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09 Sep

Le Cheikh Abdelaziz Thaalbi à Ferryville le 25 septembre 1937

Publié par menzelbourguiba-ex-ferryville.over-blog.fr  - Catégories :  #Mémoire, mémoires

Abdelaziz_Thaalbi_.jpgDans un article parus dans les colonnes du quotidien « Le Matin » (en date du 27 septembre 1937) sous le titre « Les incidents de Tunisie » avec comme sous titre « C'est pour empêcher une réunion que les partisans du néo-destour assaillirent et blessèrent leurs adversaires politiques ».

 

Et le journal de décrire « L'enquête menée par la police au sujet des graves incidents qui se sont déroulés hier à Mateur, entre partisans du vieux destour et partisans du mouvement néo-destourien, a révélé comment ces incidents ont été provoqués et se sont produits. C'est vers 19 heures, hier, que le cortège conduit par le cheik Taalbi, surnommé le père du destour, arrivait à Mateur pour y tenir une réunion, lorsque des partisans du néo-destour, au nombre de 3.000 environ, voulant empêcher cette réunion, se massèrent à l'entrée du village pour lapider les voitures. Protégé par une patrouille de gendarmes, le cortège du cheik Taalbi, traversait Mateur et se rendait à la mosquée, lorsque ses adversaires, groupés sur la place et sur les terrasses avoisinantes firent feu et assaillirent les membres du cortège à la matraque et au couteau. Il y eut un mort et vingt blessés.

Le service d'ordre essuya également une salve de coups de revolver, mais sans subir de perte. Une centaine, d'arrestations ont été opérées. Des éléments de gendarmerie, de police et des groupes de marins ont rétabli l'ordre ».

 

On savait l’hostilité de Bourguiba et du néo-destour contre les dirigeants historiques du parti « Destour » avec lesquels il scissionna en 1934 et ces évènements ne sont donc pas étonnant lesquels nous sont retracés de la manière suivante par un rapport de la Direction des affaires politiques et commerciales de la Résidence : « Après que ces déclarations aient été largement diffusées dans la presse arabe du néo-destour et dans les quotidiens sympathisants, Habib Bourguiba reprend, sans relâche, sa lutte d’opposition centre le vieux- destour. Toutes les cellules de l’intérieur reçoivent, par circulaires, l’ordre de se réunir et de proclamer l’indignité du cheikh Taâlbi, couramment qualifié de « traitre » et de « vendu ». (…) Partout, les leaders lancent leurs violentes attaques contre le Cheikh Taalbi, dont ils s’efforcent de briser le prestige, en même temps qu’ils rehaussent celui du néo-destour en exaltant ses succès et sa puissance. (…) De son côté ; le Cheikh Taalbi, désireux de ne pas se laisser supplanter par « des jeunes rénover les effectifs du parti « saffiste » dont il est devenu le chef, continue sa tournée de propagande en visitant cette fois le Nord de la Tunisie. Il y a également dans l’esprit du vieux chef, que ses nouveaux lieutenants Ali Bouhageb et Saleh Farhat, incitent à la prudence, le désir de ne pas capituler devant ses adversaires.  La lutte des deux clans devait, quelques jours après prendre une tournure tragique. Après une période de répit, à la suite de son échec dans le Sahel, le Cheikh Taalbi a décidé de se rendre à Mateur, où existe une cellule importante du vieux-destour, le 25 septembre, toujours accompagné de ses gardes du corps, du vieux-destour. Informés de ce projet, les néo-destouriens de Bizerte, déterminés à s’opposer à cette réunion, se rendent la veille à Mateur, pour prendre des dispositions communes avec la cellule locale du parti. Le lendemain, plusieurs centaines de militants du néo-destour de Bizerte, de Ferryville et de Béjà, sont sur les lieux ».

 

Ce que nous apprend également et dans le même temps le journal « Le Matin » c’est que le lendemain après midi une autre réunion s’est déroulée, mais cette fois sans incident. Et cette réunion organisé par le Cheikh Abdelaziz Thaalbi eu lieu à Ferryville, dans une propriété privée mais, nous précise-t-il, avec une assistance peu nombreuse. Toutefois dans le document sité plus haut et concernant cette même affaire (ici) nous apprenons « que L’échauffourée ne devait pas cependant alarmer outre mesure le Cheikh Taalbi qui réunissait le lendemain dans une ferme indigène des environs de Ferryville, 600 adhérents du vieux destour de cette localité : une cinquantaine de néo-destouriens furent admis après un sévère filtrage, à assister à cette réunion. Le néo-destour s’étant abstenu de toute manifestation aucun désordre ne s’est produit. A cette réunion, le Cheikh n’a pas ménagé ses critiques les plus amères à Bourguiba ».

 

Ainsi donc en 1937 le Cheikh Abdelaziz Thaalbi (*) pouvait rassembler prés de 600 partisans du vieux Destour à Ferryville et que, de son côté, Bourguiba pouvait regrouper plusieurs centaines de militants néo-destouriens de la région y compris de Ferryville pour empêcher la tenue d’une réunion à Mateur. Ferryville, ville construite par la volonté de la colonisation, une cité ouvrière, socialiste et laïque certes mais où le Destour de Thaalbi comme son concurrent le néo-destour de Bourguiba, avaient également et très tôt imprimé leurs marques. Il est vrai que dès 1922 se constituera, à Ferryville, une des toutes premières associations (dite société caritative) sous le nom d’association de bienfaisance musulmane laquelle fut dénoncée par Contrôleur Civil de Bizerte qui alerta alors le Résident Général de l’époque sur le rôle prédominant des Destouriens dans les instances de cette association.

Néanmoins chacun connaît la suite et l’issu de ce combat, sans merci, entre les frères ennemis. Abdelaziz Thaalbi a été l’une des premières victimes de Bourguiba mais non la dernière. Avant l’indépendance et après.

 

Mohsen Dridi

 

 

Cf.  Gallica : Le Matin 1937/09/27

 


 

(*) Abdelaziz Thaalbi (1874 – 1944) : Abdelaziz Thâalbi est un homme politique tunisien. Il est le fondateur du Destour en 1920. Né d'un père notaire algérien, il suit une éducation traditionnelle et effectue ses études à la Zitouna de Tunis. En décembre 1895, il fonde le journal Sahib Enachad où se manifeste sa tendance pour des discussions religieuses ; le journal est interdit en avril 1896. Thâalbi quitte la Tunisie et visite la Turquie, l'Arabie et l'Égypte d'où il est expulsé en 1902. Il se réinstalle à Tunis en 1904 après un voyage en Algérie et au Maroc. En juillet 1904, il mène campagne contre des prédicateurs mais se voit condamné à deux mois de prison par la Driba pour attaques contre la religion3. Il milite aussi au sein du mouvement des Jeunes Tunisiens dès 1907. À partir du 8 novembre 1908, devenu le lieutenant d'Ali Bach Hamba, il rédige l'édition arabophone du journal Le Tunisien.

 

Thâalbi prend part à tous les premiers combats du mouvement national tunisien. Ainsi, il prend part en 1910 à la protestation des étudiants de la Zitouna. En 1911, il participe à l'affaire du Djellaz et, en 1912, il s'illustre lors de l'affaire du boycott des tramways tunisois. Cet activisme lui vaut d'être à nouveau expulsé avec six dirigeants nationalistes en 1912. Il retourne en Tunisie en 1914 après un passage par la France et les Indes

Le 10 juillet 1919, Thâalbi quitte Tunis en état de siège pour Paris en tant que délégué des nationalistes. Il prend contact avec des militants de la gauche française et contribue à faire connaître la cause tunisienne à travers leurs journaux. Alors qu'il est à Paris, il reçoit un programme en neuf points rédigé par ses partisans à Tunis, qu'il remanie toutefois. Les revendications s'articulent autour de l'octroi d'une constitution à la Tunisie. C'est alors que naît le Parti libre constitutionnel tunisien, communément appelé Destour.

 

Avec Ahmed Sakka, il rédige et publie à Paris, en 1920, le manifeste La Tunisie martyre. Ses revendications4. En raison de ce manifeste, il est arrêté le 31 juillet et transféré à Tunis. Emprisonné, il passe devant le conseil de guerre pour complot contre la sûreté de l'État. Il bénéficie néanmoins d'un non-lieu et se voit amnistié le 1er mai 1921. Après sa libération, il préside le Destour à partir du 21 mai5. Menacé par des poursuites, Thâalbi quitte à nouveau la Tunisie en 1923.

Durant son exil, Thâalbi se rend en Italie, en Égypte et en Irak : il prend contact avec de nombreux leaders nationalistes et participe à de nombreux congrès panarabes, dont le congrès de Jérusalem (1931), et à de nombreux congrès panislamiques. Sa notoriété grandit et en fait l'un des leaders du mouvement panislamique. Il continue à parcourir plusieurs pays du monde musulman allant jusqu'aux Indes néerlandaises (actuelle Indonésie)6.

 

Ami d'Albelhamid Ben Badis, président de l'Association des oulémas musulmans algériens, il continue à présider le Destour durant son exil. En Tunisie, les militants destouriens continuent à réclamer son retour qui se fait en juillet 1937, soit 14 ans après son départ forcé. Abdelaziz Thâalbi accueilli à son retour par Habib Bourguiba et Mahmoud El Materi, président du Néo-Destour. En rentrant en Tunisie, le 5 juillet 1937, son arrivée est fêtée par 10 000 personnes qui l'attendent. Thâalbi souhaite à son arrivée forger un grand parti nationaliste qui fédérerait les partisans du Destour et du Néo-Destour. En effet, le Destour avait connu en 1934 une scission qui avait fait émerger deux tendances dont la plus revendicative, celle du Néo-Destour, était conduite par Habib Bourguiba

 (Wikipédia)

http://fr.wikipedia.org/wiki/Abdelaziz_Th%C3%A2albi

 

Voir également

Le Destour (ici)

Le nationalisme tunisien: scission et conflits, 1934-1944 (Samya El Méchat) (ici)

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