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30 Aug

Hommage à Habib Chebil

Publié par menzelbourguiba-ex-ferryville.over-blog.fr  - Catégories :  #Portraits

habibHommage à Habib Chebil

 

Il y a 6 ans Habib Chebil nous quittait. Habib Chebil était connu comme un grand artiste-peintre, un homme de théâtre et de cinéma reconnu. Mais Habib Chebil était pour nous et pour les jeunes que nous étions au cours des années 1960 – 1970 celui qui a été le principal initiateur et animateur d’un mouvement important et sans équivalent dans la Tunisie de l’époque connu sous le nom de club des jeunes de Menzel.

 

En effet rappelons le contexte : L’indépendance de la Tunisie est proclamée en 1956. Ferryville est rebaptisée Menzel Bourguiba. Conséquences de la guerre de Bizerte en juillet 1961 la ville se vide de la majorité de sa population européenne et même israélite. La plupart des commerces vont fermer. L’activité de la construction navale de l’arsenal, très liée à la présence militaire française, tourne au ralenti et de nombreux ouvriers tunisiens sont obligés d’aller chercher du travail ailleurs. Le nouveau pouvoir tunisien tarde à se mettre en place. Menzel est alors quasiment une ville fantôme.

 

C’est là et à ce moment que Habib Chebil (mais également son frère Ezzedine et sans doute Cherif Khamassi) eu cette idée de lancer le club des jeunes, une sorte de maison de la jeunesse en fait. Le local immense se situait à l’étage de la salle des fêtes, un lieu idéal. Je ne vais pas raconter dans le détail les nombreuses activités que nous menions. Mais ce sur lequel je voudrait néanmoins insister c’est surtout la nature qualitative de ces activités et ici l’apport et la marque de Habib Chebil sont incontestables.

 

Oui nous avons durant les quelques années d’existence du club des jeunes organisé de nombreuses activités artistiques, culturelles, sociales … et notamment :

Le groupe de musique les « diables rouges » qui animait nos après-midi et soirées dansantes (reprenant un peu l’idée des bals musette des plages Rondeau et Guengla) ; la troupe de théâtre avec de nombreuses participations au festival de Korba ; le groupe de danse folklorique, un journal « Mensuel des Jeunes de Menzel » (il n’avait de mensuel que le nom ; l’activité cinéma avec plusieurs réalisations de films et participation au festival de Kélibia … (l’histoire du club mérite vraiment un travail de recherche en soi et j’espère que cela sera fait un jour).

 

Mais par delà ces multiples activités ce que je retiens de cette expérience et que je voudrais faire partager c’est l’empreinte de Habib Chebil, l’artiste avant tout. Car rassembler des dizaines de jeunes et les initier à travailler collectivement dans des domaines artistiques aussi riches que variés pouvait sembler à priori une gageure. Et pourtant je crois que nous avons réussi non seulement à concrétiser notre travail à travers des films, des pièces de théâtre … mais également par le fait nous travaillions de manière transversale (chacun participait d’une manière particulière à presque toutes les activités) et où le principe de l’échange mutuel était la base. Certes cela dépendait de la volonté de chacun de participer aux activités du club des jeunes mais incontestable l’empreinte de Habib Chebil, artiste jusqu’au bout des ongles, nous avait marqué. Elle nous a permis de traverser les différents arts (cinéma, théâtre, musiques, peinture …), les différentes cultures aussi (de Mohamed Abdelwaheb à Remsky Korsakov en passant par le Rock and roll, le malouf et la danse folklorique), comme on traverse les époques. Je me souviens par exemple de la fresque géante, une œuvre d’art, qu’il a peinte sur l’un des murs à l’entrée du club, une sorte d’invitation à tous ceux qui passaient, et qui de nos jours n’existe malheureusement plus car effacée non par le temps mais par la bêtise et surtout l’indifférence des hommes. Il est vrai que le club a été transformé en salle de … mariage. Tout un programme quoi !

 

Il est vrai que Habib Chebil est reparti s’installer à Tunis – même s’il ne l’a jamais quitté – où il est devenu l’un des plus grands dramaturges et innovateurs en matière d’écriture et de mise en scène. Il n’est revenu à Menzel que lorsque la maladie ne lui a plus permis de poursuivre son œuvre.

 

De plus je voudrais à travers ce texte en hommage à Habib Chebil rendre justice à tous ceux et celles qui ont participé et contribué à cette initiative. A commencer à nos regrettés amis prématurément disparus : Ali Ben Ammar, Ladjmi Amamou, Moustapha « Mus » et son jeune frère Rachid Sédiri, Mekki Kaouane. Et par delà à tous les autres dont je citerai les noms et pardon par avance pour ceux que j’aurai oublié : Habib Chebil, Ezzedine Chebil, Khaled et Moncef Chebil, Mustapha Souabni, Mongi Gabtni, Mekki Kaouane, Larbi Kaouane, Ali Ben Ammar, Hassen Znati, Nourredine Ben Romdhane,  Mahmoud Makès, Adjmi Amamou, Hassen Béjaoui (1), Hassen Béjaoui (2), Méjid Mekki, Mohamed Mekki (Deutch), Moncef Mekki, Tahar Djélidi, Hamadi (notre Barman), Abderrazak et Nourredine Ladjnef, Hadj Jomâa, Nourredine et Hamadi Soula, Ferjani Hamami, les frères Drissa, Rachid Sédiri, Çifallah Jamazi, Kaliss, Ali Lamouchi, Hamadi Gafsi, Hamouda Chaabane, Arbi Bergaoui, Ali « Chaqaqa », Chénouffi Hamadi, Ahmed Naamane, Cherif Khamassi, Fredj Hamdi, Mohamed Lahbib Jamazi, Tahar Melakh, Mahjoub Soltani, Mohamed ben Ali, Ben Romdhane, Mohamed Marzouki, les frères Mzoughi, Féthi Ben Youssef, Lamine Tékaïa, Rachid et Jamel Larbi, Hassen Ouertani (Parisien), Habib (scotch), Mahjoub Soltani, Hamadi Marzougui, Hamami Ferjani, ... (pardon pour ceux et celles que j’aurai oublié et n’hésitez pas à m’envoyer d’autres noms)

 

Au fait qui, à Menzel Bourguiba, se souvient de Habib Chebil, en dehors de sa famille et de quelques uns de ses amis proches et je me permet, ici, de citer cet épitaphe de Hachmi Ghachem (voir ci-dessous) : « Repose en paix, mon ami. S'ils t'ont oublié, occulté, effacé, nous sommes encore, quelques-uns, à écouter ton silence quand la solitude grince des dents pour échapper aux morsures du long, du terrible hiver ».

 

Mohsen Dridi

 

 

 


 

 

 

L'aventure de Habib Chebil Un crime nommé Oubli ! 

          

Je ne me rappelle jamais la date du décès de ceux que j'aime. Je n'occulte pas le jour ou le mois, mais j'oublie même l'année de leur départ, Habib Chebil est de ceux-là.

Je me rappelle de quelques longues et secrètes discussions, assis sur un banc de l'avenue Bourguiba à l'heure où les oiseaux, redoublent de violence avant de rejoindre leur nid pour la nuit et de quelques rares retrouvailles en tête-à-tête dans ce " Bosphore " qui était le port favori pour amorcer nos multiples voyages, à travers l'espace et le temps. Sobriétés des gestes... murmures... et ce sourire au coin des yeux qui ressemble à une aube de printemps, voilée par la douleur d'être.

 

Tel était Habib Chebil, peintre, dramaturge et metteur en scène, car vous n'êtes pas trop nombreux à le savoir mais la plupart des comédiens qui ont tenu le bout du passé durant les décennies 80 et 90 doivent, sinon beaucoup, du moins presque tout à cet artiste qui nous quitta aussi discrètement qu'il a vécu.

" Pour moi, il y a tout d'abord (et c'est primordial !) le besoin d'être et c'est cela qui m'oblige à chercher le malaise. Car, le cumul des malaises finit par exploser et cette explosion est une forme d'expression qui pourrait s'appeler peinture ou théâtre.

 

L'idéal serait de trouver un moyen d'expression totale, de ne plus appeler cela théâtre ou peinture ou tout autre chose encore ".

Il n'était pas né pour être peintre ou comédien mais tout simplement pour s'exprimer ; s'exprimer, c'est être au-delà de toutes les exigences.

Car, ce qui nous fait réagir avec colère dans l'art, ce sont les définitions préétablies, l'auto-censure, les exemples, les références, les modes.

Ces références existent certainement chez le spectateur qui est formé ou... déformé par cela. Elles existent aussi chez les médias.

S'exprimer en dehors de ces normes est une tâche trop ardue, trop difficile. Certains disent qu'il faut étudier le public, ses demandes, ses besoins... D'autres pensent qu'il faut, au contraire, choquer, épater, se distinguer par n'importe quel moyen, n'importe quel excentrisme.

Il ne fut ni dans cette voie, ni dans l'autre. Il s'exprimait tout d'abord par amour du jeu parce que le jeu soulage. Il nous aide à nous épanouir, à mieux nous connaître, à nous découvrir. Le jeu est une découverte de soi à travers l'extérieur, à travers le regard et le visage des autres.

C'est aussi - par conséquent - une découverte de l'autre à travers soi. Une forme de gymnastique boomerang outre l'être et les êtres.

" L'artiste a toujours besoin d'un mal-être pour créer. Mais, il y a souvent des souffrances ou des malaises parasites dont il se serait bien passé.

Car, quand le parasitaire dépasse l'utilitaire, il y a un réel malaise. C'est-à-dire un obstacle à la création et une perte d'énergie ".

Il avait peur des idéologies, peur des gens savants sûrs d'eux-mêmes dont l'enseignement est au service des gens puissants, au service des influences implacables. C'est pour cela qu'il a opté pour la multiplicité des visions, des esthétiques. C'est cela le théâtre ! C'est cela la peinture ! C'est cela la diversité. Il faut éviter de se hâter, éviter le classement, le tri, la sélection entre ce qui est bien et ce qui est mal, entre ce qui est bon et ce qui est mauvais.

Il faut d'abord s'accepter et accepter tous les autres. Car, la culture doit avancer en ligne frontale et non en pointe.

" C'est le temps qui triera ce qu'il y a à trier. Mais, je ne fais pas trop confiance au temps. Il nous faudra, donc, le devancer, même le créer.

Il ne nous faudra plus attendre. Il faudra que tout le monde participe à cette osmose. Il faudra confronter les antagonismes ".

Il est parti discrètement comme il a vécu. Malheureusement (ou heureusement) on ne parle que de ceux qui hurlent, qui font mal aux tympans et ce n'est pas chez ces braillards exhibitionnistes que se cache l'art d'être... c'est à dire, l'art d'aimer.

 

LE TRIANGLE DE LA SURVIE

C'est en 1978 que fut créé " Le Théâtre Triangulaire ". Ses fondateurs avaient pour nom Habib Chebil, Raouf Kouka, Khaled Omrani et Tarak Ben Abdallah et l'on compte parmi ses créations : " La leçon " (1978), " Douleb " (1980-1982), " Mawel " (1983), " Carnaval " (1985) et " Symphonie " (1989).

En dehors du " Triangulaire " Habib Chebil signa " El Kafizoune " (1974), production de la Troupe du Maghreb Arabe, " Aouled Bab-Allah ", avec la même troupe (1976), " Le cirque " (1982), production de la Troupe de la Ville de Tunis (TVT), et " L'Empereur " avec la Troupe du Kef, dont il signa le texte et la scénographie (1991).

Les comédiens qu'il eut à diriger et dont il emmena une bonne partie à l'avant-scène, ont pour noms : Tarak Ben Abdallah, Khaled Omrani, Kamel Touati, Zahira Ben Ammar, Fethi Haddaoui, Khaled Kessouri, Ala-Eddine Ayoub, Slim Sanhaji, Mohamed Riadh, Habib Zarafi, Monia Ouertani, Hatem Ben Rabah, Taoufik Khalfaoui, Lamine Nahdi, Mongi Ouni, Hatem Belakhal, Slim Mahfoudh, Ridha Chatta, Narjess Attia, Ahmed Tounsi, Cherif Laâbidi, Anissa Lotfi et j'en passe.

 

Qui dit mieux ?

La dernière création au sein du " Théâtre Triangulaire ", raconte l'histoire d'un chef d'orchestre résidant sur un territoire occupé et il est sujet à un drôle de cauchemar lors d'un bombardement.

Il est sur la table d'opération et il rêve d'effacer les frontières qui séparent tous les pays limitrophes avec pour seule arme... la musique.

C'est une proposition de reconnaissance mutuelle entre les belligérants par la voie de l'art.

La musique comme chemin possible vers la paix.

Repose en paix, mon ami. S'ils t'ont oublié, occulté, effacé, nous sommes encore, quelques-uns, à écouter ton silence quand la solitude grince des dents pour échapper aux morsures du long, du terrible hiver.

 

Hechmi GHACHEM (cinéma tunisien)

 

 


 

peinture

 

Tableaux de H Chebil

http://isamk.ahlamontada.com/montada-f29/topic-t604.htm 

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