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14 Mar

la Retirada des républicains espagnols en Tunisie en passant par Ferryville

Publié par menzelbourguiba-ex-ferryville.over-blog.fr  - Catégories :  #Mémoire, mémoires

retirade.JPGFerryville – Menzel une ville ouverte et qui accueilli de nombreux réfugiés. Après les Serbes en 1914 voici le tour des républicains espagnols en 1939. Le point commun entre ces deux situations est d’abord le fait qu’il s’agit de soldats ou engagés qui deviennent par les vicissitudes de la guerre des réfugiés. Et dans les deux cas Ferryville a été le lieu par lequel ils ont au moins transité voire même celui où ils se sont installés. Autre point commun c’est que les deux  conflits sont annonciateurs voire même l’élément déclencheur des guerres mondiale de 1914-18 puis de celle de 1939-45. Mais là s’arrête la comparaison car si dans le cas des Serbes l’on a vu un engagement fort y compris une alliance miliaire entre la France et la Serbie contre l’Autriche-Hongrie pour ce qui concerne les républicains espagnols le gouvernement Daladier, après l’éclatement du Front populaire, s’emploiera à les parquer dans des camps de concentration installés surtout dans la région du sud-ouest de la France et quelques uns dans les autres régions. Il ne faut pas oublier que l’arrivée massive des réfugiés espagnols (entre 400 et 500 000) intervient dans un contexte général de durcissement de la politique d’immigration et pour les réfugiés. En Allemagne, en Italie, en Espagne et même en France le vent de la guerre et de la xénophobie est plus qu’inquiétant.

 

Et c’est ainsi que nous allons retrouver des réfugiés espagnols, républicains évidemment, à Ferryville. Ou plutôt de passage à Ferryville. Car lorsqu’en 1939 les forces loyalistes de la République espagnole commencent à battre en retraite devant la poussée des forces de Franco c’est, on peut tout à fait l’imaginer, la plus grande confusion dans les rangs républicains et leurs familles. C’est donc du port espagnol de Carthagène, siège de la flotte républicaine, que sur ordre du commandant de la flotte l’ordre d’appareiller est donné à tous les navires et comme dernier recours de faire route vers l’Afrique du Nord et pour ce qui nous concerne vers Bizerte. Quelques 10 000 espagnols débarquent en Afrique du nord et parmi eux près de 4 000 en Tunisie. Quelques uns des bateaux espagnols mouillèrent dans le lac non loin de l’arsenal de Ferryville. Les autorités coloniales ne leurs accordèrent l’asile que sous certaines conditions. En effet, il avait été prévu de les acheminer, par train, vers le sud tunisien à Meknassi et plus exactement vers la mine désaffectée de Mehri-Jebbès.

 

Les conditions de leur accueil avaient suscité de nombreuses réactions selon que l’on avait ou non de la sympathie pour la cause des républicains espagnols. Et à Ferryville ces réactions étaient favorables. A Ferryville il y avait une longue tradition socialiste et communiste au sein de la population ouvrière et qui de fait  n’hésitaient pas à exprimer leur soutien à la cause républicaine et du même coup leur refus du fascisme. N’oublions pas que nous sommes à la veille de la seconde guerre et les dangers du nazisme.

 

Voici ce qu'écrit l'historien Tunisien Béchir Yazidi à ce propos :

  « Par ailleurs, leur arrivée avait suscité bien des passions politiques. Ceux qui avaient vécu la guerre civile espagnole par “procuration”, trouvèrent dans cet événement une occasion pour exprimer leur soutien à la cause républicaine, et, par ricochet, contre la vague du fascisme qui menaçait le monde. En effet, cette guerre “a constitué le point de repère de l’activisme militant ou simplement de la sensibilité politique des non Espagnols” 5.

Ce drame était donc l’occasion pour des manifestations de sympathie à la cause républicaine. (…)

Les souvenirs d’un ancien réfugié en Tunisie rappellent : “qu’au départ de Ferryville en direction du sud tunisien, la population exprime une grande sympathie envers les Espagnols et ceux-ci témoignent de leur gratitude en lançant aux gens des choses auxquelles ils tiennent beaucoup : les rubans des bérets marins portant le nom des bateaux et autres insignes”. La ville de Ferryville par laquelle devait passer les trains vers Meknassi, vit le rassemblement de plus d’une centaine de militants le long des voies ferrées. Ils entamèrent l’Internationale. On jetait aux réfugiés des paquets de vivres et des cigarettes. De même à Tinja, une autre ville par où devait passer le convoi, cinq cent à six cents personnes s’étaient rassemblées à 21 heures sur les quais le 14/3/39 avec énormément de paquets destinés aux réfugiés. Certains paquets lancés aux réfugiés contenaient des messages qui traduisaient cet élan de solidarité et de soutien moral : “Camarades Espagnols, prenez courage et gardez votre confiance et votre idéal, le peuple français – tunisien est avec vous…que la terre tunisienne vous soit clémente”. » Cf. Le cas des réfugiés espagnols en Tunisie de Bechir Yazidi

 

Oui Ferryville, Menzel Bourguiba aujourd’hui qui vit des moments importants de son histoire, a une longue tradition d’accueil mais aussi de solidarité avec les causes qui vaillent la peine d’être défendues. Et par dessus les causes politiques il y a la solidarité de classe ou tout simplement la solidarité humaine, comme exprimée à l’égard de ces réfugiés républicains qui n’étaient alors que de simples passagers. Et, pour mémoire, ces rappels sont bien nécessaires en ces temps qui courent. Personne ne peut oublier que ce qui s'est joué dans cette guerre civile espagnole, entre les républicains d'un côté et les nationalistes de Franco de l'autre, n'était qu'un préambule à la grande guerre qui s'annonçait. Et dans cette guerre civile les fascismes de tous bord s'étaient coalisaient pour soutenir Franco alors que des brigades internationales formées de volontaires s'étaient constituées pour la cause des républicains.

 

Mohsen Dridi

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A
Merci pour mes père et oncle, tous deux marins républicains exilés à Bizerte en 1939.
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W
Voici mon mail<br /> Wafa_elf@yahoo.fr
W
Bonjour monsieur. Je suis doctorante et je fais un travail de recherche sur les républicains exilés en Afrique du nord . Pouvez me contacter, s'il vous plaît, afin que je puisse vous poser quelques questions? Merci
G
<br /> Passionnant moment d'histoire, rappelé dans une époque fascinante de recherche de liberté. merci, Mohsen !<br /> <br /> <br />
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Garder vive la mémoire d'une ville (Menzel Bourguiba ex-Ferryville) et de ses habitants