Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
01 Jul

Défendre et protéger la révolution … !

Publié par menzelbourguiba-ex-ferryville.over-blog.fr  - Catégories :  #Chroniques sociales et politiques

Défendre et protéger la révolution … !

Que n’a-t-on entendu au cours de ces deux années qui ont suivi la révolution en Tunisie. « Réaliser les objectifs de la révolution », « défendre les acquis de la révolution » … Sans oublier, bien entendu, ceux qui se proclament « protecteurs » de la révolution et qui n’hésitent pas à user de la violence au nom de prétendues LPR (ligues de « protection » de la révolution) … Peut être en est-il ainsi de toutes les révolutions. La difficulté, cependant, vient du fait qu’il n’est pas toujours aisé de distinguer le bon grain de l’ivraie. La révolution a bon dos quand chacun peut y puiser tout et son contraire. Ce qui a pour effet de brouiller considérablement les choses. Et nous en sommes malheureusement là en Tunisie. Tout le monde se proclame porteurs ou en tout cas en accord avec les aspirations et les objectifs de la révolution. Peut-être est-il temps de d’essayer de déblayer le terrain et clarifier un peu le débat.

Tout d’abord deux petites remarques : 1/ le fait que tout le monde se réclame de la révolution est en soi une grande victoire ou plus exactement une défaite, a-postériori, de l’ancien régime ! Mais cette démarcation en soi suffit-elle à délivrer un quitus révolutionnaire à qui le veut ? 2/ Personne, cependant, ne peut s’arroger le monopole de la représentativité des aspirations de la révolution ! Pour autant cela ne signifie pas nécessairement que tous ceux qui s’en réclament ont raison de s’en réclamer !

Ces deux remarques préalablement faites, revenons maintenant au fond de la question : Une révolution est un bouleversement en profondeur d’un ordre établi, un profond bouleversement tant dans les structures sociales, économiques, politiques, institutionnelles … mais également dans la culture, la pensée, les mœurs … Une révolution est autant l’aboutissement d’un processus de quasi pourrissement de l’ordre ancien par accumulation d’injustices, d’inégalités, d’exploitation, de népotisme, d’oppression … que le déclenchement d’un nouveau processus de rectification et de réparations de ces injustices … L’entre-deux est souvent un moment de rupture, plus ou moins violent, qui fait intervenir des acteurs nouveaux.

Entendons-nous bien je parle ici de révolutions et non pas de changement de régime politique et encore moins de coup d’Etat. Cette précision est d’autant plus indispensable en raison de cette habitude que nous avons, malheureusement, dans le monde arabe de nommer « révolution » les renversements de régimes. Voilà pourquoi il nous faudra, dorénavant, adapter nos concepts et notre mode de pensée et de réflexion pour intégrer cette distinction tant étymologique que politique. La révolution tunisienne, (de même que le processus révolutionnaire enclenché dans les autres pays arabes et notamment en Egypte), est une révolution dans le plein sens du terme.

Voilà donc plus de deux ans maintenant que la Tunisie est entrée de plain-pied dans un processus révolutionnaire. La révolution est d’ailleurs toujours, et les exemples à travers l’histoire le montrent amplement, un processus qui peut prendre des chemins sinueux, qui connait des moments d’accélération imprévisibles mais également des pauses momentanées voire même des reculs et des moments d’atermoiements et de bégaiements. La révolution tunisienne n’échappe pas à cette règle générale ou plutôt à ce constat commun à toutes les révolutions.

Allons un peu au fond des choses

Mais arrêtons-nous là, un instant, avant d’aller plus loin. Je me rends compte d’ailleurs que j’ai, sans prendre garde, sauté une étape dans ma description ci avant. Et, je pense que le malentendu commence justement là ! Je m’explique : J’ai commencé par dire qu’une révolution est un bouleversement en profondeur d’un ordre établi, une transformation qui touche aussi bien le domaine politique que social, économique, culturel … puis j’ai immédiatement donné un contenu à ce processus en affirmant qu’il se faisait « nécessairement » et « évidemment » contre les injustices, les inégalités, le népotisme, l’exploitation, l’oppression. Pour moi c’est une évidence ! Cependant est-ce si évident que cela pour tout le monde ? La question est : peut-on envisager, dans un pays donné à un moment de son parcours historique, voir se déclencher une révolution pour d’autres motivations et aspirations que celles là ? La réponse est problématique n’est-ce pas ? Mais - et permettez moi cette inhabituelle et impertinente prétention et cette réponse sans détour - pour moi la réponse n’est absolument pas problématique car une révolution a toujours pour fondement et pour raison une amélioration de la vie des gens dans une société, dans un pays donnés. Une révolution doit nécessairement contenir un idéal de progrès. C’est-à-dire un mieux par rapport à ce qui existait.

Permettez moi également cette petite digression : Dans sa quête incessante l’humanité globalement (et donc les humains) a toujours cherché à améliorer son sort. Non pas, bien sûr, qu’il y a un sens prédestiné à la vie mais simplement que les humains ont vécu – et vivent – concrètement des situations et des expériences desquelles ils ont (pu et parfois su) tiré des enseignements qui leur ont permis de continuer à exister et d’améliorer leurs sorts. Il est vrai que certains de ces enseignements se sont avérés être de véritables catastrophes. D’autres, heureusement, ont été plus heureux. Ce sont parfois les circonstances qui obligent les humains à prendre telles ou telles décisions. Mais c’est aussi une question de volonté et de choix entre ce qui est mauvais et ce qui est bon. De ces expériences accumulées, depuis la nuit des temps comme on dit, il m’est aujourd’hui possible de choisir entre le mauvais et le bon ou, en tout cas pour le dire plus modestement, entre le plus mauvais et le moins mauvais des choix. Qu’est-ce qui façonne et détermine mon choix, quelles sont les critères qui me permettent de choisir ?

Pour ma part j’en vois au moins trois : 1/ L’appartenance à la communauté humaine, dans son ensemble, est une donne essentielle de mon individualité, 2/ d’autre part mon appartenance à cette humanité, n’a de sens que dans la mesure où la ma singularité propre est prise en compte, partant de l’idée surtout que chaque personne est unique et irremplaçable, 3/ la survie de la communauté humaine et ses diverses composantes ( individus et/ou communautés) n’est possible et surtout viable qu’à la condition qu’elle respecte l’ensemble de la biodiversité issue de son environnement. Plus clairement je dirai que la communauté humaine n’a de sens que dans le respect absolu, dans le même temps, ET des singularités de ses diverses composantes ET de son environnement. De même la défense du droit des individus à leurs singularités n’a de sens que dans le respect de la cohésion de l’espèce humaine. Enfin individus et communauté humaine ne peuvent vivre qu’à la condition du respect de leur environnement. C’est cette symbiose ou en tout cas cette corrélation qui constitue, fondamentalement, le caractère universel et humaniste de la démarche. Qu’une seule de ces trois conditions venait à faire défaut ou à être sous-estimée et la catastrophe est, à terme, inévitable.

J’admets que cela peut sembler quelque peu « théorique ». Mais je rappelle tout de même que la théorie n’est que le résultat d’un travail de synthèse, par l’esprit humain, de l’accumulation des expériences auxquelles les hommes ont eu à faire face. Et c’est cela nous permet de pouvoir dire aujourd’hui, avec le recul que nous avons, ce qui est bon de ce qui l’est moins, de distinguer une avancée et un progrès d’un recul ou une régression, une révolution par rapport à une contre-révolution …. Exemples : Si l’esclavage a pu (encore que ?), à un moment donné de l’histoire, être considéré comme « normal » dans les sociétés – et par les groupes dominants - de l’époque où l’esclavage était « la règle » en tant que rapport social dominant, il n’en est, heureusement, plus de même de nos jours (même si, dans la pratique et dans certaines régions du monde, l’esclavage perdure encore). Mais le fait que l’humanité dans son immense majorité, considère l’esclavage comme non-normal est en soi un progrès humain considérable. Aujourd’hui, par exemple, il nous apparaîtrait pour le moins incongru et surtout immoral et anormal de voir des gens soumis à l’esclavage. On pourrait ainsi multiplier les exemples à travers l’histoire (le servage, le droit de vie et de mort des souverains sur leurs sujets, des pères sur leurs enfant comme du temps de la Rome antique, le travail des enfants, la pratique des bûchers pour hérésie, ou encore la « mission civilisatrice » du colonialisme… Mieux nous sommes, aujourd’hui, de plus en plus nombreux à refuser la peine de mort ou encore la pratique barbare de la lapidation …). Ainsi certaines « valeurs » qui avaient cours dans les temps anciens sont considérées, de nos jours, comme injustifiables et surtout contraires aux droits humains les plus élémentaires. Evidemment ces droits humains ne sont pas donnés « une fois pour toute », « clé en main », ils se sont construits et élaborés au fur et à mesure de l’évolution et des enseignements qu’en en tiré les hommes. Et il n’y a d’ailleurs aucune raison que ce processus cesse. Même s’il y a toujours des risques de retour en arrière ou de remise en cause de tel ou tel acquis. Chaque génération – comme chaque personne - apporte ses propres expériences et son lot d’enseignements. Et aujourd’hui en partant des valeurs morales et éthiques partagées par toutes les grandes philosophies et religions nous avons également à notre disposition les normes juridiques internationales sur lesquelles nous appuyer lesquelles affirment que les droits de l’homme « sont universels et s’appliquent à tous les être humains quels que soient leur nationalité, lieu de résidence, sexe, origine ethnique ou nationale, couleur, religion, langue ou toute autre condition ». En clair nous avons le choix et il n’y a aucune raison de ne pas opter pour ce que l’on croit être le mieux aussi bien pour l’homme, pour l’humanité que pour l’environnement. Ainsi l’argument nous ne savions pas n’est plus de mise. C’est cela aussi une conception et une démarche de progrès !

On peut bien sûr choisir une tout autre démarche. On peut par exemple choisir de privilégier SA communauté, SON ethnie, SA nation, SA religion, SA « race » et que sais-je encore… sur toutes autres considérations. Ou chercher, comme le font les islamistes partout dans le monde, à relativiser le caractère universel de certaines valeurs telles celles concernant les droits de l’homme par exemple arguant qu’elles seraient davantage occidentales qu’universelles. Ou comme le fait Ennahda en Tunisie en faisant prévaloir les spécificités culturelles du peuple tunisien, - pour justifier son refus de se conformer aux normes internationales relatives à certains droits, spécificités réduites – comme cela va de soi - à l’islam à l’exclusion de toutes autres considérations ou références historiques ou culturelles. Ou encore lorsque ce mouvement évoque la question de la « complémentarité » des femmes, sans parler évidemment de ceux qui prônent la polygamie, le mariage « orfi » [1] …etc.

La révolution tunisienne : Une révolution de la dignité, donc éthique, tant dans ses aspirations que dans sa forme

Voilà qui nous ramène au point de départ de ce texte sur le sens et le contenu des révolutions : Il y a pour commencer ces dimensions universelles (le rapport et l’équilibre entre communauté humaine, liberté individuelle et environnement) qui en constituent un socle essentiel. Auquel il y a lieu d’ajouter la démarche du choix, fondée sur le libre arbitre, pour distinguer ce qui est bon (ou en tout cas le moins mauvais) pour les trois éléments constitutifs du socle et leur impératif équilibre. Enfin il y a le contenu et la matière à donner à ces aspirations, au fur et à mesure de l’évolution des sociétés humaines, et en fonctions des réalités dans chacune des sociétés à tel ou tel moment. Pour la Tunisie, à titre d’exemple, peut-on seulement imaginer une révolution qui vienne remettre en cause l’indépendance du pays ? Ou qui revienne sur l’abolition de l’esclavage de 1846 ? Ou sur le code du statut personnel, sur la généralisation de l’instruction par l’école publique, des services publiques ? …etc.

Les Tunisien-nes, et surtout les jeunes, les femmes, les chômeurs … qui se sont insurgés contre le régime de Ben Ali aspiraient, au fond, à une amélioration qualitative, en profondeur, de leurs conditions, des aspirations qui leur avaient été, jusque là, refusées telles la liberté, la dignité, le travail, la justice sociale. Voilà les aspirations de la révolution ! Certes la liberté et la dignité peuvent toujours se décliner, l’une et/ou l’autre, de manières différenciées, selon que l’on en a été plus ou moins privé sous l’ancien régime, ou encore selon ses origines sociales, ses convictions philosophiques, politiques ou religieuses, selon que l’on est jeune, femme, âgé, issu d’une région défavorisée … Différenciées soit, mais pas au point de les détourner du sens qui est le leur. La liberté comme la dignité, ne sont absolument pas réductrices à telle ou telle personne, catégorie, région ou culture et ne sauraient faire l’objet de quelques marchandages ou saucissonnages que se soit. La liberté comme la dignité procèdent de l’humain et de ses droits les plus élémentaires à la vie et à l’intégrité physique et morales. Elles doivent être affirmées et inscrites comme valeurs et principes. A charge après aux législateurs de les encadrer par le droit à condition de ne pas les vider de leur contenu.

Liberté, dignité, droit au travail, justice sociale, voilà donc résumé les aspirations profondes de la révolution tunisienne. Mais la révolution tunisienne avait une autre caractéristique concernant cette fois la forme prise par l’insurrection : une intifada de la jeunesse notamment (ouvertement soutenue par l’écrasante majorité de la population), qui commence dans une localité (Sidi-Bouzid), laquelle n’est portée par aucune idéologie particulière ou un projet politique et qui plus est, s’est quasiment déroulée sans leadership[2] ni structuration, laquelle s’étend, petit à petit à d’autres villes et régions comme une trainée de poudre, réussit finalement à mettre bas et à « dégager » un régime dictatorial. Qui plus est cette intifada n’avait alors comme seule arme à opposer à la répression brutale de la police que la détermination des insurgés. Malgré les morts et les blessés la contestation n’a jamais faiblie tout en évitant de glisser vers la violence aveugle. Et la chose mérite d’être signalée au vue de ce qui s’est passé dans d’autres pays arabes. Porté autour de notions essentielles telles que liberté, travail, justice sociale et surtout dignité ce mouvement populaire, cette intifada avait réussi à focaliser toute sa colère et sa détermination contre les symboles de ce régime autoritaire et ses conséquences : la misère certes mais surtout contre la corruption et le manque de liberté. Une révolution quasi éthique tant dans ses aspirations profondes que dans sa forme.

Voilà, à mes yeux, les deux grandes caractéristiques de la révolution tunisienne : 1/ Aspiration à la liberté, la dignité et la justice sociale dans son contenu ET 2/ intifada civile et (relativement) non-violente dans sa forme.

On peut même se demander si, de par ses caractéristiques, elle ne se distingue pas également des autres expériences révolutionnaires (par exemple en Europe au 19ème siècle, en Asie, en Amérique latine ou encore en Europe de l’Est au 20ème siècle) au sens où elle semble inaugurer un type nouveau de résistance populaire et citoyenne contre les régimes autoritaires ouvrant ainsi la voie à sa reproduction immédiate - mais dans les contextes spécifiques de chacun des pays - dans d’autres pays et sociétés arabes mais également dans de nombreuses autres régions[3]. La révolution tunisienne serait donc universelle par son contenu autour de la notion centrale de dignité mais aussi par la forme de contestation qu’elle a initié. Les historiens ont, comme on le voit, du pain sur la planche.

Idéalisme ! Utopie ! Dirons certains.

Admettons ! Ceci étant et, pour ma part, je souscris et je réclame sans détours cette dimension utopique et cet idéalisme. Comment vivre sans rêves ? Après tout penser et imaginer le futur n’est-ce pas, quelque part, une façon de regarder le présent pour l’améliorer ?

La révolution a mis à nu la Tunisie telle qu’elle est, dans toute sa diversité

Idéalisme et utopie ! Car toujours selon nos détracteurs la révolution tunisienne a surtout mis en évidence une autre réalité, celle d’une Tunisie profonde et même conservatrice qui réclame un retour à l’identité islamique. Plus encore certains n’hésitent pas affirmer même que la révolution a mis en évidence non pas une autre réalité mais LA réalité de la Tunisie, effaçant d’un revers de main toute la diversité et la complexité de la société tunisienne. Et c’est cette Tunisie qui se serait exprimée, « majoritairement », lors des élections d’octobre 2011. Que les élections aient mis en évidence cette réalité cela nul ne peut le contester. Mais - et pour être encore plus direct - n’est-ce pas, justement, la révolution qui a, en libérant la parole, permis de soulever le couvercle qui recouvrait le pays réel et mettre à nu TOUTES les réalités de la société tunisienne. Alors de là à réduire la société tunisienne et la révolution tunisienne à cette SEULE majorité électorale est, pour le coup, une aberration, une vue de l’esprit pour ne pas dire une erreur d’analyse.

Mais, de toute évidence, nos détracteurs, partisans de la théorie « nous sommes la majorité » ne sont plus à une aberration prés[4]. Et se sont eux qui réclament à cor et à crie cette prétention toute particulière à « défendre et protéger» la révolution. Mais de quelle révolution parlent-ils ? Et que suggèrent-ils pour ce faire ? : des mesures contre les anciens du RCD et notamment une proposition de loi d’exclusion de la vie politique ! Et comment comptent-ils s’y prendre ? En constituant des LPR (ligues de protection de la révolution), véritables milices fascistes et en instaurant, comme cela va de soi, un climat de terreur et de violence allant parfois jusqu’à l’assassinat politique ![5].

Alors quid des revendications de liberté, dignité, du droit au travail et à la justice sociale ? Quid de la résistance citoyenne et pacifique ?

Pour la première fois dans l’histoire du pays[6] - et première aberration - voilà que des milices n’ont comme seules préoccupations que d’exclurent et d’éradiquer, par tous les moyens, des adversaires politiques - contrairement à la révolution qui elle avait d’abord comme soucis premier de réintégrer dans la vie politique, sociale et culturelle tous ceux que l’ancien régime avait bannis et exclus. Et qui plus est, pour la première fois, des milices prennent, sans aucun complexe ni retenue, fait et cause pour le pouvoir en place et s’attaquent directement à la société civile et/ou à l’opposition. Cela n’est pas sans rappeler d’autres expériences sous d’autres cieux et à d’autres époques : les tristement célèbres SA du régime nazi en Allemagne dans les années 1930, ou encore les chemises noires de l’Italie fasciste dans les années 1920, pour ne citer que celles là. Bien sûr me direz-vous comparaison n’est pas raison.

Soit, mais autant le dire : Les milices LPR et leurs parrains (Ennahda, le CPR, Wafa …) sont libres de se référer et de défendre la « légitimité électorale » à condition toutefois qu’ils éclairent notre lanterne quant à la durée de cette légitimité car, faut-il le leur rappeler, rien n’a été prévu, institutionnellement, pour contrebalancer celle-ci. C’est tout simplement un non-sens du point de vue de la démocratie[7].

Mais, ce qui, par contre est absolument certain, c’est qu’ils ont tout faux dès lors qu’ils se présentent comme les « protecteurs » de la révolution tunisienne, de ses aspirations et ses objectifs.

La mobilisation extraordinaire du peuple égyptien en ce mémorable 30 juin 2013 vient à point nommé pour nous rappeler cette évidence : On ne touche pas impunément aux fondamentaux d’une société et aux aspirations d’une révolution, même si l’on est « majoritaire » électoralement parlant.

Et quels que soient les résultats immédiats sur les plans politique et institutionnel de ce formidable mouvement il est plus que certain que la société égyptienne vient de signifier à l'islam politique les limites et les lignes rouges à ne pas dépasser. Et plus fondamentalement cela pose peut-être le début d'un processus de "désacralisation" des mouvements qui instrumentalisent l'islam à des fins politiques. Cette lame de fond qui nous vient d'Egypte aura inévitablement des conséquences en Tunisie et dans tout le monde arabe. Avis aux amateurs.

Le 1er juillet 2013

Mohsen Dridi

[1] Et encore je ne parle pas ici des salafistes et des jihadistes qui, eux, refusent, dans leurs principes même, les notions de démocratie, de suffrage universel, de souveraineté populaire, de citoyenneté et à plus forte raison de libre arbitre … sans oublier que la violence est le moyen par lequel ils entendent imposer leur propre vision de la charia.

[2] Même si l’on sait que les insurgés dans les différentes villes du pays ont trouvé un appui efficace auprès des militant-es de la gauche et notamment de la gauche radicale, plus aguerris, comme dans le travail des activistes des réseaux sociaux ou encore par le rôle décisif joué par les syndicats de l’UGTT, les avocats ….

[3] La révolution tunisienne aurait-elle, par là, inaugurée un cycle révolutionnaire d’un genre nouveau non seulement dans les pays à systèmes dictatoriaux (Tunisie, Egypte, Libye, Yémen, Syrie, Bahreïn, mais aussi Chine…) mais encore dans les pays démocratiques (Espagne, Portugal, Belgique, Etats-Unis, Canada, Brésil …) contre l’austérité imposée par le système financier et pour plus de citoyenneté et de transparence.

[4] Et pour cause : Voyant voir : La Tunisie est supposée être un pays dont plus de 95% des habitants sont musulmans sunnites. Avec la révolution le pays s’est doté d’une ANC dont les membres ont été élus en octobre 2011. Plus de 1600 listes en présence et plus de 110 partis avaient alors participé à la campagne électorale. Plus de 8 millions d’électeurs potentiels avaient été appelés aux urnes. Toutefois le taux de participation avait été d’un peu moins de 50%. Les résultats des urnes ont finalement donné le parti Ennahda vainqueur avec 1.5 millions de voix, soit 32.5% des votants. 1,5 million de voix qui ne représente que 20% du nombre des électeurs potentiels. Ainsi le parti Ennahda qui s’est présenté avant, pendant et encore aujourd’hui comme le parti à référentiel islamiste (sous-entendu que les « autres » sont des mécréants), ce parti donc n’a, pourrait-on dire, recueilli QUE 20% des voix. Et si l’on veut être plus sévère et un brin polémique on pourrait dire que 80% des électeurs tunisien-nes – dont 95% sont musulmans - ont refusé de voter pour le parti se réclamant de l’islam. Comme quoi il peut y avoir plusieurs lectures de l’élection.

[5] Le cas de Lotfi Nagdh à Tataouine assassiné le 18 octobre 2012 par des membres des LPR. Quant à l’assassinat de Chokri Belaïd, le 6 février 2013, les Tunisien-nes attendent toujours de connaître la vérité.

[6] Même si la Tunisie a connu des épisodes violents entres les partisans du néo-destour de Bourguiba et ceux de l’ancien Destour dans les années 1930, et au sein du néo-destour, dans les années 1950, entre les partisans de Bourguiba et ceux de S. ben-Youssef.

[7] Car « la démocratie, comme la liberté, puise sa force non pas grâce à une élection particulière - fut-elle la plus prestigieuse – mais davantage dans sa capacité à pérenniser les conditions de propre reproduction ». L’alternance est un autre fondement de la démocratie comme d’ailleurs le droit d’expression de la minorité ou encore l’existence de réels contre-pouvoirs. (ici)

Commenter cet article

Archives

À propos

Garder vive la mémoire d'une ville (Menzel Bourguiba ex-Ferryville) et de ses habitants