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26 Apr

Humeurs : Recherche barbus, désespérément !

Publié par menzelbourguiba-ex-ferryville.over-blog.fr  - Catégories :  #"Humeurs"

dégage Ben ali« Le peuple veut ! », « Echaab Yourid ! », « Nous sommes le peuple ! » …etc. Voilà quelques uns des slogans que l’on entend ces derniers temps, slogans entonnés par les partisans d’Ennahda au pouvoir. Nous sommes en avril 2012. Slogans laissant entendre que « maintenant que nous avons été élu vous devez nous laisser agir à notre guise » En un mot : « la fête est finie, circulez il n’y a plus rien à voir ! ». Ainsi donc ils se sont auto-proclamé « le peuple »[1].

 

Et pourtant je ne peux m’empêcher de repenser à ce que le pays a vécu. Et que j’ai vécu par procuration. Et de revoir, par effet de flashback, le film des évènements.

 

14 janvier 2011 – 14 janvier 2012 : L’an 1 de la révolution tunisienne. Des choses importantes ont été réalisées. C’est incontestable ! Surtout sur le plan politique. Les élections se sont déroulées dans une transparence certaine et ce malgré quelques dépassements. Et en matière de liberté le pays vit un extraordinaire foisonnement. La parole, la parole surtout, est libérée et, à mon humble avis, plus rien ne pourra l’arrêter.

 

Le 14 janvier 2012. Devant mon téléviseur, comme je le fais régulièrement depuis plus d’un an maintenant, j’ai revu les images fortes et émouvantes des évènements de cette révolution (presque) pacifique. Une image, une impression, cependant, m’a frappé dans tous ces reportages : la beauté plastique de ces instants collectifs, de cette communion entres des milliers de personnes qui ne se connaissaient pas ou si peu avant cette explosion joyeuse. Une image m’a frappé : la jeunesse de ces visages d’abord. Des jeunes hommes bien sûr mais également des jeunes femmes aussi. Des femmes toujours et partout. Rarement voilées, face aux cordons de la police barrant l’entrée du ministère de la terreur. Et des moins jeunes aussi. Des gens plus âgés mais visiblement rajeunis par la joie d’être là, d’avoir le sentiment d’être au rendez-vous avec l’histoire. Mais toutes et tous avaient cet air joyeux, heureux de se retrouver là ! Et c’est sans doute cette joie qui leur donnaient ce supplément de jeunesse, de générosité et d’âme.

 

Et, voyez-vous, pas une barbe à l’horizon. Ou alors il faut la chercher, comme une épingle dans une botte de foin. Et pourtant les médias occidentaux, qui, au passage, ne ratent pas une occasion pour zoomer prioritairement sur le moindre barbu, même eux n’ont rien vu ! Rendez-vous compte ! Eh ! Bien, je crois qu’il faut se rendre à l’évidence, ils n’étaient pas à l’appel en ce 14 janvier 2011. Ou ci peu. Et pas une seule robe noire non plus. Ou au contraire si, beaucoup de robes noires, mais c’étaient celles des avocat-es présents en nombre sur la place. Ceux-là même qui durant les années de plomb sous Ben Ali et même avant avaient pris la défense des victimes de l’oppression dont les islamistes. Au fait, par barbue je ne vise évidemment pas l’apparence physique des personnes - je ne me le permettrai pas. Jamais ! – mais davantage les comportements, les slogans et les revendications qui sont les leurs depuis quelques mois maintenant. Ils n’étaient pas plus présents d’ailleurs durant tout le cycle des évènements depuis ce fameux 17 décembre 2010 à Sidi-Bouzid. Et, quand on cherche un peu, même en 2008, pendant la révolte du bassin minier, ils n’étaient visibles. Ni en 1984 lors des « émeutes du pain ». Ni le 26 janvier 1978 lors de la grève générale et de la répression du « jeudi noir ». C’est vrai, et à leur décharge, il faut reconnaître que beaucoup de leurs militants croupissaient malheureusement dans les geôles de Ben Ali ou bien vivaient en exil. Et la révolution les a - comme tous les Tunisien-nes - libéré. Normal, non ? Puisque les slogans de cette révolution étaient : Liberté ! Dignité ! Egalité ! Justice ! Travail ! Et pas seulement les slogans. La fraternisation était au cœur même des rassemblements.

 

Après ? Je veux dire après le 14 janvier, et singulièrement après les élections du 23 octobre 2011, les choses ont commencé à changer, en effet.

 

Après le 14 janvier ils ont fait feu de tout bois pour marquer leur présence ainsi que leurs territoires. D’abord avec d’autres notamment tous les opposants au premier gouvernement de Mohamed Ghanouchi (Kasbah 1 et 2 …) puis de plus en plus différenciés des « autres » (Kasbah 3, l’affaire Nessma, l’université de la Manouba, les évènements du 20 mars devant le théâtre, la manifestation du 9 avril 2012, le sit-in devant la RTT …) enfin ils donnent l’impression de se transformer en véritable service d’ordre du nouveau pouvoir en place, reléguant (presque[2]) aux oubliettes les forces de sécurité régulières, au mépris de l’état de droit que ce même pouvoir se targue pourtant de vouloir instaurer et respecter. Vous savez, un peu à l’image des pasdarans, ces fameux « gardes de la révolution » en Iran. Comme nous le rappelait « Persépolis » le fameux film diffusé par la chaîne Nessma.

 

Exagération ? Oh ! à peine. Car s’il faut leur reconnaître une chose aux stratèges du mouvement Ennahda c’est le fait qu’ils ont réussi à créer l’événement en occupant sans cesse le terrain. Ils ont ainsi quasiment imposé leur agenda. Un agenda diabolique. Pas un jour, pas une semaine ne passe sans qu’un événement n’éclate et retienne l’attention des médias et du public. L’essentiel est de « faire durer le plaisir » et faire oublier l’essentiel. La constitution, les réalisations économiques et sociales … Chut, pas un mot. Et un timing bien huilé il faut le reconnaître et une maîtrise quasi léniniste de l’organisation[3]. Avec aussi ce qui s’apparente à une véritable division des tâches : tantôt ce sont les salafistes qui jouent une partie de la partition, puis, ces derniers disparaissant comme par enchantement, c’est au tour des forces de sécurité d’intervenir (avec l’appui de quelques sous-traitants), enfin vient le tour des activistes d’Ennahda et … ainsi de suite. Un rythme haletant. Un vrai professionnalisme. 

 

belle.jpgD’accord, d’accord, mais, tout de même, ce que rien ni personne ne pourra jamais changer, quoi qu’il fasse, c’est justement cette image et cette détermination joyeuse tant dans les attitudes que sur les visages des manifestants et manifestant-es de cette folle journée du 14 janvier 2011.

 

14 janvier 2011 : Recherche barbus, désespérément … en vain !

 

Mohsen Dridi

 



[1] Petit rappel indispensable : Ennahda ne représente que 32.5% de l’ensemble des votants, mais, qui plus est ramené à l’ensemble des électeurs potentiels en Tunisie ce taux descend en fait à moins de 20%. Ce qui signifie clairement que entre 67 à 80% des électeurs ne se reconnaissent pas dans le mouvement Ennahda. Voilà de quoi relativiser la prétention à s’autoproclamer « le peuple ».

[2] Celles-ci se sont depuis rattrapées lors des manifestations des 7 puis 9 avril 2012. Et chacun a pu constater la quasi-disparition des salafistes.

 

[3] A mes yeux et aussi paradoxal que cela puisse paraître le mouvement Ennahda est le seul parti où le modèle d’organisation est de type léniniste en Tunisie

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