège à l’ex-RCD qui a été réquisitionné pour abriter les services de la municipalité et bien évidemment à la nouvelle équipe. Et les nouveaux membres du comité municipal doivent se démener comme des diables pour arriver à faire fonctionner un tant soit peu les divers services. La tâche est immense. Déjà, avant, Menzel était dans un état de délabrement tel que… Aujourd’hui tout est à reconstruire : les routes, les bâtiments, les services, les institutions et jusqu’aux mentalités. D’autant que les moyens manquent cruellement. La volonté y est, incontestablement mais les moyens font défaut. Et, il faut le dire aussi, un certain professionnalisme. On ne devient pas gestionnaire comme çà. Sans compter que les anciens rcdistes ne sont jamais très loin. Certains même sont encore aux commandes dans les principaux services et traînent des pieds quand ils ne sabotent pas franchement. Fonctionnaires ! Eh oui ! La Tunisie est comme ça ! N’est-ce pas l’administration qui assure la « continuité de l’Etat » ? Pour le meilleur et, il faut le signaler (c’est ce qui a permis le maintien d’un service, minimum certes, mais indispensable) mais aussi pour le pire (on trouve de grands commis de l’Etat et de l’administration, y compris territoriale, impliqués et englués dans les affaires de corruption de l’ancien régime). Et à Menzel tous les regards sont fixés sur le secrétariat général de la municipalité. Le goulot d’étranglement. Le ministère de l’intérieur tarde à décider des mutations et des mises à la retraite indispensables.

 

 

La société civile en effervescence

 

CIMG1886.JPGDans un papier datant d’octobre 2010 j’avais abordé la situation des associations en Tunisie et à Menzel (ici). Je parlai alors de 24 associations existantes mais en précisant que toutes les informations disponibles sur la question étaient à prendre avec beaucoup de réserve et de distance. Qu’en est-il aujourd’hui, après la révolution ? Pas encore de statistiques précises, on peut le comprendre et il ne faut pas tout demander en même temps, mais on sent une réelle dynamique. Quelques partis politiques, quelques associations … Pour l’heure on distingue mal la différence entre les uns et les autres tant les questions sont imbriquées. Les associations « courroies de transmission » de certains partis, de gauche comme de droite, est une réalité. Les pratiques traditionnelles ont décidément la peau dure. L’inexpérience sans doute. Mais aussi et surtout à  l’approche de l’échéance essentielle de l’élection de la future assemblée constituante qui semble occupé tous les esprits. Disons plutôt ceux des militants engagés. Car pour les citoyens ordinaires les urgences sont visiblement ailleurs. On a pu le vérifier lors du (difficile) démarrage de l’inscription sur les listes électorales. Il est vrai que ce constat est valable pour tout le pays. Mais j’ai trouvé que, tout de même, les organisations de la société civile n’avaient pas pris toute la mesure de l’enjeu et ont mis du temps à se bouger sur cette question. Et la preuve en a été faite qu’après une diffusion de tracts appelant les citoyens à s’inscrire Menzel Bourguiba a été la ville avec le plus fort taux d’inscription. Mais pas pour longtemps.

 

Peu importe, puisque çà bouge et les initiatives en témoignent. J’ai eu l’occasion d’assister à une réunion avec les associations locales à l’instigation du comité municipal. Les gens ont tellement de choses à dire et à faire. Bien sûr la discussion allait un peu dans tous les sens, mais peu importe, tant l’envie de faire était visible. Deux propositions importantes ont retenu mon attention : l’organisation (le retour) du festival de Menzel Bourguiba et la récupération des locaux de l’ancien club pour en faire (peut-être) une maison des associations. Intéressant !

 

De même le 3 juillet le mouvement « Ettajdid » (de gauche) organisait un rassemblement politico-culturel sur la place du marché. Le kiosque reprenait ainsi ses droits et redevenait enfin un espace à musique. Du Rap bien sûr mais aussi de la musique engagée avec le groupe « les colombes blanches ». Et puis des gens de tous âges, des femmes voilées et d’autres pas, quelques stands aussi … « la fête de l’Huma made in Menzel ! » me souffla à l’oreille un ami en référence au traditionnel rassemblement politico-culturel annuel organisé par le PCF (parti communiste français) dans la région parisienne. Peut-être, mais ça manquait de débats politiques et d’explications des enjeux du moment. Cela viendra sans doute avec le temps. Pour l’heure l’essentiel est d’occuper les lieux publics pour en faire les espaces d’échanges avec les citoyens et d’apprentissage de la démocratie.

 

Quelques jours plus tard c’est au tour du « comité de défense de la révolution » (un groupe proche du mouvement islamiste Ennahda) d’organiser, place des martyrs (ex place du Farfadet) une stèle à la mémoire des victimes tombées au cours de la révolution à Menzel Bourguiba. De même le 19 juillet était organisait, sur la place du marché (le kiosque) une initiative à propos de la guerre de Bizerte.

 

Par ailleurs il y a eu également le lancement du comité de préparation du festival de Menzel. Plusieurs réunions du groupe avec constitution de commissions de travail par thème. Un travail intense qui a abouti à la finalisation d’un programme culturel et artistique pour le festival qui doit en principe avoir lieu dès la mi-août et durer près de 2 semaines. Animations de rue et dans toutes les places publiques de la ville durant le ramadan.

 

Le 16 juillet : Une opération ville propre a eu lieu Menzel. Intéressant et instructif aussi. Intéressant parce que nous étions une vingtaine de personnes (femmes, hommes, adolescents …) à y avoir participé. L’avenue à nettoyer, depuis la mairie jusqu’aux caroubiers. Elle en avait sérieusement besoin tant les saletés s’étaient accumulées. Intéressant et instructif car il fallait voir les réactions des gens. Certains commerçants n’ont pas hésité à offrir des outils, des sacs poubelles et des bouteilles d’eau pour les volontaires du nettoyage, surtout les plus petits. Les terrasses de cafés, comme à l’accoutumé étaient bondées, et les regards curieux (les plus nombreux) étaient ponctués (quelquefois) de moqueries mais sans grand intérêt. Qui peut encore nier l’urgence de la situation de Menzel en général comme le signale très bien d’ailleurs la lettre ouverte sur l’initiative de Nazet Marin (ici) et plus encore sur le plan de la propreté ? Cette opération « ville propre » devait se répéter les jours suivants mais le programme a été bousculé par les évènements et les violences qui ont éclaté dès le 16 juillet ainsi que le couvre-feu qui s’en est suivi. Dommage !

 

 

Du 16 au 19 juillet : Menzel déboussolée

 

Samedi 16 juillet 2011 : attablés avec un groupe d’amis nous étions là à siroter une bière rafraîchissante par une nuit relativement chaude, voilà que nous sommes interrompus par la sonnerie d’un portable. « Allô ! Allô ! Vite, le commissariat est attaqué, il y a le feu, nous sommes obligés de nous cacher … ». C’est à peu de choses prés le contenu de l’appel que nous avons reçu alors. Nous nous sommes alors précipités vers nos voitures pour nous diriger sur les lieux. L’appel provenait d’un ami qui était en réunion à la maison de la culture. Une réunion du comité de préparation du festival de Menzel. Et la maison de la culture jouxte le commissariat. Arrivé sur les lieux j’ai compris qu’il s’était passé quelque chose de grave. Quelques centaines de personnes, plutôt jeunes, étaient attroupées et courraient d’un bout à l’autre de la place en criant « Allah Akbar ». Certains étaient armés de bâtons mais aussi de barres de fer et de couteaux (cela a été confirmé par d’autres témoignages). De nombreux badauds étaient présents également et des riverains visiblement scandalisés mais se tenant plutôt à l’écart par crainte de représailles. Le commissariat - en fait une annexe de la municipalité qui avait été mise à la disposition de la police (on se souvient que tous les locaux de la sécurité avaient été brûlés et saccagés le 13 janvier 2011) – était en feu. Les « manifestants », en tout cas certains parmi eux étaient très mobiles et apparemment très organisés. Au fait j’ai mis le mot manifestants « » car il faut dire qu’il m’était difficile de distinguer entre les organisateurs de la manifestation (puisqu’un appel avait été lancé pour une manifestation de protestation contre l’intervention brutale de la police la veille à la Kasbah à Tunis) d’une part et les casseurs et autres énergumènes de l’autre, nombreux et qui sont toujours là, à l’affût, dans le but évident de gratter tout ce qui peut l’être. Et il faut dire qu’ils n’ont rien épargné et quant ils ne pouvaient pas récupérer certains matériels ils n’hésitaient pas à les saccager.

 

Une chose a particulièrement  retenu mon attention - et pas seulement ce soir là puisque cela s’est répété plusieurs fois au cours de ces trois journées de tension - c’est le nombre de cyclomoteurs et de scooters qui circulent dans et autour des attroupements. Et ils étaient toujours à deux par cyclomoteur et j’ai remarqué qu’ils surgissaient dès lors que la tension montait. Donnant à l’évidence à ces jeunes une remarquable mobilité et qui, manifestement, avaient une capacité de communication très efficace entre eux (à l’aide de portables certes mais aussi une façon particulière de sifflet comme signe de reconnaissance …).

 

Bien sur loin de moi l’idée de laisser s’insinuer le doute à propos de tous les cyclomoteurs et scooters de Menzel car il faut rappeler qu’il s’agit là d’un moyen de transport très populaire et traditionnel à Menzel Bourguiba qui a prit le relais du vélo du temps de Ferryville et de l’arsenal. Néanmoins je ne peux m’empêcher de pointer ce fait qui a attiré mon attention non seulement le soir du 16 juillet en question mais également les jours suivants.

 

Pour revenir au poste de police saccagé et incendié, il faut rappeler que seuls quatre ou cinq policiers occupaient les lieux. En fait c’était les seuls policiers de la ville. Pour une ville comme Menzel dépassant les cent milles habitants il y a lieu de se poser des questions. Quatre policiers donc qui ont été violemment agressés et gravement blessés. L’une des personnes qui étaient en réunion pour préparer le festival dans les locaux de la maison de la culture jouxtant le commissariat a même été pris pour cible et s’en est tiré, après un passage à l’hôpital, avec quelques contusions. C’est dire la confusion qui a régné cette fameuse nuit du 16 juillet.

 

Il est vrai que ce qui s’est passé à Menzel n’est pas un fait isolé. « Ce qui s’est passé la nuit du 16 juillet 2011, dans plusieurs gouvernorats a surpris le gouvernement. Cela a été très bien organisé. Tous les événements de violence se sont déroulés entre 21H30 et 22H. Les événements de Menzel Bourguiba, Cité Ettadhamen, Kairouan, Sidi Hassine et autres ont ciblé les postes de police et des locaux commerciaux », avait précisé un porte-parole du Premier Ministère lors d’un point de presse.

 

Le 16 juillet 2011 à Menzel Bourguiba une minorité de gens, aux motivations plus que douteuses a cherché à semer la terreur. Plus que douteuse car aucune raison politique ne pouvait justifier un tel comportement. Quels que soient par ailleurs les auteurs de ces actes il s'agit là de pratiques de types fascistes comme les utilisent certains mouvements d’Extrême droite en Europe et ailleurs ! Bien sur pour les Tunisiens le fascisme et ses implications ne sont pas une référence car ils n’ont pas marqué les mémoires individuelles ou collectives comme cela fut le cas en Europe. Mais les gens, la population de Menzel ne s’y est pas trompée : la condamnation a été, pour le coup, unanime.

 

Le lendemain ou le surlendemain, en fin d’après-midi, tous les signaux étaient toujours au rouge, et nous nous sommes regroupés à plusieurs devant le local qui sert de municipalité. Une défense symbolique certes mais indispensable et surtout un message aux fauteurs de troubles. Il ne fallait surtout leur laisser croire que la ville, l’espace public, leur appartenait. C’était, il faut le dire, le dernier bâtiment administratif à être encore fonctionnel. Le bruit courrait que certains salafistes voulaient remettre « çà » et prévoyaient à nouveau une manifestation. Et ça a failli se reproduire. Un début de rassemblement a bien eu lieu aux environs du marché de Souk El Aasser. Le « bazar » de Menzel où de nombreux vendeurs de fruits et légumes et autres marchands ambulants qui imposent leur leurs propres règles au mépris de la loi, loi que même la municipalité a du mal à faire appliquer. On dit que c’est un fief salafiste en raison semble-t-il du nombre de barbus et de l’apparence vestimentaire des occupants (pour ma part j’étais persuadé « au contraire » que c’était un lieu où dominait le népotisme et le clientélisme des potentats locaux RCD et où régnait la corruption de la police avant le 14 janvier. Curieux mélange, mais … Les uns auraient pris le relais des autres ?

 

Mais heureusement l’armée et les services de la sécurité intérieure ont été renforcées dès le 18 juillet.

 

Chacun connaît la suite : le couvre-feu instauré (Il faut dire qu’en matière de couvre-feu c’était limite et plutôt « bon enfant » car les gens ne se sont pas privés de traîner et vadrouiller bien tard dans la plupart des quartiers et même en centre ville) ; renforcement des effectifs de sécurité et importantes opérations de ratissage dans la nuit du lundi 18 au mardi 19 juillet 2011 (ici) notamment dans le quartier Hay Najah et à proximité du cimetière. Des protestations aussi sur les méthodes musclées et les débordements de la police au cours de ces ratissages ou encore sur les procès annoncés (ici).

 

En tout cas de nombreuses interrogations à propos de ces évènements, de leurs commanditaires, de leur gestion par les autorités politiques et sécuritaires …etc. Il faut dire que la population a unanimement approuvé le retour au calme. Et peu importe les moyens et les méthodes utilisés. Il est vrai aussi que, à l’évidence, Menzel Bourguiba comme Tinja étaient devenus des fiefs des groupes radicaux de la mouvance islamiste. Tout laissait penser, en tout cas c’est mon sentiment, que c’était la stratégie de ces mouvements. Pour être tout à fait juste les salafistes, en tout cas ceux qui se présentent comme leurs porte-parole, refusent toute implication dans ces évènements (voir à ce sujet le repartage réalisé par Mahjoub Soltani dans « Réalités ») (ici)

 

Menzel Bourguiba, ville industrielle dès l’origine, donc ouvrière où le syndicalisme de gauche avait son poids, aurait, à ce point, perdu ses repères ? Certainement après des décennies de traversée du désert sur les plans politiques et syndical sans parler de la répression. Je me permets ici de signaler une observation pertinente que me faisaient quelques amis : Menzel aurait de fait, depuis longtemps, perdu son caractère ouvrier et même salarié pour devenir une ville de retraités, de chômeurs (un des plus forts taux paraît-il) et de vendeurs ambulants et petits commerçants. Observation pertinente mais qui demande à être vérifiée par un travail d’études et de recherches sociologiques et statistiques. Mais c’est une autre question.

 

Enfin le 30 juillet fut inauguré le tout nouveau local de « Radio SAWT Menzel Bourguiba » (ici) où de nombreux jeunes, hommes et femmes, y ont assisté. Cela m’a permis de découvrir un autre visage de Menzel et un potentiel formidable. Un potentiel que j’avais déjà eu l’occasion de constater, par ailleurs, avec les groupes de rappeurs locaux qui, au passage, ont trouvé, grâce au soutien de militants, dans les locaux de l’ancien club (au premier étage de la salle des fêtes) un espace pour s’entraîner et préparer de leur côté le festival culturel.

 

Voilà, je termine ici ce petit carnet de voyages. Certes je n’ai rapporté que les évènements dont j’ai été personnellement témoin à Menzel. Il est clair que d’autres évènements et initiatives ont sûrement eu lieu par ailleurs. Mais voilà je tenais simplement à témoigner et à les partager avec d’autres par le biais du blog.

 

Mohsen Dridi

 

 

NB : Au fait j’oubliais de parler d’un projet assez fou qui a, cet été, traversé quelques esprits rêveurs : Et si on se donnait les moyens de redonner vie au cinéma mythique « l’Olympia ». Pour l’instant l’idée a été lancée, comme ça, par un petit groupe de nostalgiques. Mais ce serait formidable non ? Allez, « soyons réalistes et demandons l’impossible ! » comme disaient le slogan de mai 68 à Paris. Sans doute l’effet de la chaleur. Bon laissons-la mûrir, qui sait … ?

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M
<br /> Merci Mohsen de ce temoignage en direct qui peut nous faire douter de l'avenir.Cependant je crois en la capacité des tunisiens à s'approprier la démocratie et à la faire respecter désormais. Le 23<br /> octobre nous en saurons plus pais ayons confiance<br /> <br /> <br />
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D
<br /> mon dieu cher Mohsen réabilité l'olympia ce serait un tel bonheur biensur bien des choses importantes priment avant mais il est vrais que les menzeliens ont besoin de se distraire vous me donner du<br /> beaume au coeur merci pour ces infos .............ET SI BIEN ECRIT<br /> <br /> <br />
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