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28 Nov

Et dire que Ferryville aurait pu ne pas voir le jour, si ce n’était …

Publié par menzelbourguiba-ex-ferryville.over-blog.fr  - Catégories :  #Saviez-vous que ...

plan-ok.jpgEh oui ! Mais pour cela il faut remonter à l’origine des choses, avant même le protectorat, en 1878 à la faveur de la Conférence de Berlin où s’est décidé le nouveau partage du monde entre les grandes puissances d’alors. Un partage « à l’amiable » mais non sans « coup bas » et petits (et grands) calculs et comme on dit en tunisien « chacun avait son diable dans sa poche ».

 

Revenons un peu à l’histoire - avec des raccourcis, certes, mais que les historiens, je l’espère, voudront bien me pardonner. Il manque à ce texte la rigueur nécessaire qu’exige tout travail d’historien. Mais ce n’est pas mon objectif premier. Je veux seulement attirer l’attention de ceux qui le liront sur des aspects méconnus de l’histoire de Menzel Bourguiba ex-Ferryville, en mettant en exergue certains aspects plutôt incongrus malgré leur gravité.

 

Le coup d’envoi fut donné par le chancelier allemand Bismarck qui laissa entendre aux français – au sortir de la guerre de 1871 avec l’occupation de l’Alsace-Lorraine) - qu’ils avaient les mains libres concernant la Tunisie. Bismarck espérait au fond de lui une dispute entre français et italiens (auxquels il avait fait des propositions analogues). Bien sur tout cela dans un contexte de rivalité exacerbée entre les puissances. Bismarck jouant le médiateur entre les puissances européennes. L’Angleterre, qui détenait Malte, avait des visées sur l’Egypte et le canal de suez, la France également ; l’Italie cherchait à s’emparer de la Tripolitaine mais regardait également du côté de la Tunisie ; la France, elle, pensait, après l’Algérie en 1830, à mettre, coûte que coûte, la main sur la Tunisie, l’Afrique sub-saharienne était un enjeu … etc.

 

La suite tout le monde la connaît. Jules Ferry prenant prétexte de combats entres tribus tunisiennes et algériennes à la frontière, en grossissant l’incident présenté comme une incursion en Algérie et une attaque contre les troupes françaises, décide d’intervenir militairement. Le 1er mai 1881 la marine de guerre française lance ses navires, à partir de Bône en Algérie, sur le port de Bizerte que les soldats occupent avant de se lancer sur Tinja, puis Mateur … jusqu’à Tunis. Le bey de Tunis accepte de signer le « traité du Bardo » qui fait de la Tunisie un protectorat français. Une résistance armée des tribus, surtout dans le sud, va alors commencer à s’organiser mais en vain. La situation (financière, administrative, la corruption, la banqueroute …) de la régence est telle que rien ne pourra s’opposer à la mise sous tutelle. Les visées de la France sur Bizerte sont en fait antérieures au protectorat. Les relations économiques et diplomatiques entre la France et la Tunisie étaient très importantes. La France et son système politique et institutionnel était « le modèle » pour les beys et les couches dirigeantes, parmi lesquelles de nombreux réformistes, qui aspiraient, du même coup, à prendre de plus en plus leurs distances vis à vis de la Turquie. C’est surtout à la France que furent concédées les grands chantiers de modernisation des institutions beylicales (l’armée, l’administration, l’éducation …). 1881 et le protectorat n’ont été que la suite prévisible et qui plus est dans le contexte de la conférence de Berlin et peut-être même prélude à la première guerre mondiale.

 

L’un des grands chantiers du protectorat fut la construction du port de commerce de Bizerte. Et pour reprendre la fameuse déclaration de Jules Ferry à propos de Bizerte « Ce lac, à lui seul, vaut la possession de la Tunisie tout entière; oui, Messieurs, si j'ai pris la Tunisie c'est pour avoir Bizerte ». Oui mais un port de commerce sans moyen de défense et aucune garantie de circulation par la mer est, à cette époque, une véritable gageure. Surtout dans ce contexte de repartage de la méditerranée et le dépeçage de l’Afrique dans son ensemble entre les puissances européennes. Toujours est-il que la construction d’un arsenal militaire n’était cependant pas le but avoué de la France. Et, en effet, la lecture du texte qui suit est on ne peut plus parlant : « La mainmise de la France sur la Tunisie avait provoqué, en Italie surtout, une mauvaise humeur (…). L'Angleterre elle-même sentit le péril; (…). Deux jours après la signature du traité de Kassar-Saïd, lord Lyons s'enquérait, auprès de M. Barlhélemy-Saint-Hilaire, des intentions de la France à ce sujet. (…) le ministre (français) des affaires étrangères rassura l'ambassadeur de la reine. « Il est possible que nous soyons amenés, lui écrivait-il, à favoriser Je développement commercial de ce port et à encourager les tentatives qui seraient faites, dans l'intérêt môme de la Régence, pour en améliorer les conditions matérielles. Mais, quelles que soient les entreprises que les sociétés privées veuillent tenter à Bizerte, il n'entre nullement dans nos projets de dépenser aujourd'hui les sommes énormes et de commencer les travaux gigantesques qui seraient nécessaires pour transformer cette position en un port militaire pouvant servir de base à des opérations de guerre maritime. » (…) Il était sage, en tout cas, de ne pas heurter les susceptibilités des grandes puissances, tant qu'elles n'auraient pas reconnu diplomatiquement le droit qu'avait la France de tirer, de l’exercice du protectorat, toutes les conséquences avantageuses qu'il comportait légitimement. Lorsqu'en 1889, un clairvoyant ministre de la marine, l'amiral Aube, proposa, d'accord avec son collègue de la guerre, le général Boulanger, un plan complet d'aménagement et de défense de Bizerte, son audace alarma le conseil et son projet fut rejeté » (cf. "L'empire de la Méditerranee l'entente franco italienne-la question marocaine-Figuig-le Touât-la Tripolitaine-Bizerte-Malte-Gibraltar;" (ici) .

 

Etait-ce seulement la crainte de ne pas heurter les anglais et les italiens ? Il y a un peu de cela dans la mesure où les alliances se font et se défont au gré des objectifs stratégiques de chacun des acteurs sur le terrain. Par exemple si la France accepte l’aval de l’Allemagne dans ses visée sur la Tunisie, elle ne veut pas non plus s’aliéner l’Angleterre sur laquelle elle pourrait s’appuyer, demain, pour récupérer l’Alsace-Lorraine à l’Allemagne …

N’oublions pas qu’il y a eu le conflit franco-anglais de Fachoda (Soudan) qui ne prit fin qu’en 1899, a longtemps pesé et retardé le chantier de l’arsenal. La flotte anglaise avait alors menacée directement le port de Bizerte.

 

Mais peut-être, également, que les politiques comme l’Etat-major militaire ne sont pas encore sur de l’emplacement de cet arsenal militaire ? Ce qui explique sans doute les atermoiements ainsi que les polémiques entres les différentes thèses et peut-être aussi entres différents lobbys. Et ici je voudrai reprendre des passages intéressants du document de R.X. Lanteri (Eléments d’histoire de Ferryville) pour étayer mes propos. N’est-ce pas, par exemple, le député Edouard Lockroy qui apostrophe le ministre de la marine, l’amiral Besnard : « Si une guerre éclatait, Bizerte tomberait en quelques heures aux mains de l’ennemi ». La réponse du ministre étant « Personne n’ignore que la Marine étudiait depuis longtemps la création d’un port et d’un arsenal à Bizerte. Mais la réalisation de ce projet était ajournée par suite de considérations qui n’étaient pas toutes du domaine de la Marine », faisant sans doute allusion aux pressions anglaises et italiennes. C’est là que l’on peut alors comprendre un peu mieux le rôle des banquiers et des entreprises privées dans la course pour les chantiers de Bizerte et surtout de l’arsenal. Ne dit-on pas, et c’est toujours ce qu’écrit R.X. Lanteri, que c’est le journal toulonnais « Le Petit Var » qui écrit « Ainsi dès la fin 1897, discrètement, la première jetée, celle du nord, a été mise en chantier (sans adjudication préalable) par l’entreprise Hersent à Sidi-Abdallah ». Sait-on par exemple que, suite à un travail d’études une commission d’experts avait retenu le site de Menzel … Abderrahman, juste à l’est de Bizerte ? Mais, dit-on encore, « à la suite d’études prolongées les commissions de la Guerre et de la Marine ont opté pour Sidi-Abdallah ». De plus reprend R.X. Lanteri, « Lorsque les marins, ingénieurs et officiers ont débarqué pour choisir le site du port, ils ont repoussé catégoriquement celui de Sidi-Abdallah, trop éloigné de Bizerte, trop difficile à défendre par terre et nécessitant de doubler les garnisons. Alors que Menzel Abderrahman était l’endroit idéal ». Or entre temps l’homme d’affaire avisé Joseph Décoret, avec, paraît-il, le soutien de banques marseillaises, avait déjà acheté des terrains à l’emplacement de l’arsenal et de Ferryville. On sait que Décoret avait offert gratuitement à la Marine les terrains sur lesquels sera construit l’arsenal, qu’il fit construire de nombreux édifices publics (la poste, l’église, marché, les écoles …) qu’il revendit à la future commune de Ferryville ; qu’il promit de dédier la ville à la mémoire de Jules Ferry … Il est vraisemblable que Joseph Décoret trouva auprès de certains politiques, et non des moindres, un appui à sa cause. A moins que, et contrairement à la thèse qui appui le choix de Menzel Abderrahman, le site de Ferryville pour la construction du futur arsenal était beaucoup plus fondé d’un point de vue stratégique et économique, ce qui expliquerait l’appui de nombreux politiciens. Mais la mort prématurée de Joseph Décoret va, néanmoins, obliger ses descendants à revendre les terrains à la Société immobilière nord africaine (Cf. Exposition universelle de 1900. La Colonisation lyonnaise, rapport présenté par le comité (ici) ) soutenue, elle, par des hommes d’affaires et des banques lyonnais. De là à dire qu’il y a eu des affaires de délits d’initiés (mais à l’époque cette notion n’avait pas cours), de corruption, … On sait certes qu’il y a eu des précédents avec notamment le scandale de l’affaire du canal de Panama, d’autant que les entreprises qui ont construit l’arsenal devaient percer l’isthme de Panama, mais …il ne faut pas aller trop loin fautes de preuves.

 

Néanmoins, pour ce qui nous concerne, Ferryville aurait pu ne pas voir le jour si ….

 

M.D.

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Garder vive la mémoire d'une ville (Menzel Bourguiba ex-Ferryville) et de ses habitants