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24 Nov

Le vote « identitaire », vote Ennahda : l’arbre qui cache la forêt ?

Publié par menzelbourguiba-ex-ferryville.over-blog.fr  - Catégories :  #"Humeurs"

affichage-3.jpgLes dernières élections d’octobre 2011 en Tunisie n’ont pas finit de faire parler d’elles. Avec près de 49% de votants sur l’ensemble des électeurs potentiels[1], ce taux, tout relatif qu’il soit, n’en constitue pas moins un grand pas franchi par la Tunisie. On sait que cette première grande échéance tunisienne, indépendamment des résultats, a été importante en raison 1/ de l’engouement qu’elle a suscité chez les Tunisien-nes (on se souviendra toujours de ces longues files d’attente), 2/ du caractère démocratique et transparent de l’organisation du scrutin (même si l’ISIE n’a pas eu visiblement tous les moyens légaux, financiers et humains pour maîtriser les manquements et les abus tant lors de la campagne que dans tous les bureaux de vote), enfin 3/ le caractère pacifique du scrutin.

 

49% de participation pour l’élection de l’ANC, un taux se situant dans la moyenne en comparaison avec d’autres pays et pour le même type d’élections (il s’agit ici des élections parlementaires qui ont eu lieu en 2010, 2011 ou 2012) et à plus forte raison si l’on compare ce qui s’est passé dans les pays arabes :

 

Turquie : 87%

GB : 65,1%

Grèce : 64%

Libye : 60%

France[2] : 55,41 %

Egypte : 52% 

Tunisie : 49%[3]

Maroc : 45,4 % 

Algérie : 42,9 %

Sénégal : 21%

 

Mais au-delà du taux de participation, dans la plupart des pays de traditions démocratiques chaque élection est d’abord l’occasion de mesurer le rapport de force entre les différentes listes engagées et les différents candidats. Certes le premier chiffre que relèvent les observateurs est bien évidemment le taux de participation ou d’abstention. Mais ce que la règle et la pratique retiennent au final c’est la répartition des voix entres les listes et les candidats et c’est celle ou celui qui arrivera en tête qui sera désigné vainqueur des élections. On en arrive, au bout du compte, à ce que la majorité qui sort des urnes qui gouverne ne l’est que par la seule volonté d’une minorité par rapport à l’ensemble des électeurs et donc de la population. Mais la règle du jeu est ainsi faite et elle ne peut fonctionner que si on en respecte le principe, c’est à dire l’esprit et la lettre du suffrage universel. On peut le regretter - et il est nécessaire et même sain, de temps à autre, de s’interroger[4] – mais tant que l’on ne dispose pas d'une solution de rechange et une alternative sérieuse, on se doit de respecter et de défendre le suffrage universel. D’autant que les Tunisien-nes n’ont pas été que de simples consommateurs des autres modèles puisqu’ils et elles ont apporté leur propre contribution en mettant en place cette idée d’instance indépendante pour les élections (ISIE) laquelle est à considérer comme l’un des acquis des plus important de la révolution.

 

Ceci étant, il serait intéressant de regarder les résultats des élections d’octobre 2011 en Tunisie et d’en faire une lecture un peu différente, quand bien même approximative qui mérite d’être vérifiée par une étude plus approfondie. Une lecture décalée diront certains !

 

Vote d’adhésion ou « Intifada par les urnes » ?

 

Il ne s’agit évidemment pas ici de dire qu’il n’y a absolument pas de vote d’adhésion – il y a toujours, dans chaque formation politique, un socle d’adhésion plus ou moins important et permanent. Mais s’agissant du mouvement Ennahda il y a tout lieu de penser que nous sommes en présence d’une formation qui s’inscrit dans la durée[5]. Il s’agit encore moins de semer le doute ou de remettre en cause les résultats de cette élection - historique faut-il le rappeler - mais seulement d’en donner une autre image et une lecture différente.

 

On a souvent qualifié (et je l’ai écrit) les résultats de ce scrutin, notamment au regard des scores d’Ennahda, comme étant d’abord l’expression d’un vote conservateur. Et ils le sont incontestablement[6].

 

En fait, après les élections, la légitimité électorale s’est, par le fait des urnes, substituée à la légitimité révolutionnaire ! Mais cela ne signifie pas, loin s’en faut, que les détenteurs de cette nouvelle légitimité, la troïka actuellement au pouvoir et plus singulièrement le mouvement Ennahda, soient nécessairement sur la même ligne et/ou sont les « héritiers » au regard des objectifs et des aspirations de la révolution ! Mais c’est un autre problème et là n’est pas l’objet du contenu qui va suivre.

 

On a, de même, qualifié ce vote « d’identitaire » suivant lequel le choix des électeurs se serait avant tout exprimé par rapport à l’identité « islamique[7] » des différents partis et mouvements en compétition lors de cette élection. Il y a de cela indiscutablement ! Mais n’y a-t-il que cela ? D’autant que présenté sous ce seul angle on avaliserait sans trop se poser de question la thèse d’un vote d’adhésion au projet de société d’Ennahda.

 

Or que constate t-on quand on regarde un peu plus attentivement les résultats de cette élection. Et, qui plus est, pourquoi donc réserver ce qualificatif « d’identitaire » au seul vote en faveur d’Ennahda ?

 

En effet comment donc qualifier celui porté sur les listes El arridha ou encore et jusqu’à un certain point certes celui sur les listes CPR, d’Etakatol, et, au-delà, de la multitude des petites listes dites indépendantes[8] ?

 

De plus quel regard et comment qualifier la relative certes, mais néanmoins forte, abstention d’octobre 2011 et qui représente près de 51% des électeurs potentiels soit près de 3 870 000 voix.

 

Au juste, ce vote dit « identitaire », plus qu’un vote d’adhésion à ces listes,  ne serait-il pas en réalité un vote sanction avant tout ? Ennahda qui a réussi à capter, sur le plan électoral, une grande partie de ce vote sanction, serait-il l’arbre qui cache la forêt ?

 

Ainsi si l’on prend en compte, d’une part, l’ensemble des votes, à l’exception peut-être des suffrages qui se sont portés sur les listes typiquement destouriennes[9] (El Moubadara …) et que l’on y ajoute, d’autre part, les abstentionnistes et les non-inscrits, on en arrive à un tableau qui donne à voir une autre lecture de la situation.

 

Ne sonnent-ils pas, en réalité, comme le rejet du système mis en place depuis l’indépendance ? Et la gauche laïque et les « modernistes » - y compris ceux qui ont dénoncé les dérives autoritaires de Ben-Ali mais qui ont semble-t-il eu le tord de n’avoir pas totalement rompu les amarres avec les institutions – seraient, pour le coup, les victimes collatérales de ce vote sanction !

 

A y regarder d’un peu plus près on ne peut, en effet, s’empêcher de constater le parallèle qu’il y a avec d’autres facteurs. Par exemple celui du vote par région (le sud et l’ouest contre le littoral et les villes relativement « prospères ») ; Ou encore celui, et cette fois y compris dans les villes du littoral, du vote des cités et quartiers périphériques contre les quartiers bourgeois. Bref cela sonne comme un vote sanction de la part de cette Tunisie qui a subit la paupérisation, l’exclusion et la marginalisation (Etahmich) depuis des siècles et surtout depuis l’indépendance ! Un vote, un peu à l’image de la révolution à son déclenchement, qui exprime une véritable fracture et sociale et territoriale[10] !

 

En quelque sorte un vote sanction contre le système, contre tout le système, dans  lequel on retrouve aussi bien les vrais nantis qui ont directement tiré profit à tous les niveaux de ce système (par la rente, le népotisme, la corruption, le clientélisme …) que les catégories qui ont seulement bénéficié, de par leur proximité territoriale et sociale, des retombées du système (sur les plans économique, social, culturel, des services publics …).

 

Toutefois le problème - et le risque - est que ce vote sanction et cette « intifada par les urnes », loin de se limiter au rejet du système rentier et clientéliste qui les a marginalisé et exclus, ne mette, dans le même sac, tout ce qui s’y apparente de prés ou de loin, y compris même les institutions de l’Etat et les différents services publics mis en place au lendemain de l’indépendance. On jetterai ainsi le bébé non seulement avec l’eau du bain mais encore avec la baignoire ! Et revoilà ici cette idée de « El-beylik » tellement ancré dans l’état d’esprit du Tunisien et qui a fait et continu de faire tant de ravage encore aujourd’hui ![11].

 

Assisterait-on là - tout en relativisant la comparaison compte tenu des contextes totalement différents - à un remake, en moins violents pour l’instant, des jacqueries[12] et des révoltes paysannes du 19ème siècle (Ali ben Gdhahem en 1864 …) et plus généralement des rapports conflictuels - en raison du caractère foncièrement inégal de l’échange qui les caractérise[13] - entre d’une part le monde urbain (et surtout les lieux où s’exerce le pouvoir de l’Etat) et de l’autre le monde rural, au sens large du terme, ou encore les rapports villes-campagnes décrits et étudiés par tous les observateurs depuis Ibn-Khaldoun ?

 

La citoyenneté, seul recours !

 

Le vote et plus généralement les comportements « identitaires » d’une part, l’activisme ostentatoire des groupes supposés salafistes, la résurgence de l’arrouchia (clanisme) ou encore le vote régionaliste dans certaines villes ou régions… d’autre part, sont peut être les signes, alarmants et inquiétants, de l’échec relatif sinon de l’Etat national, du moins de la manière dont il a été mis en œuvre, inauguré par Bourguiba et totalement dévoyé par Ben-Ali ! 

 

De même comment interpréter l’arrogance manifeste avec laquelle la petite délinquance et le crime organisé[14] osent défier de plus en plus ouvertement l’autorité de l’Etat ?

 

La lutte pour l’occupation de l’espace public par tous les adversaires de l’autorité de l’Etat – cet Etat et que certains, y compris une partie non négligeable du mouvement Ennahda[15], qui le considèrent d’ailleurs comme étant la poursuite de la domination occidentale, voudraient tant le voir sinon disparaître du moins réduit à sa plus simple expression en envisageant une nouvelle redistribution ou une sous-traitance de certaines de ses prérogatives et fonctions[16] – est, aujourd’hui, l’une des expressions de ce défi.

 

Cependant rien, y compris même cette lecture particulière et décalée, ne peut faire passer par perte et profit les avancées et les acquis réels de la révolution et du suffrage universel. Liberté, dignité, travail … qui ont été à l’origine de l’insurrection populaire restent, à ce jour, plus que jamais d’actualité !  La révolution en cours, qui est en train de bouleverser de fond en comble la société tunisienne, n’a pas fini de dévoiler tous ses ressorts.

 

Et si les résultats du vote d’octobre 2011 peuvent apparaître, par certains aspects, comme un signe de défiance vis à vis du système, la participation des Tunisien-nes à cette élection est, dans le même temps, un signal positif pour le suffrage universel dès lors que celui-ci est transparent, honnête et démocratique !

 

De même la multiplication des luttes sociales et les mobilisations des chômeurs comme des salariés - et par des moyens, somme toute, relativement pacifiques - pour exiger de l’Etat, des employeurs et des partenaires sociaux la prise en compte de leurs droits légitimes sont le signe que les Tunisien-nes espèrent encore dans le processus révolutionnaire, dans la légitimité des institutions.

 

Et c’est cela, et n’en déplaise à certains et notamment à la Troïka au pouvoir, qui constitue le meilleur paravent contre les nombreux et multiples adversaires de la démocratie naissante en Tunisie. A charge, cependant, à l’élite - celle au pouvoir comme celle dans l’opposition, les politiques comme les acteurs de la société civile, les syndicalistes, les intellectuels, les artistes … - de faire la démonstration qu’elle (cette élite) a réellement la volonté et qu’elle est surtout en capacité à tracer une orientation générale susceptible de redonner une visibilité et donc de l’espoir aux Tunisien-nes. Mais une orientation  avec une feuille de route, un calendrier ainsi que des mesures concrètes sur les questions d’urgence en matières économiques et sociales.

Et peut-être, par-dessus tout, l’Etat se doit de garantir la sécurité des citoyen-nes mais dans le respect des libertés et du droit évidemment ! Et sur ce plan il y a de sérieuses raisons d’être inquiet[17]. Rien d’étonnant - et rien de plus légitime - à ce que le retour de la confiance des Tunisien-nes ne soit conditionné d’un regain du prestige et de l’autorité de l’Etat, mais d’un Etat avant tout respectueux du droit et des libertés, conditions d’une réelle citoyenneté.

 

Et l’opposition démocratique et la gauche sociale et citoyenne en particulier, a également son mot à dire et surtout son image à améliorer pour regagner la confiance de l’opinion. Elle doit se rassembler autour d’un projet crédible pour pouvoir convaincre et rassembler autour d’elle une majorité d’électeurs-trices.

 

Faute de quoi le risque est grand que ne se creuse davantage le fossé avec l’opinion ou avec « la rue » comme disent certains. Et le danger le plus sérieux est tout bonnement la perte de confiance et un désengagement et une indifférence vis à vis de la chose politique,  avec le risque d’une quasi certaine très forte abstention lors des prochaines élections !

 

Et pour le coup, ce ne serait plus seulement un vote sanction ou de défiance. Il n’y a rien de pire, en effet, que l’indifférence[18] !

 

Jusqu’à la prochaine… révolution ! Ou, pire, une nouvelle… dictature !

 

Mohsen Dridi

Le 23 novembre 2012



[1]               Ce taux atteint néanmoins prés de 78% si l’on se ne prend en compte que les votants (3.205.845) sur les inscrits volontaires (4.123.602). Mais c’est toujours la difficulté avec les chiffres puisque les interpréter à volonté (ou presque). Mais à ce sujet et selon les sources les chiffres varient quelque peu. Tantôt on avance le chiffre 8 289 924 électeurs potentiels et tantôt celui de 7 569 824.

[2]               La participation aux législatives de 2012 a été la plus faible jamais enregistrée à des élections législatives en France.

[3]               J’ai obtenu ce taux en divisant le nombre total de votants (3.702.627) par le nombre d’électeurs potentiels (7.569.824).

[4]               Il faut espérer ici que la gauche démocratique, sociale et citoyenne se donne le temps et les moyens d’une réflexion argumentée sur le meilleur mode scrutin alternatif pour le pays et qui tienne compte à la fois de nos spécificités mais qui empreinte également aux expériences d’autres pays afin d’arriver à la fois à une plus grande représentativité des citoyen-nes et à une réelle participation dans le contrôle démocratique des élu-es.

[5]               Même s’il est encore trop tôt pour tirer de vrais enseignements des comportements électoraux des Tunisien-nes, ne faudrait-il pas considérer que nous sommes peut être là en présence de l’expression d’un courant politique, islamisto-conservateur en l’occurrence, qui se met en place et qui s’inscrit dans la durée ? La question est de savoir si les autres familles et expressions politiques vont s’organiser à leur tour. A ne pas confondre cependant famille politique avec liste électorale ou même un parti politique déclaré. Une expression ou une famille politique suppose une idéologie, l’attachement à un projet de société, une identité de classe(s), une histoire et une mémoire de groupe … éléments qui ne peuvent se mesurer véritablement que sur la longue durée.

[6]               C’est le point de vue que je défendais dans un précédent texte « Après 10 mois de turbulences révolutionnaires, de transition, nous assistons à une sorte de retour de balancier qui fait resurgir à la surface les comportements de l’autre Tunisie, plutôt conservatrice et qui est effrayée aussi bien par les violences à répétition de ces derniers mois, que par la situation sécuritaire ou l’instabilité, à plus forte raison, me semble-t-il, par l’idée d’un bouleversement radical dans les rapports sociaux dans le pays. Serait-ce ce conservatisme qui expliquerait le choix porté avant tout sur des partis politiques connus (classiques) plutôt que ceux créer pour la circonstance ou même sur les listes indépendantes. Un vote « utile » et sécurisant en quelque sorte » (ici)

[7]               Islamique, cela va de soi, car quant il s’agit d’identité, par les temps qui courent en Tunisie, on ne s’imagine même pas qu’il puisse s’agire d’autre chose que de l’identité islamique. D’autres identités coexistent pourtant avec celle-ci - et c’est le moins que l’on puisse dire dans un pays trois fois millénaires. Curieuse conception et curieux rapport à l’histoire !

[8]               Les 28 listes qui ont remporté des sièges à l’ANC ont totalisé 2.762.855 voix soit 68% des suffrages. Quant à celles qui n’ont pas obtenu de sièges et qui ne sont donc pas représentées à l’ANC totalisent pour leur part près de 1.290.293 voix soit 32% environ.

 

[9]               Ces listes qui, faut-il le rappeler, ont eu une forte connotation régionale lors du précédent scrutin (le sahel particulièrement), expriment peut-être aussi un vote d’adhésion à l’idéologie du Destour et en tout cas une fidélité à Bourguiba et sans doute, aussi, un vote refuge pour les membres de l’ex-RCD. L’idéologie destourienne est peut-être celle peut se prévaloir et d’une histoire et d’une mémoire.

[10]              Comment alors interpréter, sinon en terme de rupture les deux décès de jeunes tunisiens en prison. Ces décès sont la conséquence d’une grève de la faim de près de 2 mois, une grève de la faim passée quasiment sous silence et sans que  l’opinion, la société civile, les médias… ne s’en fasse l’écho. Ne sommes nous pas face à une coupure entre deux Tunisie qui ne se connaissent pas et qui s’ignorent même ? Et là est sans doute le véritable drame.

[11]              « Se réconcilier d’abord avec la chose publique : le citoyen doit en tout premier lieu se débarrasser de cette idée, oh! Combien dévastatrice, que tout ce qui relève de l’Etat et du service public lui est étranger, donc hostile, et que, sans autre forme de procès, il doit chercher à en recueillir tous les bienfaits matériels, pour lui-même et les siens, sans contreparties aucunes. Débarrasser notre vocabulaire des mot « El-beylik », « El hakem dhalem » ou encore « Ched mchoumek la ijik ma achouam » … qui ont martelé notre psyché depuis des générations au point de façonner notre vision. Fondée sur une telle vision désabusée notre rapport à la chose publique induit inévitablement tous les comportements clientélistes y compris dans les démarches quotidiennes les plus banales, dans nos relations avec l’administration, au point que cela apparaît, y compris dans l’esprit des citoyens, comme une chose somme toute « normale ». Une telle conception, à un niveau plus élevé cette fois de l’administration et de l’Etat cela conduit tout aussi « normalement » au népotisme, à la corruption, au favoritisme … à grande échelle » (ici)

 

[12]              Les Jacqueries sont les soulèvements paysans qui ont été déclenchées au moyen-âge dans les campagnes françaises.

[13]                67% des habitants se trouvent dans les régions côtières et que le quart de la population vit dans le Grand-Tunis. Dans le même temps le littoral accapare, à lui seul, 87% des activités économiques et 90% des activités touristiques (cf. « La Presse »). Je rajouterai pour ma part que nous avons peut-être là l’un des résultats de cette migration interne qu’est l’exode rural. Le phénomène, par son ampleur, est en train de, à la fois, vider les campagnes par une urbanisation non contrôlée et non maîtrisée et par une « ruralisation » des villes et notamment des zones périphériques, avec pour effet de créer une masse de gens sous-prolétarisés avec les conséquences que l’ont peut imaginer.

[14]              D’ailleurs les relations et la proximité plus que troublantes entre cette délinquance et les agissements des groupes supposés salafistes, notamment dans certains quartiers transformés en véritables zones de non-droit, ne seraient-elles pas les signes avant coureurs d’une stratégie visant l’installation durable et la main-mise du crime organisé sur ces zones ? La question mérite d’être posée !

[15]              Il y a lieu ici de signaler les fameux mariages collectifs, l’utilisation de l’espace public pour la prière collective le jour de l’Aïd alors même que fut décidé (qui et au non de quoi ?) la fermeture des mosquées, le retour en force des milices parallèles, la multiplication des écoles coraniques sans aucun contrôle quant au contenu de l’enseignement  …

[16]              En effet « le risque est grand de la mise en place de nouvelles formes de tutelles fondées sur d’autres critères que ceux de la citoyenneté et du droit. En un mot et sous prétexte que l’état n’est pas ou plus en mesure de remplir ses fonctions de redistributions des ressources ou même d’assurer celles qui lui sont normalement dévolues en matière de sécurité, de scolarisation, de solidarité, de santé, d’hygiène … se multiplient alors des « tutelles » plus ou moins privées, voire associationnistes (culturelles ou cultuelles) sous label évidemment caritatif et d’assistance et qui cacheraient en fait une opération de dépossession  rampante qui viendrait, petit à petit, supplanter le rôle de l’état en matière de protection sociale et de services publics » (ici)

[17]              Après une longue période où à prévalu le laxisme voire l’indulgence des autorités vis à vis de la violence des groupes présumés salafistes, voilà que des détenus en arrivent à décéder, suite à une longue grève de la faim, dans les prisons.

[18]              Et tout compte fait, il vaut mieux, dès lors, une désobéissance civile et citoyenne y compris même civique (concernant les élections) –  justement parce qu’assumées – plutôt qu’une indifférence généralisée. A condition, bien évidemment, de proposer au pays une solution alternative qui garantisse la transition dans des conditions pacifiques.

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