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17 Feb

Le 13 juillet 1954, Ferryville, terrasse du café de Paris, il était 21h 20 quand …

Publié par menzelbourguiba-ex-ferryville.over-blog.fr  - Catégories :  #Mémoire, mémoires

avenue1Pour ceux et celles qui ont eu l’occasion de passer devant le café de Paris ces dernières années ils ne pouvaient avoir manqué cette plaque commémorative accolée au mur à gauche de l’entrée du café. Une plaque de marbre sur laquelle sont gravés les noms des résistants qui ont mitraillé les clients attablés et les passants en ce mardi 13 juillet de l’an 1954.

 

Que s’est donc il passé en cette veille du 14 juillet 1954 ? Il était 21h 20 en ce 13 juillet et comme chaque soir les gens étaient attablés sur les terrasses des cafés sur l’avenue. Mais ce soir là plus que tout autre il y avait foule car les gens se préparaient à aller à la kermesse des apprentis. Ou plutôt qui se déroulait au stade des apprentis. Mais ce soir là un événement dramatique allait perturber la quiétude des Ferryvillois. En effet ce soir là un groupe de huit fellagas (c’est le nom donné aux résistants tunisiens qui combattaient pour l’indépendance) ouvre le feu sur les clients attablés et sur les passants de l’avenue de France. Voici comment R.X.Lanteri relate ces évènements : « 1954. Avenue de France, nuit du 13 juillet, 21h 20. La foule, qui s’apprête à gagner la kermesse de l’école des apprentis de la DCAN, occupe la terrasse des cafés. Cinq « fellaghas » (…) sont postés devant l’Amirauté et trois sur la Place Guepratte (de Marché) mitraillent le café de Paris et les cars faisant la navette, puis en se (dirigeant) vers la Briquetterie, tuent des passants. Six morts dont Robert Gaze…, Georges Fouchet, sa tante Mme Richard, Albert Boston. Parmi les blessés …... une métropolitaine, Monique Courtois, une Ferryvilloise, Josette …. Restera hémiplégique toute sa vie. Mmes Commandeur et Marie Cha…, Dorigny, Rizzoto (de Mateur) et deux sergents. Le 31 juillet, à Carthage Pierre Mendès France promet l’autonomie interne aux tunisiens. Le 1er novembre, la rébellion algérienne commence » (cf. Eléments d’histoire de Ferryville) (*).

 

Un véritable drame qui a traumatisé toute la ville et en tout premier lieu les ferryvillois d’origine européenne. Mais un drame qui jeta l’effroi sur tout le monde européens comme arabes ou juifs. Mais pour les patriotes tunisiens en général et les résistants en particulier c’était évidemment une autre lecture qu’ils avaient de ces évènements.

 

 

De leur côté les autorités chrétiennes vont certes dénoncer les « violences des bandes Armées dites de «fellagha», au sein desquelles paysans sans ressources et terroristes appointés ont rejoint les classiques hors la loi et coupeurs de route; ont, dès la fin de mars étendu leur activité vers lé Centré et le Nord de la Régence et, en mai, attaqué avec sauvagerie des fermes-françaises. Puis, en juin et juillet, ont été perpétrés à Ràdès,  à Tèbourba, à Ferryville, des attentats particulièrement aveugles et odieux : les agresseurs, souvent en automobile,  déchargeaient leurs mitraillettes sur de paisibles passants où des consommateurs attablés devant les cafés. Une alternance sinistre et évidemment voulue réglait ces assassinats selon la loi du talion : c'étaient tantôt des Français, tantôt des Tunisiens, qui se trouvaient ainsi lâchement abattus ». Mais ces mêmes autorité n’ont pas oublié de signaler au passage l’échec des « réformes » Voisard du 4 mars 1954 et leurs espoirs de voir les décisions prises le 31 juillet à Tunis par M. Mendès-France et « la constitution le 8 août, par, M. Tahar ben Amar, d'un ministère où le Néo-Destour est représenté, viennent de modifier sensiblement les données du problème tunisien. Dé nouveau la violence décroît, mais une œuvre constructive reste à faire, au milieu de grandes difficultés. Les Français de Tunisie devront, dans les mois à venir, montrer beaucoup dé lucidité, de générosité réfléchie et de courage » (ici) (cf. Etudes juillet 1954).

 

fellagas.jpgEh oui, chacun l’aura sans doute compris, nous sommes en effet dans un contexte très particulier qui concerne toute la Tunisie. Contexte dans lequel se déroule différentes luttes et différentes stratégies : entre les nationalistes et notamment le néo-Destour et la France, au sein même du néo-Destour (entre Bourguiba et Salah Ben Youssef, entre les partisans des négociations et les partisans de la lutte armée …) etc. Car il faut le rappeler le mouvement de guérilla, les fameux fellagas, qui avait éclaté, à nouveau, en 1952 mais dont les racines remontaient à 1938 (ici) suite à la mobilisation et aux manifestations pour un Parlement Tunisien, mouvement qui avait été réprimé dans le sang. Mais les choses s’étaient tassées du fait de la seconde guerre mondiale. Au début des années 1950 c’est l’arrestation de nombreux nationalistes (dont Bourguiba) et, visiblement, la voie choisie était celle de la répression tous azimut (assassinat de F. Hached …). « Consacrant cette nouvelle politique, un nouveau Résident Général, Jean de Hauteclocque arrive, le 13 janvier 1952, sur un bateau de guerre. L'arrestation, le 18 janvier 1952, de 150 destouriens, dont le leader Habib Bourguiba, inaugure l'ère de la répression et de la résistance. La réaction tunisienne privilégie, au cours du déclenchement de l'épreuve, les grèves, les manifestations de rue, l'envoi des motions de protestation et les différentes formes de mobilisation populaire. Mais le cycle réaction/répression provoque l'escalade et met à l'ordre du jour le sabotage, l'exécution des collaborateurs, l'attaque des fermes coloniales, puis les opérations militaires, contre les troupes coloniales. (…) Manifestations, émeutes, grèves, tentatives de sabotages, jets de bombes artisanales, la population est mobilisée pour exprimer son mécontentement et attirer l'attention de l'opinion française et internationale, en entretenant une agitation permanente. Mais le développement de la répression qui s'accompagna de l'apparition d'un contre-terrorisme toléré allaient, par contrecoup, inciter le mouvement national à réadapter sa stratégie, prenant comme cibles à attaquer: les colons, les fermes, les entreprises françaises et les structures gouvernementales ». Oui comme le signale ce passage d’un important travail de l'historien Khalifa Chater, nous sommes bien dans un contexte particulier. Un contexte d’autant plus particulier en raison de la situation internationale : Nasser et le renversement de la monarchie en Egypte, la situation en Algérie …etc. Oui tout cela n’a pas manqué de jouer sur la situation en Tunisie. Et en 1954 nous sommes, en même temps, à la fin de ce mouvement de guérilla puisque deux semaines après Pierre Mendès France arrivera à Tunis pour engager, avec Bourguiba, les négociations qui aboutiront à l’autonomie interne puis à l’indépendance. Enfin presque à la fin car dans la réalité une partie des fellagas, après l’autonomie interne et même l’indépendance, rejoindront Salah Ben Youssef contre Bourguiba jusqu’en 1962. Une des raisons est certainement le mépris qu’avait, à leurs endroit, Bourguiba et qui plus est « minimise leur participation à la lutte armée contre l’occupant, en déclarant n’avoir accepté l’aide de ces « pauvres diables analphabètes » que comme « simple opération tactique… »(ici). Voilà, très brièvement, pour l’histoire politique.

 

Mais cela ne change rien quant au drame vécu par les familles des victimes, qu’elles soient victimes de la répression ou victimes des attaques commandos des fellagas. Et à Ferryville, petite ville où presque tout le monde se connaît et se côtoie, c’était un véritable drame. En tout cas certainement pour ce qui concerne les adultes. Nous, adolescents, bien sur nous n’avions pas vraiment conscience de ce qui venait de se passer et des retombées qui allaient bientôt se révéler. Je garde, d’ailleurs, encore en mémoire ces images de cercueils à la sortie de l’église quelques jours après de ce drame. Mais, tout de même, ces fellagas étaient aussi nos Robin des bois à nous, nos résistants. Il faut croire que l’indépendance n’était pas seulement une affaire de grands ou réservée aux seuls politiques. Et cela je l’ai d’autant plus compris, longtemps après, à Paris, en m’intéressant à l’histoire et surtout, j’insiste là dessus, en allant voir les films sur la résistance française au temps de l’occupation. Les jeunes résistants à Paris portaient le béret ou le costume cravate alors qu’à Ferryville ils portaient la kachabia. A chacun ses héros.

 

Pour ceux et celles qui passeront dorénavant devant le café de Paris et qui iront voir cette plaque commémorative accolée au mur à gauche de l’entrée du café ils y verront, bien sur, gravés les noms des résistants qui ont mitraillé la terrasse du café en ce mardi 13 juillet de l’an 1954 et pour la plupart décédés aujourd’hui. Ils auront, je l’espère, aussi une pensée pour toutes les victimes de cette journée.

 

Mohsen Dridi

 

(*) Tous les noms sur le document n’étaient pas lisibles

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P
Ce que je trouve dommage c'est que j'apprend l'histoire de l'agérie, la Tunisie sur le sol du magreb et que en France c'est un peu le vide sur l'histoire du magreb...
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S
Bonjour, n'était ce pas le 10 juillet ???
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ص
سي محسن الدريدي انا بصدد انجاز كتاب على تاريخ منزل بورقيبة ولقد اتصلت بعديد لشخصيات الهامة وهم اصدقاؤك باعتبارك كنت ناشا بمنزل بورقيبة واما انا فقد اخذت من مدونتك بعض الاشياء وارغب في المساعدة في كتابة تاريخ منزل بورقيبة وذهبت شواطا كبيرة في التدوين وشكرا
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B
Mon oncle maternel m' accompagnait ce soir là on devait aller au cinéma j'étais avec lui rue des arabes quand une femme de type européen l'appela il me demanda de l'attendre devant une pâtisserie à côté il y avait un salon de coiffure pour hommes je crois je déambulais sur le trottoir jusqu'à l'angle de l'avenue de france et retour le temps me semblait trop long il ne revenait pas mon oncle il y avait foule les rues étaient animées quand soudain on entendit un crépitement terrifiant j'étais abasourdi et tétanisé je ne comprenais rien le temps que je réalise et sans comprendre que je devais courir était interminable des petits arabes aussi effrayés que moi couraient et disaient faisant attention aux roumis s' ils nous attrappent il nous tuent c'etaient les petits arabes porteurs de paniers ou cireurs reconnaissables à leurs guenilles en temps normal je les aurais évités de crainte qu'ils ne m'agressent et ce n'etait qu'un préjugé car ce soir là vue la peur qui me tenaillait j'avais perdu mes moyens ils tinrent tous à me raccompagner j'usque chez moi au quartier Bellevue notre maison était construite dans un îlot de six maisons dan la petite oliveraie il n'y avait ni route ni électricité c'etait la petite campagne ce qui rajouté à mon désarrois quand notre groupe arriva sur un rythme infernal de course à pied ma mère qui guettait par la porte mon arrivée vint à ma rencontre en courant jusqu au lieu dit "bir bejaoua" je n'oublierait jamais l'état ou elle était mes petits compagnons la rassuraient avec le voici tante le voici il est indemne "labes ! Labes " le lendemain vers huit heures ou neuf heures tout le quartier Bellevue était encerclé par l'armée qui fouilla toutes les maisons à l'exeption des rares residences ou fermettes des "roumis"et abattit toutes les haies de cactus des jardins d'arabes brûlant sur le chemin quelques "gourbis"(taudis en pisé et toit de chaume)
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B
Les souvenirs me reviennent il y aura une suite a mon premier commentaire c'est tres bouleversant et je suis tres ému et totalement retourné c'est encore tres vif pardon et à plus
P
En attendant l'histoire est en marche , mais combien de Tunisiens ou Algérien pour ne cité qu'eux <br /> doivent regretter le bon temps des colonies !!!
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O
Les Tunisiens comme les Algériens d'aujourd'hui applaudissent encore et encore le départ des Français en général et des colons en particulier. Que vivent ces deux pays amis et frères. A bas les envahisseurs de quel bord qu'il soit.
B
CET ESPACE EST FAIT POUR LE SOUVENIR MONSIEUR PSAILA JE PEUX VOUS RASSURER QU'IL N YA PAS BEAUCOUP D'ALGERIENS NI DE TUNISIENS QUI REGRETTENT LE TEMPS DES COLONIES MAIS LES NORD AFRICAINS SONT DES GENS GENEREUX ET SAVENT PARDONNER L'ARROGANCE MÊME QUAND ELLE N'EST PAS DE MISE OU MAL PLACÉE

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