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27 Dec

Sidi-Bouzid : « No comment ! »

Publié par menzelbourguiba-ex-ferryville.over-blog.fr  - Catégories :  #Chroniques sociales et politiques

presse_-1-.jpgJe ne comptais pas du tout faire de papier ce soir pour le blog. Histoire de laisser un peu souffler tous ceux et toutes celles qui aspirent à finir le plus sereinement possible cette année 2010. Mais voilà que des évènements tragiques ont lieu à Sidi-Bouzid et dans toutes les localités de cette région. Evènements tragiques parce qu’il y a eu morts d’homme. Un jeune chômeur diplômé de l’université (ils sont des milliers dans cette situation), Mohamed Bouazizi, devenu marchand ambulant, faute de mieux, a tenté de mettre fin à ses jours en s’immolant par le feu. Quelques jours plus tôt un autre jeune, Houcine Falhi, s’est également suicidé. Enfin suite aux manifestations spontanées en solidarité avec ces évènements des affrontements ont eu lieu entre la population et la police. Cette dernière aurait fait usage de ses armes à feu tuant un jeune manifestant, Mohamed Béchir El Amari. Et, semble-t-il, une semaine après, malgré ces drames, les affrontements continuent. Dans ces conditions il est vraiment difficile de souffler et encore moins de fêter sereinement cette fin d’année 2010.

 

Ce qui est choquant dans ces évènements de Sidi-Bouzid, comme cela s’est, d’ailleurs, passé dans le bassin miner en 2008, c’est que la seule réponse qui est immédiatement donnée face aux protestations de la population consiste a envoyer la police pour réprimer les protestataires. « Circulez, il est interdit de … ». Ce n’est pas parce que le malade meurt, en silence ou brutalement, que la maladie va, comme par enchantement, disparaître, et encore moins par crainte de la répression. La maladie, le problème c’est le mal endémique du chômage en général et du chômage des jeunes diplômés en particulier.

 

Ce qui est également choquant c’est la façon dont la presse et les médias officiels traitent ces évènements. Là encore un remake de ce qui s’est passé à Gafsa-Redeyef en 2008 : Silence radio. Oui mais un silence méprisant. Méprisant pour les victimes et leurs familles, méprisant pour les populations des régions où se sont déroulés ces évènements, méprisant pour les citoyen-nes tunisiens, et évidemment méprisant pour la profession de journaliste. Après le « circulez, il est interdit de … » de la police voilà donc le « No comment » des communicateurs. Et pourtant les tunisiens ont vu et entendu ce qui s’est passé à Sidi-Bouzid, n’en déplaise à ces messieurs-dames, à ces pseudos journaux et médias. Et c’est là tout le ridicule du comportement des propriétaires, gérants, directeurs de rédaction et autres scribes dans ces médias. Malheureusement (ou heureusement pour eux) le ridicule ne tue pas. Non, mais ils y perdent de jour en jour un peu plus de crédit - du moins ce qu’il leur reste de crédit - c’est tout !

 

Je tenais ici à lancer ce coup de gueule contre l’aveuglement. Car combien faut-il de suicides pour que l’on admette qu’il y a urgence. Et surtout, ce coup de gueule, c’est simplement ma façon d’exprimer ma solidarité avec les familles des victimes. Comment pourrait-il, d’ailleurs, en être autrement ? Me taire ? Pourrais-je seulement me regarder, demain, dans un miroir ?

 

Ce coup de colère c’est ma façon de m’associer aux multiples actions de solidarité qui voient le jour un peu partout. C’est une action collective, certes, mais elle a pour préalable, à mes yeux, la prise de responsabilité individuelle de chaque citoyen-ne. Et m’associer c’est en parler. Dans ce blog, nécessairement.

 

M.D.

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D
<br /> écrire aujourd'hui sur cet article que je découvre c'est aussi espérer que la révolution qui a lieu en ce moment et l'espoir qui en découle n'effaceront pas la dette que tou le pays a maintenant<br /> pour cette région soulevée... car il faut bien constater que toute cette région a été délaissée depuis toujours, que les images que j'ai vues à la télé m'ont rappelé le Kasserine ou le Sidi Bouzid<br /> que j'ai laissés il y a 30 ans, rien ne semble avoir changé, seul l'effort des immigrés a permis à cette région de survivre...<br /> <br /> <br />
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G
<br /> Votre article m'apprend beaucoup, je remercie Liliane de m'avoir fait connaître votre blog et surtout vous, Mohsen, d'avoir le courage d'écrire de tels articles.<br /> <br /> <br />
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H
<br /> Brievely speaking, what has lately happened in Sidi Bouzid, as is obviously seen, is not only the case of Sidi Bouzid dwellers, but also the major social problem that faces and threatens all<br /> Tunisians, and especially the Tunisian youth.<br /> To me, unemployment in Tunisia is due to nothing but the disequilibrium between university degrees that the majority of the Tunisian jobless citizens hold nowadays, and not the absence of vacant<br /> places in employment, but the availability of employment opprtunities ONLY for those who "pay" well for the job, who have a "relative" or a "friend" in the target domain of job, or those "sex-care<br /> providers" who can rely just on the relief of their bodies to seduce her addresse and achieve her goal, and so on so forth...<br /> The major catastrophe now is that Tunisia is ours, and it's time to say that we've had enough blaming each other for nothing, simple blame would never come up with any result. It's now high time<br /> for the following:<br /> 1- at first, a serious, realistic, and radical solution for unemployment in Tunisia starting from projects that have to be fully encouraged and funded by the state, at least to minimize<br /> unemployment as maximum as possible, then look forward to other better solutions.<br /> 2- "investigate" mainly on the "merchants" who kept buying and selling jobs acroos the whole country, and assign FARE crews or at least agents in each Employment Office (Bureau d'Emploi) in<br /> Tunisia, to study the jobs applications ACCORDING TO SCOLASTIC APTITUDE, SOCIAL STATUS, and THE JOB APPLICANT'S SUITABILITY FOR THE JOB ITSELF.<br /> <br /> You may lough at me now, and this may sound for you a kind of hallucination, and I may even look dreaming for you, but this is our Tunisia after all, and it is our motherland in which we live, but<br /> my dream might be a reality dream, and my hope might see the light soon in Tunisia the state of institutions and law.<br /> <br /> HAFSAWI Abdessamii<br /> <br /> <br />
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L
<br /> Merci Mohsen.<br /> Lucien.<br /> <br /> <br />
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Garder vive la mémoire d'une ville (Menzel Bourguiba ex-Ferryville) et de ses habitants