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19 Dec

L’Etat, l’UGTT, la violence : La triple erreur d’Ennahda !

Publié par menzelbourguiba-ex-ferryville.over-blog.fr  - Catégories :  #Chroniques sociales et politiques

affrentement-ugtt1.jpgDécembre 2010 – décembre 2012 : Voilà deux ans maintenant que la révolution a « dégagé » l’ancien régime. Et pourtant le cœur des Tunisien-nes n’est visiblement pas à la fête. Et pour cause !

 

L’agression manifeste, qui plus est d’une rare violence, dont a été victime l’UGTT le 4 décembre 2012, jour commémorant le 60ème anniversaire de l’assassinat de Farhat Hached, marquera à coup sûr la conscience des Tunisien-nes et des syndicalistes tout particulièrement. D’autant que ce n’était pas la première fois que l’UGTT était ainsi visé[1].

 

Décidément aussi bien les activistes des « ligues pour la défense de la révolution » et militants de base que les responsables du mouvement islamiste Ennahda n’ont visiblement pas compris qu’il y a des symboles qui constituent les ressorts fondamentaux de la conscience et de la mémoire collectives des Tunisien-nes, symboles qu’il ne faut pas dénigrer au risque de se voir rejeter sans autre forme de procès.

 

Ces gens n’ont assurément pas tiré les leçons des précédents évènements lorsque d’autres symboles avaient également été bafoués[2].

 

En foulant ainsi aux pieds certains symboles, Ennahda, incapable de tirer les leçons, a franchi le Rubicon et, de ce fait, a commis une triple erreur sur le plan de la symbolique politique en tout cas.

 

1/ La Tunisie, un Etat-nation avant tout !

 

La première erreur de certains stratèges d’Ennahda est d’avoir oublié et négligé les fondements de la nation tunisienne. Qui plus est, ils ont surtout sous-estimé l’attachement de l’immense majorité des Tunisien-nes à ces fondements et à cet Etat-nation ainsi qu’au modèle de société qui en est le produit et qui leur a permis de vivre ensemble, pacifiquement, aussi longtemps.

 

La Tunisie a une histoire trois fois millénaires. Elle a été un lieu de brassage de population où l’on retrouve aussi bien des descendants des phéniciens, des carthaginois, des juifs, des romains, des byzantins, des amazighs, des arabes, des andalous, des ottomans, des grecs, des maltais, des français …

 

Mais la nation tunisienne, dans sa physionomie actuelle, est le résultat bien sûr de cette histoire trois fois millénaires mais davantage encore d’un processus de construction qui s’est déroulé au cours des 19ème et 20ème siècle. La Tunisie actuelle - ne reniant rien ses profondes et multiples racines et en s’appuyant d’ailleurs sur elles – a commencé à s’ériger en un Etat-nation au sens politique et moderne du terme en prenant exemple autant sur les Ottomans que sur l’Europe et tout particulièrement la France d’après la révolution.

 

N’est-ce pas, en effet, à partir de la dynastie Husseinite en 1705 et le processus d’émancipation relative vis à vis des ottomans mais surtout à partir du 19ème siècle, avec la mise en œuvre des grandes réformes de l’administration et de l’Etat que la Tunisie, dans sa configuration actuelle, va commencer à prendre forme[3].

 

La Tunisie actuelle s’est, pour ainsi dire, émancipée, une première fois, de la tutelle ottomane et, une seconde fois, de la domination française mais elle leur en a, néanmoins, emprunté tout ce qui lui paraissait important et indispensable pour sa propre construction en tant que nation et surtout en tant qu’Etat moderne. Et cela a été l’œuvre de l’ensemble du mouvement réformiste tunisien issu à la fois des élites et/ou oulémas formés à la Zitouna qu’à la Khaldounia ainsi que de l’apport du mouvement ouvrier et syndical.

 

Oublier ce processus et cette construction qui a demandé plus d’un siècle et demi de réflexions, de travail et de réalisations - non sans difficultés surtout contre les conservatismes d’alors - c’est, tout simplement, ne pas comprendre les ressorts intimes de la société tunisienne d’aujourd’hui. Ce sont eux qui expliquent l’attachement au modèle du « vivre ensemble » de la société et qui la font vibrer et réagir dès lors que l’on porte atteinte à celui-ci !

 

Et, visiblement, c’est ce que n’ont pas compris – ou plutôt n’ont pas admis – les idéologues et les doctrinaires d’Ennahda tout comme les salafistes qui ont, faut-il le rappeler, une autre vision de l’identité supposée de la Tunisie, vision qui découle de leur conception universaliste, globalisante et supranationale de l’Oumma musulmane et dont la Tunisie ne serait, tout au plus, qu’un des éléments de cet ensemble. Et, pour ce faire et en attendant, Ennahda s’est fixé comme objectif d’affaiblir l’Etat comme le suggère de manière pertinente Sami Ghorbal[4].

 

Ennahda, les salafistes seraient-ils finalement les héritiers (ou les vestiges) de ces conservateurs de l’époque qui étaient alors opposés à ce mouvement réformiste enclenché au cours du 19ème et du 20ème siècle ? A ceci prés que, si à cette époque on pouvait encore qualifier de « conservateurs » les opposants à ce profond mouvement de réformes, aujourd’hui, soit plus d’un siècle et demi après, le qualificatif  « réactionnaires » serait bien plus approprié. Et c’est justement ce qui les met en porte-à-faux avec la conception et la construction de la nation tunisienne telle qu’elle est concrètement.

 

Ceci étant, il ne faut surtout pas croire qu’en Tunisie, tout est bien dans le meilleur des mondes et que le mode d’organisation et de gestion de cet Etat-nation, de ses administrations ou même des grands services publics soient un modèle en la matière. Loin s’en faut ! N’est-ce pas la corruption, le népotisme, le clientélisme … que le système a généré, produit et reproduit, durant plusieurs décennies qui sont à l’origine des révoltes populaires et de la révolution en Tunisie ? Il y a lieu même, à la réflexion, de se demander si la révolution ne doit pas se fixer comme objectif de parachever la construction, en le réformant profondément, de l’Etat-nation moderne en Tunisie. D’en faire un Etat, une administration et un véritable service public neutre et au service de tous, dégagé des lourdeurs et pesanteurs bureaucratiques et des tentations clientéliste, du népotisme et de la corruption ? La question mérite qu’on y réfléchisse !

 

2/ Criminalisation des luttes sociales, harcèlement de l’UGTT …

 

La seconde erreur des islamistes d’Ennahda est d’avoir encourager, fomenté et organisé une stratégie à la fois de stigmatisation et de quasi-criminalisation de tous ceux et celles qui portent des revendications sociales et de harcèlement contre l’UGTT dans le but évident de l’affaiblir. Affaiblir l’organisation syndicale et, par delà - à défaut de les empêcher totalement - tenter d’isoler toutes velléités de résistance, de luttes et de mobilisations compte tenu de la grogne sociale qui s’annonçait inévitablement.

 

Or, est-il besoin de le rappeler : Si la question nationale, à travers la modernisation de l’Etat et de l’administration dont il a été question précédemment a été au cœur du mouvement de réformes, la question sociale et surtout celle de la justice sociale peut être considérée comme l’autre fondement de cet Etat-nation moderne. Et cela a été d’abord porté par le mouvement progressiste et tout particulièrement par le mouvement syndical[5].

 

Juste pour mémoire : Le syndicalisme autonome tunisien a fait son apparition en Tunisie au tout début du 20ème siècle.

 

On constate d’abord qu’il naît et se développe dans des contextes particuliers et dans un climat plutôt favorable : La CGTT de Mohamed Ali El-Hammi en 1925 avec la fin de la 1er guerre et l’arrivée du Cartel des gauches en France ; La seconde CGTT de Belgacem El-Gnaoui en 1937 avec d’une part  la levée, en 1932, des nombreuses restrictions à l'action syndicale et de l’autre l’arrivée du Front populaire en France ; l’UGTT, en 1946, avec la fin de la 2ème guerre.

 

On constate également que le syndicalisme tunisien s’inscrit en rupture avec le syndicalisme de type colonial auquel il était reproché de ne  pas prendre en compte les spécificités des travailleurs et des ouvriers tunisiens[6]. En fait, il naît d’ailleurs quasiment en même temps que le mouvement politique qui commence à réclamer l’indépendance, et de ce fait, le syndicalisme permettra la jonction indispensable entre question sociale et question nationale et contribuera de manière décisive au processus qui conduira à l’indépendance.

 

Et c’est ce rôle et cette place occupés par le mouvement syndical et l’UGTT en particuliers qui ont permis, une fois l’indépendance acquise, d’intégrer la question sociale comme donnée importante de la construction de l’état national en particulier dans ces volets sociaux et économiques.

 

Et cela malgré les multiples pressions des pouvoirs successifs après l’indépendance pour tenter de caporaliser l’UGTT, comme cela a été le cas avec d’autres structures (UNFT, UTICA …) et de réduire son action pour en faire une simple courroie de transmission et relaie du pouvoir.

 

Et, qui plus est, est-il besoin de rappeler par exemple :

 

Que c’est l’UGTT qui, le 26 janvier 1978, a organisé la première grève générale du pays et qui a démontré et sa force et son influence parmi les travailleurs et au-delà ! Et malgré la répression violente de cette grève (plusieurs centaines de morts) et les nombreux procès contre les responsables et militants syndicaux, l’UGTT, bien que handicapée un temps, n’en a pas moins retrouvé sa force et son influence auprès de la classe ouvrière et du monde du travail.

 

Que c’est l’UGTT qui a joué en permanence, durant les années de plomb au temps de Bourguiba comme de Ben-Ali, le rôle de parapluie pour protéger tous ceux et celles, acteurs de la société civile, défenseurs des droits humains … qui ont eu à subir la répression en Tunisie !

 

Que se sont les structures syndicales locales et régionales qui ont été les grands soutiens de tous les mouvements sociaux et revendicatifs dans le pays qui ont été le prélude de la révolution comme par exemple la grande lutte du bassin minier en 2008-2009 !

 

Que c’est l’UGTT également, dès le déclenchement de la révolution en 2010-2011, qui a permis que s’organisent les plus importants rassemblements et les plus imposantes manifestations de rue, aussi bien à Tunis que dans les grandes villes du pays, qui ont finalement accéléré la chute du régime de Ben Ali.

 

Or, malgré cela – ou peut-être bien, en raison de cela – voilà qu’Ennahda n’a eu de cesse, depuis plus d’un an, de stigmatiser et de criminaliser les revendications et les luttes sociales et, surtout, n’a pas manqué une occasion pour harceler l’UGTT au prétexte que c’est elle qui organise les grèves et les mouvements sociaux. Comme si l’UGTT n’était pas là dans son rôle !

 

3/ La violence politique, un précédent grave !

 

L’introduction de la violence pour régler les questions politiques est à mes yeux la troisième grande erreur des islamistes.

 

Jusque là, en Tunisie, la violence politique était l’apanage du pouvoir à travers l’omniprésence de sa police politique et de la répression qu’elle faisait subir aux opposants. Ce n’est donc pas par hasard que le 14 janvier 2011 c’est face au ministère de l’intérieur que les dizaines de milliers de Tunisien-nes se sont donnés rendez-vous pour signifier un « dégage ! » cinglant au régime. C’était une violence d’Etat, injustifiée et illégitime parce que instrumentalisée par le pouvoir politique, mais c’était une violence auquel l’Etat a toujours cherché à donner un semblant de « légalité » même si ce n’était que « sa » propre vision de la légalité. Il fallait simplement « sauver les apparences ». A telle enseigne que les Tunisien-nes en général et les opposants et/ou défenseurs des droits humains en particulier s’étaient, au cours des 5 décennies écoulées, sinon habitués du moins n’en étaient pas étonnés et ont tout fait pour contourner, à leur tour, cette difficulté.

 

Or, aujourd’hui, après la révolution, et ce depuis le milieu de l’année 2011 nous assistons à un phénomène, jusque là inconnu dans le paysage tunisien, où la violence politique prend le pas sur les débats d’opinions. Une violence politique qui ne fait que s’ajouter aux multiples dérapages de la répression, parfois aveugle, de la part de la police. La violence politique exercée, cette fois, par des groupes et des milices organisées contre d’autres tunisien-nes est un glissement dangereux et grave. Qu’il s’agisse des groupes présumés salafistes agissant comme sous-traitants dans certaines missions ou des « ligues pour la protection de la révolution » soutenus par Ennahda, voire même de groupes de voyous à la solde du crime organisé lié aux réseaux de l’ex clan Ben-Ali, Trabelsi et consorts … les Tunisien-nes découvrent, scandalisés et horrifiés, une face jusque là cachée de leur réalité. La violence politique, qu’elle soit orale ou physique, s’installe, occupe l’espace public et peut même aller jusqu’à générer morts d’hommes comme lors de l’attaque contre le consulat américain ou encore comme à Tataouine. Et cela au vu et au su de tous et surtout  avec un laxisme de l’Etat frisant la complaisance voire la complicité.

 

Pratiquement tous les mouvements d’opposition ou ceux de la société civile, les médias, les intellectuels, les artistes, les femmes voire même certains islamistes modérés … sont ou ont été les cibles et les victimes de cette violence politique. A l’exception notable, toutefois, de tous ceux qui sont membres ou proches de la troïka au pouvoir et surtout d’Ennahda[7]. D’autant que nous avons à faire, de manière ciblée, à une stratégie qui consiste à stigmatiser, collectivement, de citoyen-nes en raison de leur appartenance à un corps de métier ou à telle ou telle catégorie, groupe ou genre. Une véritable chasse aux sorcières qui consiste à jeter en pâture des Tunisien-nes à la vindicte de milices et autres ligues aux relents fascistes.

 

L’UGTT a souvent été la cible de ces groupes et de cette violence politique. Mais c’est la première fois que son siège et des responsables syndicaux sont ainsi visés. Ni Bourguiba, ni Ben Ali ne s’y sont jamais risqué ! Le coup de force du 4 décembre 2012 lancé par les « ligues de défense de la révolution » contre le siège et les responsables de l’UGTT constitue donc une étape d’une extrême gravité tant par sa violence que par les objectifs d’une telle opération. L’UGTT - et l’ensemble de la société civile - ne s’y est d’ailleurs pas trompé. L’appel à la grève générale lancé par le syndicat pour le 13 décembre 2012 était à la mesure de la gravité de l’événement. Et même si, pour des motifs tout aussi justifiés, cette grève a été suspendue après négociations avec le gouvernement, il n’en reste pas moins que le danger plane toujours tant que la violence politique demeure dans la stratégie d’Ennahda et des fameuses ligues et autres salafistes et jihadistes.

 

L’introduction de la violence politique est un précédent grave. C’est une ligne rouge que chacun se devait de ne pas franchir. La révolution, dans le long terme, enfantera, à coup sûr, une nouvelle société en Tunisie. Mais cela se fera plus ou moins lentement et concernera tous les domaines de la vie (politique, économique, social, culturel, environnemental …). Et tous les Tunisien-nes, à égalité des droits, vont y contribuer. Lentement, sans contraintes et sans violence. Le débat d’idée doit primer, les contradictions s’exprimer.

 

Mais, dans l’immédiat, ceux qui ont la responsabilité du pays, au sein du pouvoir comme en dehors, surtout dans cette phase de transition, ont la tâche et la responsabilité de bâtir les fondements du nouvel Etat démocratique, de la nouvelle république, se doivent de bannir des mœurs politiques la violence comme moyen pour arriver au pouvoir ou pour s’y maintenir. C’est une question de volonté politique et le consensus reste encore la meilleure garantie pour y parvenir.

 

Alors, faut-il mettre cette triple erreur sur le compte de l’amateurisme et l’inexpérience en matière de gestion de la chose publique mais aussi des difficultés réelles du moment ?

 

Ou plus grave,

 

Dans le but manifeste de s’accrocher coûte que coûte au pouvoir, de s’y installer durablement, en mettant la main, au préalable, sur tous les rouages de l’Etat et de l’administration, en affaiblissant tout ce qui pourrait se mettre en travers de son chemin et en installant le pays et la société dans un climat de quasi-guerre civile ?

 

 

Mohsen Dridi

Le 17 décembre 2012



[1]               Depuis bientôt un an maintenant l’UGTT fait l’objet d’attaques inadmissibles et répétées de la part des partisans du mouvement Ennahda. Ainsi en février 2012 quand plusieurs locaux de l’UGTT à Monastir, Kairouan, Kasserine, Kébili, Ben Arous, La Manouba … ont été attaqués. Ou encore lors de la grève des éboueurs  quand les miliciens d’Ennahda ont déversé quantités de déchets ménagers devant les locaux de l’UGTT … jusqu’à l’attaque de la place Mohamed Ali du 4 décembre.

 

[2]               Souvenez-vous c’était au temps où nos islamistes envoyaient leurs sous-traitants, les présumés salafistes, pour occuper l’espace public en diffusant la haine, la peur et la Fitna entres les Tunisien-nes. C’était l’époque où partout et à chaque occasion on ne voyait flotter que les drapeaux noirs que l’on cherchait à imposer, voire même à substituer, au drapeau national.

 

[3]               « La Tunisie, rappelons-le, a déjà connu, au temps de Carthage, une certaine expérience de l’Etat et de l’organisation structurée et hiérarchisée de la vie de la cité.  Elle a également été, longtemps après certes, l’un des tous premiers pays à s’émanciper, progressivement, de la tutelle ottomane (tutelle qui a durée de 1574 à 1881) et que ce processus s’est notamment traduit, au cours des 18ème et 19ème siècles par une volonté de modernisation des principales fonctions et prérogatives de l’Etat (l’armée, l’administration, l’état civil, les finances, la réorganisation des municipalités et l’introduction de certains services publics (El-khadma el-oummoumya, la poste …)[3] entraînant ainsi une lente mais inéluctable sécularisation de l’état civil. La colonisation à partir 1881 – qui a donné un coup de frein à cette dynamique endogène -  a évidemment entreprit, à sa manière et à son profit[3], la réorganisation de l’Etat et de l’administration du pays et par voie de conséquence ne pouvait qu’accentuer le phénomène de sécularisation. L’Etat tunisien né en 1956 et l’administration qui fut alors mise en place sont donc le produit, à la fois, des réformes commencées au cours des siècles précédents, de la réorganisation opérée et léguée par la colonisation ainsi que de la volonté de modernisation (et la tunisification) après l’indépendance, celle-ci prolongeant, objectivement, le processus de sécularisation. Bourguiba et le néo-destour, s’inspirant de l’esprit du mouvement réformiste (notamment destourien), avaient permis l’introduction et la généralisation, dès l’indépendance, d’importantes réformes en matière de scolarisation, de santé, de sécurité sociale, du statut personnel »

(ici)

 

 

[4]               Selon Samy Ghorbal « Ennahdha n’a en réalité qu’un seul adversaire: l’Etat, l’Etat moderne, centralisé, envahissant, détourné de ses finalités véritables. L’Etat moderne bourguibien est un Etat réformateur, qui agit sur la société pour la transformer. Or, aux yeux des islamistes, l’Etat n’a pas vocation à transformer ou à réformer la société. Il a, au contraire, vocation à conserver. C’est un Etat conservateur, un Etat gardien. Gardien de l’identité et de la religion. Gardien de l’ordre moral et de la tradition » (cf. « L’affaire de la Zitouna: quand l’Etat capitule devant la société » businessnews.com 11 mai 2012)

 

[5]               Qu’il s’agisse de la justice sociale et des droits des travailleurs, du droit syndical, du droit des femmes, la culture et bien évidement de la place du syndicalisme dans le mouvement national … Toutes ces questions ont été portées par le courant progressiste dans les années 30 et en particulier par Tahar Haddad compagnon de route de Mohamed Ali El-Hammi au sein de la CGTT.

 

[6]               La CGTT de Mohamed Ali El-Hammi avait cependant eu le soutien de la CGTU qui scissionne de la CGT en 1922. C’est en raison du comportement de l’Union départemental de la CGT vis à vis des grèves déclenchées par les dockers tunisiens à Tunis et à Bizerte que fut créée la CGTTunisienne soutenue par les syndicalistes révolutionnaires français de la CGTU. D’ailleurs il subirent en même temps la répression des autorités coloniales. Après Robert Louzon condamné à 6 mois de prison puis expulsé de Tunisie, ce sera au tour de Jean-Paul Finidori d’être condamné, en même temps que Mohamed Ali et Mokhtar Ayari à dix ans de bannissement.

[7]               N’en déplaise aux défenseurs zélés du pouvoir actuel et d’Ennahda en particuliers car, à ce jour, seuls des membres de la société civile, des médias, certains intellectuels, artistes … qui n’ont pas les faveurs d’Ennahda ou encore ceux considérés - à tort ou à raison d’ailleurs – comme ayant des positions critiques ou hostiles à son égard, seuls eux ont été la cible de cette violence. Et, faut-il le rappeler, c’est la gauche, l’UGTT, et nombres de mouvements de la société civile … qui ont été victimes de cette violence et non l’inverse.

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