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13 Apr

JAL-Groupe Tunisie : Retour à la normale, mais ...

Publié par menzelbourguiba-ex-ferryville.over-blog.fr  - Catégories :  #"Akhbar" El Menzel, News

jal-040311-1.jpgDans le dernier papier je disais que les choses bougent à Menzel Bourguiba et dans tous les sens. Il y a les mauvaises nouvelles et heureusement les bonnes. J’ai parlé, ou plutôt repris l’appel qui avait été publié sur la page facebook « Participation à la restauration de Menzel – Bourguiba » en disant que j’aborderai les mauvaises nouvelles dans un prochain papier. Nous y voilà car les nouvelles n’ont pas été très bonnes au cours de ces dernières semaines au sujet de l’entreprise JAL Groupe Tunisie et sur laquelle planait des menaces de délocalisation.4500 emplois sont sur la balance (dont 3000 pour Menzel Bourguiba et 1500 à Menzel Jemil) et il y avait (il y a) de quoi être inquiet.

 

Il semblerait, à première vue, que cela soit la conséquence des récents événements au sein de l’entreprise en lien avec la création d’un syndicat. En effet situé au sein de la « zone franche » l’entreprise, hyper protégé, n’a jamais accepté le principe même de la création d’un syndicat. Depuis la révolution cela a commencé à bouger sous la pression des salariés. Est-ce une raison suffisante pour en arriver là ? À la hargne de ces dernières semaines, à la violence et à la menace de délocalisation ? Et surtout que les médias tunisiens ne se sont pas privés de mettre en exergue les revendications des salariés qualifiées d’excessives et surtout la violence contre la direction de l’entreprise.

 

En réalité les premiers indices de cette crise remontent au début janvier, au moment du couvre-feu, lorsque l’usine de JAL Menzel avait du mal, et pour cause, à assurer l’approvisionnement normal, comme d’habitude, de l’entreprise française « Cévenole » dans la Gard (Jal-Groupe France). Ce qui a crée des difficultés supplémentaires menaçant de chômage technique les ouvriers de l’entreprise française qui aurait perdu des marchés.

 

Au fait qui est « JAL- Groupe »

 

Ce que chacun sait c’est que 4 500 salariés travaillent dans les usines de production en Tunisie du Groupe (dont 3000 à Menzel Bourguiba et 1500 à Menzel Jemil) et quelques centaines en France, avec un chiffre d’affaires de 160 millions d’euros et 29% du marché européen de la chaussure professionnelle. Le siège principal du groupe se trouve en Italie. JAL GROUP est le résultat du rapprochement en 2000 de deux groupes leaders en Europe dans le domaine de la chaussure à usage professionnel : le groupe français Jallatte et le groupe italien ALMAR. De même en 2007 JAL Groupe Tunisie a à son tour absorbé les sociétés ATEL, EVOL et JALPOS qui fabriquaient des chaussures et qui employaient alors près de 3000 ouvriers.

 

Pour mémoire : « Leader européen de la chaussure de sécurité, Jallatte a délocalisé l’essentiel de sa production en Tunisie depuis les années 80. En 2007, le dirigeant italien du Groupe Jal avait annoncé la délocalisation totale des sites français en Tunisie, dont le berceau historique de Saint-Hippolyte. Annonce qui avait suscité un grand mouvement de colère des salariés et qui avait été marquée par le suicide du fondateur, Pierre Jallatte ». 

 

En fait il s’agit là, selon toute vraisemblance et comme souvent dans ce cas, d’entreprises qui sont petit à petit racheté et avalé par des Fonds de pension américains. C’est justement le cas du groupe industriel italien JAL à capitaux américains détenus par Bank of America et Goldman Sachs (vous savez cette banque d’affaires que l’on retrouve dans presque toutes les crises financières depuis des décennies) qui n’ont comme objectif que la rentabilité à tous prix. Et la délocalisation est l’arme absolue de ces Fonds de pension et, malheureusement, peu leur importe le produit qu’ils fabriquent  et vendent dont, le plus souvent d’ailleurs, ils ne savent presque rien. Quant à la question de l’emploi il est à craindre que cela ne soit pas leurs priorités et là encore la raison est tout simplement le fait qu’ils sont trop éloignés de l’outil de production et de travail. On dit même que le groupe CRF, crée en 2010, ne serait, semble-t-il, qu’un montage financier utilisé pour contrecarrer le rachat de la société française par un concurrent indien le Groupe « Rahman » (voir (ici). Les autorités tunisiennes à l’époque avaient soutenu le groupe italo-américain (CRF) pour la raison simple que la Tunisie a été au cours des dernières années le principal bénéficiaire de la délocalisation de ce groupe. Nul besoin de rappeler qu’en termes de délocalisation le groupe a, en la matière, une certaine expérience (par exemple l’implantation en Tunisie a été réalisée avec la délocalisation des filiales espagnoles, italiennes, allemandes et françaises). Et il n’y a qu’à lire ce qu’en disait en 2010 un collectif de syndicats français à ce sujet : « L’examen de leur site internet www.crfcapitalpartners.com  est particulièrement éclairant. Leur méthode ? Ce sont des « cost killers » qui ferment les usines, réduisent l’emploi, recherchent en 12-18 mois le retour à la profitabilité maximum et revendent dans les deux années qui suivent pour garantir à leurs prêteurs de fonds le meilleur rendement financier possible » (ici). Eh oui c’est aussi cela le groupe CRF, d’une délocalisation à l’autre, comme à « saute mouton ». Et Il suffit parfois d’un prétexte. Et les problèmes d’approvisionnement crées par la situation en Tunisie en était un. Mais si en plus il faut supporter la création d’un syndicat, où va-t-on, n’est-ce pas ?

 

 

Revenons à l’actualité de ces derniers jours.

 

La révolution ouvre de nouvelles perspectives aux salariés lesquels exigent la création d’un syndicat. Une demande tant de fois rejetée par le passé. Ils obtiennent enfin gain de cause. Mais tout s’accélère le 24 mars en raison de violentes altercations entre la direction et le personnel syndiqué, du moins une partie d’entre eux. A tel point que le Groupe ferme les portes de l’usine et menace de … délocaliser. Voilà même que l’UTICA, le syndicat des patrons s’émeut, à son tour, et demande des sanctions contre les trouble-fêtes. Les ouvriers pour leur part réfutent les actes de violence et ont organisé, ce 31 mars, un Sit-in devant le siège du gouvernorat à Bizerte puis à nouveau le 6 avril pour la défense de leurs droits en même temps que de l’outil de travail qu’est l’entreprise. Même si certaines méthodes utilisés par certains employés sont contestables - à mettre, sans doute sur le compte de l’inexpérience en matière d’action syndicale et de négociations (du moins faut-il espérer qu’il s’agit de cela car certaines informations pointent au contraire les comportements irresponsables de certains et pour des raisons qui n’auraient semble-t-il rien à voir avec l’action syndicale) il est néanmoins curieux que la direction du groupe n’ai rien trouvé d’autre à proposer comme « argument » que cette épée de Damoclès de la délocalisation. D'autant que de très fortes présomptions, de mensonges voire de manipulations de certaines réalités par la direction de l'entreprise pèsant lourdement sur le dossier et que des questions n'ont toujours pas de réponses convaincantes car trop de zones d'ombre.(ici)

 

Reste toutefois que l’essentiel, dans l’immédiat, réside dans la sauvegarde de l’outil de travail et surtout la sauvegarde des emplois. Car derrière il s'agit de milliers de familles qui vivent de ces emplois. Mais cela ne doit pas être cette épée de damoclès au dessus de la tête des salariés. Que direction, syndicats et l’État envisagent sérieusement une « feuille de route » en vue de négociations sociales ultérieures en matière de salaires, de conditions de travail et de relations sociales nouvelles fondées avant tout la dignité des uns et des autres. Il semble donc que cela soit effectivement le cas et la réouverture du site a bien eu lieu comme prévu le 8 avril. Il faut maintenant, et pour garantir l’avenir des relations sociales dans l’entreprise, que direction d’une part et salariés à travers leurs syndicats de l’autre apprennent à agir en partenaires sociaux et que le principe de la négociation prime, du moins au départ, sur celui de l’affrontement. Et heureusement les choses semblent prendre une tournure normale et dans un communiqué et suite à une réunion avec les syndicats « la direction générale du groupe affirme "qu'elle versera les salaires des ouvriers du mois de Mars conformément aux jours travaillés dans un délai de 3 jours après la reprise du travail. Toutefois des mesures disciplinaires ont été prises à l'encontre des 9 employés responsables des incidents survenus » (ici). Espérons toutefois qu’il ne s’agit pas de boucs-émissaires donnés en pâture aux décideurs. Là également il faut que le droit du travail et surtout les droits des salariés priment sur le rapport de force ou sur la peur, que chacun soit jugé en fonction de ses actes certes, mais que le contexte est à prendre en considération et que toutes les responsabilités, à tous les échelons, équitablement établies et surtout dans la transparence.

 

Une page vient donc d’être tournée dans cette histoire. Mais le problème est-il, pour autant, réglé ? Bien malin qui pourrait le dire. Le temps nous dira de quoi demain sera fait.

 

Mohsen Dridi

avril 2011

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P
<br /> http://www.kapitalis.com/kapital/35-entreprise/3503-les-dessous-de-laffaire-jal-tunisie-coup-de-bluff-contre-coup-de-gueule.html<br /> <br /> <br />
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M
<br /> Le cancer de la mondialisation !! finira t -il par nous emporter tous? Evidemment JAL souhaite faire produire en chine et en inde, por payer moins cher encore!! attendons les révolutions dans ces<br /> pays elles viendront, mais les dommages collatéraux seront terribles pour tous et peut être après ......<br /> <br /> <br />
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