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19 Nov

Du « faubourg des maraîchers » au « Transvaal » : retour sur un quartier

Publié par menzelbourguiba-ex-ferryville.over-blog.fr  - Catégories :  #Mémoire, mémoires, #Récits, ballades ...

tranvaalC’est probablement vers 1900 que le nom de « Transvaal » va être donné, par les gens eux-mêmes, au quartier du faubourg des maraîchers dans la zone sud de Ferryville. On raconte que c’est parce que les journaux relataient quotidiennement les évènements de la guerre du Transvaal en Afrique du Sud (de 1899 à 1902) que les gens vont baptiser ainsi ce quartier.

 

« Le Transvaal est situé au nord de la colonie du fleuve Orange, et au sud de la Rhodésie ; il est limité à l'ouest par le protectorat du Bechuanaland, et à l'est par les possessions portugaises. Sa superficie est de 111 916 milles carrés ; sa population, en 1904, était de 1268 716 habitants, sur lesquels 299 327 étaient des blancs. C'est en 1848 qu'à la suite d'une tentative faite par les Anglais pour s'emparer de l'Etat libre d'Orange, la plupart des Boers de cet Etat franchirent le Vaal et fondèrent, dans le territoire au delà de cette rivière (Transvaal), une nouvelle république dont les Anglais reconnurent l'indépendance en 1852. En 1858, le Transvaal prit le nom de République Sud-Africaine. De 1877 à 1881 les Anglais obligèrent les Boers du Transvaal à se soumettre à leur protectorat ; mais la République Sud-Africaine reprit ensuite son indépendance. Néanmoins, le 1er septembre 1900, le Transvaal fut annexé aux possessions britanniques, après une guerre sanglante. Par un Act qu'a voté en 1909 le Parlement anglais, il a été créé une « Union de l'Afrique du Sud » (Union of South Africa), constituée par les quatre colonies du Cap, du Natal, d'Orange, et du Transvaal (devenues des provinces de l'Union), avec le pouvoir d'admettre ultérieurement dans son sein d'autres territoires de l'Afrique méridionale ».(ici)

 

Bien entendu l’histoire du Transvaal et de l’Afrique du Sud ne s’arrête pas là. Il y a eu bien sur la sinistre politique d’apartheid, il y a eu l’ANC et enfin Nelson Mandela.

 

Donc la comparaison de notre "transvaal" avec celui de l’Afrique du Sud ne serait que géographique en raison de son éloignement du centre de la ville, du moins je l’espère. Notre « Transvaal » est, à cette époque, situé à la périphérie de la ville, sur la route de Tunis. « Nous résidions au Transvaal, quartier ainsi nommé avec humour par les Ferryvillois en référence au Transvaal, pays situé à l'extrême Nord Est de l’Afrique du Sud. C’est vous dire si ce quartier était à l'époque éloigné de tout » (ici). Cependant et si l'on se refère aux évènements historiques de la période en question on se rend compte que le contexte y est pour quelque chose. Ainsi on sait que entre la France et l'Angleterre, "ennemis héréditaires" , les relations ont souvent été plutôt à l'affrontement. Et toute occasion est bonne à saisir dès lors qu'il s'agit de s'opposer à l'autre. L'ennemi de mon ennemi devient par conséquent mon "ami". Et, à l'occasion de la guerre de l'Angleterre avec les boers en Afrique du sud, les français de Ferryville n'auraient pas trouvé mieux que de nommer l'un de leur quartier le "transvaal" en soutien aux Boers.

 

Ce quartier trouve, cependant, son origine d'abord dans la volonté de colonisation officielle du territoire en faisant en sorte de sédentariser les habitants et surtout les ouvriers de l’arsenal. Cela s’est passé ainsi, surtout dès 1914, aussi bien à Guengla, à Tinja et bien évidemment au « Transvaal ». Des lots de terrains sont alors mis à la disposition des ouvriers, par les autorités et notamment la direction de l'Agriculture, soit pour cultures maraîchères et vigne, soit en lotissements suburbains. Sans doute est-ce la raison du nom d’origine du quartier du « Transvaal » qui s’appelait alors le faubourg des Maraîchers (comme le signale R.X. Lanteri) ?

 

Situé à l’extrême-sud de la ville, mitoyen du quartier de la « Briqueterie », ce quartier constituait, et même ne constitue-t-il pas encore aujourd’hui, la limite des zones d’habitations de Ferryville. Néanmoins le « Transvaal » constituait à lui seul un quartier qui avait ses repères. Citons Nourredine Dhib qui écrit ceci sur son quartier « Nous sommes au Transvaal et les yeux de notre ancienne voisine commencent à briller ! N’est ce pas la place de l’ancienne fontaine…et là, à droite, le fameux kouttab … Et le Djerbien du coin … et la boulangerie où nous faisons cuire le pain que pétrissent de leurs mains nos mamans à la maison. Je sens même l’odeur qu’exhalaient les fougasses salées aux olives et à l’anchois . La « garâa », cette lagune boueuse l’hiver, croûteuse et lisse le reste de l’année servait de terrain de foot à nos étoiles en herbe ou d’aire de lancement de nos serfs volant confectionnés à base de papier d’emballage et de tiges de bambou »(voir plus bas).

 

A vrai dire des repères que l’on retrouvent dans quasiment tous les autres quartiers de la ville à cette différence près, néanmoins, qu’il se situait au delà de la « limite » et de cette « frontière » qu’était les rails de chemin de fer. Comme qui dirait « la rive gauche et la rive droite » à Paris à ceci près qu’à Menzel il n’y a pas de rivière de séparation. Il n’empêche cette séparation a longtemps subsistée dans la tête de nombreux habitants. Et en premier lieu les marins qui « viraient de bord » pendant les permissions : "faire la bataille du rail", « Pour nous quand nous y allions en bande, car il y avait souvent du rififi, on disait "derrière les rails", « "après les rails", ou bien encore disait-on "après la gare", c'est à dire dans le quartier mal famé, en tout cas mal aimé de la gent bien-pensante ! » (ici).

 

Un dernier mot toutefois. Cette toute petite histoire du « Transvaal » de Ferryville est une esquisse approximative de la réalité du quartier. Je me suis basé sur les récits trouvés dans les sites sur Ferryville, j’ai fait des recoupements avec d’autres écrits et j’ai rédigé ce petit papier. La question reste donc (presque) entière et ouverte. Est-il vrai en tout premier que le nom du quartier était « faubourg des maraîchers » et que les habitants, - ou peut-être même était-ce les autres qui le nommait ainsi – lui ont préféré le nom de « Transvaal » ? Si d’autres personnes ont des informations plus précises elles sont les bienvenues.

 

M.D.

 


 

Il était une fois le Transvaal de Noureddine Dhib

 

Le vrombissement d’une voiture qui se gare et voilà deux charmantes dames toutes souriantes, refermant les portières d’un même geste, s’approchent….

 

Si je reconnais l’une, le visage de l’autre m’est inconnu, mais le sang qui teinte ses joues ne peut me trahir. Pour être ainsi faite, cette peau n’aurait pu mariner sous un autre soleil que le nôtre. C’est note empreinte indélébile, notre poinçon magique que  rien ne peut altérer, fussent elles les longues années.

 

Juste le temps des présentations pour que tout s’enchaîne, arpentant un dialogue qui saute du coq à l’âne ou plutôt du Kouttab à la Garâa, du Djerbien du coin à la fontaine publique et me voilà plongé à mon tour dans des souvenirs hibernants et qui, à la faveur de cette ambiance magique et chaleureuse reprennent vie, rejaillissent, s’imposent et s’actualisent.

 

De quoi avons nous parlé ou plutôt de quoi n’avons nous pas parlé ? En remontant le temps, nous avons retrouvés, comme par enchantement, notre enfance, nos parents, nos habitudes, nos mets, nos jouets, nos rires et nos pleurs.

 

Le passé redevient présent et ce n’était pas plus tard qu’hier que cette gamine de notre Transvaal tirait sur les rideaux de notre Kouttab pour nous narguer. Elle pensait que nous chantions et que par les gesticulations de la tête et du tronc nous dansions.

 

Non petite gamine, cela s’appelle psalmodier le coran et tu avais de la veine car si le Meddeb t’avait attrapée c’est nous qui aurions bien rigolé.

 

Quelle mémoire d’éléphant tu as ! Tu n’as rien oublié même pas le beignet que t’as chipé ton voisin et qui lui a coûté, en plus de la bastonnade de son papa, une « boule à zéro ».

 

Tiens voilà Boussâdia ! Et lui le fou du village derrière qui nous courions comme des fous… Mais au fait les fous c’est nous. Oui nous étions les fous du bled… fous parce que joyeux…. fous parce que heureux… fous…mais innocents.

 

L’arrivée de ma femme et de ma fille revenant du Hammam fait monter d’un cran cette ambiance féerique. Elles s’accrochent, questionnent, s’étonnent, semblent comprendre, se perdent et reviennent à la charge :

 

Quand ?

 

Comment ?

 

Pour finir par : Dans quel monde avez- vous vécus ?

 

Oui Farah c’était un autre monde, notre monde à nous, un monde qui nous est cher parce qu’il nous appartient. Nous reviendrons samedi et nous te le ferons encore découvrir.

 

Nous sommes samedi, enfin….

 

Le tapis d’Ali Baba s’envole…Tiens c’est la Briqueterie ! Pas question d’y aller à l’époque ! Pourquoi ? Je n’en sais trop…..des histoires à maman…mais bon, j’y suis et j’admire !

 

Nous sommes au Transvaal et les yeux de notre ancienne voisine commencent à briller !

 

N’est ce pas la place de l’ancienne fontaine…et là, à droite, le fameux kouttab … Et le Djerbien du coin … et la boulangerie où nous faisons cuire le pain que pétrissent de leurs mains nos mamans à la maison. Je sens même l’odeur qu’exhalaient les fougasses salées aux olives et à l’anchois.

 

La « garâa », cette lagune boueuse l’hiver, croûteuse et lisse le reste de l’année servait de terrain de foot à nos étoiles en herbe ou d’aire de lancement de nos serfs volant confectionnés à base de papier d’emballage et de tiges de bambou.

 

De là, côtoyant les vaches qui broutaient dans cette herbe bénie et abondante et admirant la grâce des oiseaux qui se gavaient de graines de chardons, nous contemplons notre ville. Une ville dont nous sommes fiers car elle est fière de nous, fière de ses collines, fière des ses lacs…

 

La tension monte au fur et à mesure que nous nous approchions de la maison qui a vu naître notre voisine et tout à coup le temps s’arrête, nous y voilà….tout ce qui s’en suit est indescriptible….mieux vaut la laisser seule, un moment, vivre et raviver intensément  ses souvenirs.

 

Et Allah dans tous ça ? Eh oui ! Par sa volonté de combler notre voyage à travers le temps, il nous a envoyé ces deux anges à la retraite, nos anciens voisins Salah et Amor. Juste le temps de se regarder, de se reconnaître, de s’embrasser avec un élan propre à nous pour que des souvenirs encore enfouis et des rires jusqu’ici retenus jaillissent et explosent tel un volcan qui se réveille après des décennies de sommeil…

 

Noureddine

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Garder vive la mémoire d'une ville (Menzel Bourguiba ex-Ferryville) et de ses habitants