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05 Sep

Du Farfadet au … Follet : Une histoire de sous-marins

Publié par menzelbourguiba-ex-ferryville.over-blog.fr  - Catégories :  #Mémoire, mémoires

farfadet_.jpgLes sous-marins « Farfadet » et « Lutin »

 

Chacun se souvient du drame du sous-marin « Farfadet » en 1905 et du « Lutin » l’année suivante lesquels ont coulé avec leurs équipages (ici) dans le lac de Bizerte, non loin de l’arsenal. Les causes de l’accident seraient dues à l'ouverture du capot du kiosque qui était alors mal fermé. Voici ce que l’on peut lire sur le site « Sous-marins français disparus & accidents » : « Le "Farfadet" est armé le 29 août 1902. Il effectue des traversées entre Rochefort et La Pallice jusqu'en Août 1903. Le 11 août 1903, il arrive à Bizerte avec le "Korrigan" remorqué par le "Taillebourg" et le "Cyclope". Il n'effectue des sorties que dans le lac et au large des jetées de Bizerte. Le 06 Juillet 1905 vers 08h30, le "Farfadet " appareille de la darse Sidi-Abdallah par la passe Nord, pour effectuer des essais dans le lac de Bizerte où les fonds atteignent 10 mètres. Il est accompagné par une chaloupe à vapeur. À 200 mètres de la passe, le Commandant, le Lieutenant de Vaisseau RATIER fait prendre les dispositions pour plonger. Le "Farfadet" s'enfonce subitement de l'avant. Le Second-Maître TROADEC et le Quartier-Maître Timonier LEJEAN tentent de fermer le capot à anneau à culasse ».(ici)

 

On sait sur les 17 personnes seules 3 ont pu être sauvés et que la plupart des matelots du Farfadet mariés, habitaient Ferryville, d’où l’émotion que cela suscita.

 

Mais je ne vais pas, ici, vous raconter les circonstances de ces drames. Elles ont été largement commentées par tous les journaux et revues de l’époque. Je vais, ici, essayer de vous rapporter un peu les « à-côtés » de cette histoire, peu connus du grand public, et qui méritent justement, qu’on les évoque aujourd’hui.

 

Et parmi ces « à-côtés » il y en a qui sont plutôt farfelus. Voici par exemple en résumé ce qu’écrivait au sujet du Farfadet dans son édition du 13 juillet 1905 une gazette algérienne L'Avenir de l'Est  :

« Une étrange révélation nous est parvenue au sujet, de l'accident du Farfadet. La cause de ce drame terrible qui emporte la vie de plusieurs hommes d'élite, ce serait une... pieuvre, collée à un des clapets d'immersion et l’empêchant de fonctionner au moment voulu. (…) Mais ce qu'il convient aussi de constater, c'est l'impossibilité pour la sagesse humaine et pour la science de-tout prévoir, de tout régler. Voilà une merveilleuse machine qui fonctionne avec une admirable précision. (…) Un jour, c'est l'horreur de la catastrophe et d'une mort affreuse qui change le triomphe en défaite. Cela, pourquoi ? Parce qu'un monstre hideux, glauque, visqueux, a enroulé ses tentacules habitués à d'autres proies, autour d'un rouage du mécanisme. Et voilà la machine merveilleuse réduite à l'état d'épave. Voilà que dans ses flancs d'acier elle ne contient plus que des cadavres. C'est l’œuvre de ça, de cette bête immonde. (…) ».

Chacun comprendra que je ne pouvais pas, plus d’un siècle après ces drames, laisser passer une telle information sans vous en faire part.

 

 

Et la statut du Farfadet

 

Au lendemain du drame du Farfadet l’émotion était, on s’en doute, grande et surtout à Ferryville dont la population a vécu en direct et le drame et surtout les tentatives désespérées et malheureusement vaines pour remonter les sous-marins et sauver leurs équipages.

 

Dès le mois de novembre 1905 une souscription Nationale est lancée et comme nous le rapporte le journal de la ville de Tlemcen la Tafna dans son édition du 01/11/1905 « un comité s'est constitué en vue d/ouvrir une souscription nationale pour l'érection â Ferry ville (Tunisie) d'un monument â la mémoire des malheureux marins victime de la terrible catastrophe du Farfadet. Ce comité est formé sous le patronage de MM. Thomson, ministre de la marine ; Berteaux ministre de la guerre, et Stéphen Pichon, résident général à Tunis. Le Comité adresse un pressant appel " à tous, persuadé que chacun voudra contribuer â cette oeuvre patriotique et aider â la glorification des marins victimes du devoir.Les souscriptions peuvent être adressées à M. Eug. Ricard, président du Comité central, vice-président de la Municipalité de Ferryville ».

 

Mais ce comité ne fut pas le seul à se manifester. En effet en mars 1906 voici qu’une autre initiative est lancée cette fois en France et que nous rapporte une revue de l’époque La navigazette qui écrit le 01/03/1906 « Un comité vient de se former (…) à Bordeaux, sous la présidence d'honneur de M. le 
maire de Çaudéran et la présidence du capitaine Dupon, pour élever, à Bizerte, un monument commémoratif auxvictimes de la catastrophe du Farfadet. Les souscriptions sont reçues au siège du comité et aux bureaux de la Ligue Maritime Française ». 

 

C’est semble-t-il le comité ferryvillois qui demanda au sculpteur Emile Gaudissard de préparer une maquette de la statut qui sera érigée à la mémoire du Farfadet. Ce qui fut fait en 1906 mais voilà qu’un autre drame, avec le sous-marin « Lutin », survient dans des conditions analogues. Et voici ce qu’écrit alors le journal  La croix de l’Algérie et de la Tunisie en ce 01/11/1906 « Le comité tunisien du monument du « Farfadet » s'est réunit pour prendre une décision à la suite de la catastrophe du « Lu-

tin ». Au cours de cette réunion, il a été décidé qu'à l'effet de perpétuer la mémoire des marins qui ont trouvé la mort dans les circonstances analogues à celles qui ont causé la fin de l'équipage du « Farfadet », leurs noms seraient gravés en lettres d'or sur le socle du monument. Cette décision a été immédiatement communiquée au ministre de la marine ».

 

A la mémoire des victimes un monument, réalisé par Emile Gaudissard, fut édifié à Ferryville et inauguré le 10 janvier 1909[1] par Dujardin-Beaumetz sous-secrétaire d’état aux beaux-arts. Il est arrivé à Ferryville accompagné du résident général. Le bey de Tunis s'était fait représenter par le prince héritier. Etaient également présents MM. Ricard, président du comité du monument et W. Rondeau, vice-président de la municipalité (ici). Le sculpteur Emile Gaudissard participa à cette inauguration. Des discours avaient été prononcés.

 

Une remarque avant d’aller plus loin. Lors de son inauguration le monument du Farfadet se situait alors sur la place devant la mairie et la poste[2]. Ce n’est que bien plus tard qu’il fut déplacé vers la place Décoret – c’était sa dénomination officielle - du nom de celui qui fut à l’origine de Ferryville. Pour autant cette place est plus connue par les menzéliens-ferryvillois comme la place du Farfadet.

 

 

Du Farfadet au … Follet

 

Mais, au fait, qu’est-il advenu du sous-marin Farfadet ? On se souvient que les opérations de sauvetage ont duré 48 heures mais sans résultats. Lorsqu’il fut enfin renfloué au bout de neuf jours le Farfadet fut remorqué jusqu’à Toulon où on tenta de le réparer et, en 1910, de le remettre en service sous un nouveau nom : le Follet. Mais comme l’écrit l’hebdomadaire le Progrès en date du 30 mai 1914 « les meilleures réparations ne valent pas une construction médiocre : le monde maritime exprimait de continuelles angoisses sur la façon dont le « Follet » se conduisait dans l'eau. On le renvoya à Bizerte où il ne fit que parader... en attendant sa mise en vente aux enchères. (…) Triste destinée ».

 

Triste destinée, en effet, puisque, toujours selon Le Progrès, le sous-marin Follet ne fit que … parader et finalement renvoyé à Bizerte pour être purement et simplement désarmé en 1913 puis vendu aux enchères le 4 juin 1914.

 

M.D.



[1] Le journal « La Croix de l’Algérie et de la Tunisie » avait annoncé dans son édition du 24/09/1908 que l’inauguration aurait lieu le 18 octobre 1908, puis dans son édition du 01/11/1908 qu’elle aurait lieu le 9 novembre 1908.

 

[2] C’est la fameuse place où avait été installée la statut de Bourguiba après l’indépendance. Devenue « place du 7 novembre » après 1987, elle porte aujourd’hui, après la révolution, le nom de « place des martyrs du 14 janvier 2012 ».

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