Ferryville – Tinja : Deux cités que tout rapproche, surtout l’histoire
On le sait, la ville de Ferryville – Menzel
Bourguiba est nait avec le protectorat. Et la construction de l’arsenal y est pour beaucoup. Evidemment se serait une erreur de penser qu’avant 1898 il n’y avait rien. Non car déjà bien avant
1881 il y avait des douars, des henchirs, des Marabouts …La région entre les deux lacs (l’Ichkeul et Bizerte) comprenait de nombreuses terres « Habous » (notamment les marabouts de Sidi Abdallah,
de Sidi Yahia, Sidi Hassoun proche de henchir Tinja (ancienne Thimida de la période punique). Il y avait également le douar Guengla (ancien nom Gunela) et le célèbre henchir El-Kçiba (ici) .
Cependant il serait tout aussi faux de nier que la ville, telle qu’elle est bâtie, est en fait une ville champignon construite pour loger les travailleurs de l’arsenal et tous les fonctionnaires des services qui y étaient rattachés. C'était une ville nouvelle, de type colonial et européen.
Pas plus que Ferryville, Tinja (Tindja du temps du protectorat) n’échappe pas à cette réalité. Bien sur Tinja est de loin plus ancienne que sa voisine. Elle remonte à l’époque punique et portait alors le nom de Thimida. Néanmoins la cité que nous connaissons tous sous le nom de Tinja existe par la conjonction de deux grands facteurs : le chantier de l’arsenal et la gare de chemin de fer qui reliait Bizerte à Tunis.
C’est en effet en 1900 que le propriétaire de l'isthme lacustre de Oued Tinja (En effet depuis le 11 novembre 1889, le droit exclusif de la pêche dans les lacs de Bizerte et de Tindja avait été concédé à la Compagnie du Port de Bizerte, pour une durée de 75 ans) eut l’idée, en accord sûrement avec les autorités de l’arsenal, de sédentariser des populations en créant des lots pour la petite culture vivrière qui seraient alors concédés à des ouvriers de l’arsenal. Ce fut surtout, au départ, des familles siciliennes qui s’y installèrent. Puis rejoint par des bretons … (voir plus de détails dans le document ci-dessous).
Quant au chemin de fer Bizerte- Tunis (dont la construction avait commencée en 1892 et s'acheva en 1894) il faisait un arrêt à la station Oued Tinja (un trajet de 40 minutes, pour la somme de 2,15 FR., 1,60 FR. et 1,15 FR.). Là un service de tramway (le fameux TFA – Tinja-Ferryville-Arsenal) était alors assuré à tous les passages de trains pour le prix de 20 c jusqu'à Ferryville et de 25 c jusqu'à l'arsenal. Le tramway fut construit et mis en exploitation vers 1903 et s'étendait sur une distance de 5 km. Il traversait alors l’avenue jusqu’à la gare de Tinja. Le trajet s'effectuait en 10 mn environ et le prix des billets en 1906 était de 20 c pour la station de Ferryville (place de la gare, près de l'hôtel de l'Arsenal) et de 25 c jusqu'à la porte de l'arsenal.
Ainsi donc naquit, à partir de 1900, le village de Tinja éloigné de Menzel Bourguiba (ex-Ferryville) de 3 kilomètres.
M.D.
L'AGGLOMÉRATION DE L'ARSENAL MARITIME : FERRYVILLE-TINDJA
Dans l'isthme qui sépare le lac de Bizerte de la Garaa Ichkeul, il n'y avait en 1898 que des douars. En même temps que s'exécutaient les premiers travaux maritimes, surgissaient les premières maisons d'une cité nouvelle.
Mais le développement de Ferryville fut fonction du développement de l'Arsenal : en 1903, après la tension politique franco-anglaise, la suspension des travaux de la Marine provoqua un arrêt brusque. Puis l'activité reprit; la ville se peupla lentement, édifiant ses immeubles en plaine, le long des voies en damier (Vu. XLYI, A).
Elle est complétée par Tindja. En 1900, le propriétaire de l'isthme lacustre eut l'idée de créer au bord de la Garaa
Ichkeul un centre de petite culture pour les ouvriers de l’arsenal ; il affecta une centaine d'hectares au futur village, cent autres morcelés en lots à la plantation de la vigne.
Des familles siciliennes prirent possession des premiers lots; chacune d'elles recevait en toute propriété l'emplacement de la maison qu'elle devait construire, et s'engageait à terminer la plantation en cinq ans. Au bout de ce temps, elle conservait la moitié de la propriété; l'autre moitié, divisée en petits lots, portant chacun une maison, devait être vendue aux ouvriers de l'Arsenal. En 1905, les 100 hectares de brousse étaient transformés en un vignoble prospère.
A partir de 1914, la colonisation officielle est venue hâter le développement de ce centre ouvrier. Au Guengla, entre Tindja et Ferryville, au Transvaal, à Sidi-Yahia, la direction de l'Agriculture a mis à la disposition des ouvriers plus de 150 lots, soit pour cultures maraîchères et vigne, soit en lotissements suburbains. En outre, de nombreuses œuvres de mutualité, comme la Cité maritime, subventionnée par la Marine et le Gouvernement tunisien, permettent aux ouvriers de devenir propriétaires de leur maison et d'un petit jardin (1).
L'arsenal joue donc un rôle important au double point de vue de la colonisation et du peuplement français. Il a créé une ville de 7.000 habitants, entièrement européenne, fait unique en Tunisie ; il a installé 5.000 de nos nationaux, fixé au sol 500 familles d'ouvriers français.
Le développement de cette œuvre est étroitement lié à la prospérité de la grande usine maritime ; et aussi, en partie, le développement de Bizerte, relié à l'Arsenal par un service spécial de trains.
(Il Population européenne des principaux centres : Bizerte, 8.131 : Ferryville, 5.227 ; Mateur. 2.100; Béja, 2.071; Tindja, 1.035 ; Souk-el-Arba, 941 ; Tabarca, 726 ; Souk-cl-Khmis, 509.
Cf. Gallica.bnf