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11 Sep

Coup de cœur : Azaïez, Khamassa, Jalloul, Mustapha … et tous les autres

Publié par menzelbourguiba-ex-ferryville.over-blog.fr  - Catégories :  #Chroniques sportives, #Mémoire, mémoires

azaiz.jpgIl s’agit de football, chacun l’aura compris j’imagine. Le football à Menzel Bourguiba est une vieille, très vieille histoire. Un siècle déjà (1907) que ce sport a été introduit en Tunisie et notamment Ferryville qui a vu la constitution de la première équipe de foot : le Sporting Club de Ferryville (SCF).

 

Depuis lors nombre de clubs se sont constitués, au gré des évènements. Evènements sportifs certes mais pas seulement car là comme ailleurs, peut-être même plus qu’ailleurs, la politique avait prit une place considérable et parfois même déterminante.

 

Ainsi le SCF (Sporting Club de Ferryville) de 1907, qui deviendra en 1932 Vaillante-Sporting Club de Ferryville (VSCF), ensuite l'Étoile sportive ouvrière de Ferryville (ESOF) et le Stade africain de Ferryville (SAF) en 1939, en 1941-42, en pleine guerre mondiale, le VSCF et l'ESOF vont fusionner pour former l'Union sportive de Ferryville (USF) ,  l'Union sportive de l'arsenal de Ferryville (USAF) quand à elle se créée en 1949 et va néanmoins fusionner à son tour avec l’USF pour former, en 1954, l'Union sportive maritime de Ferryville (USMF). Après l’indépendance Ferryville qui changera de nom pour  devenir Menzel Bourguiba et avec elle les dénominations des deux clubs de la ville : USMB (union sportive maritime de Menzel Bourguiba) et le SAMB (stade africain de Menzel Bourguiba), deux clubs omnisports. Deux clubs pour une ville de 30 milles habitants à cette époque c’est beaucoup.

 

De ce rapide coup d’œil sur les 50 premières années de ce siècle un constat s’impos

jalloul-double4.jpg

e : le sport, et les clubs de football en particulier, à Ferryville n’ont pas échappé aux conflits et contradictions de leur époque. Dans les périodes où se développent les revendications du mouvement d’émancipation des tunisiens les différentiations au niveau du football entre clubs tunisiens et clubs coloniaux vont inévitablement s’exacerber. Et ce constat on peut le faire dans toutes les villes et régions de Tunisie. Il prend, il est vrai, une dimension particulière dans les villes où il y a une population française importante mais avec plus encore de relief et de singularité à Ferryville, ville, rappelons-le, bâtit de la volonté des français pour les colons d’abord. Et cette interférence du social et du politique dans le sport doit être présente dans l’esprit de chacun de nous, aujourd’hui, pour comprendre l’histoire du football à Ferryville/Menzel Bourguiba.

1939, la constitution du Stade africain de Ferryville, club purement tunisien créé pour permettre aux autochtones d'avoir leur propre club. 1941, L’Union sportive maritime de Ferryville était, au contraire, un club à majorité européenne et dont les références (et peut-être la destiné) ont toujours été liées à l’arsenal maritime. Dès lors les dés étaient jetés, l’avenir des clubs de foot à Ferryville (comme dans le reste du pays) n’était plus fonction du jeu sur le terrain et dans les stades mais se mesurerait dorénavant à l’aune du conflit entre ceux pour et ceux contre l’indépendance.

 

Et pourtant y compris même dans les périodes les plus difficiles il y a eu des joueurs de talents. Des français évidemment, des européens mais aussi – et peut-être surtout – des tunisiens. Joueurs de talents, je l’ai dit, mais qui avaient cette particularité d’avoir traversé la période où les conflits étaient les plus exacerbés un peu comme des passeurs entre les différentes équipes. Ils ont voyagé à travers tous les paysages composants cette ville. Au contraire des garde-frontières ils étaient, eux, des passeurs de frontières. Footbalistiquement parlant bien sur. Et c’est à eux que je voudrais ici rendre hommage et dédier ce coup de cœur. Ces joueurs ont, à la fois, fait la force des clubs dans lesquels ils jouaient mais également forcé l’admiration de tous à Ferryville/Menzel Bourguiba. Et le respect !

 

khamassa-et-ben-said.jpgComment ont-ils vécu, dans leur for intérieur, ces conflits et contradictions, nul ne le sait à vrai dire. Ce qui reste c’est l’image que retient la mémoire collective des amoureux du sport et du football de ces talentueux joueurs. Et je rajouterai pour ma part les amoureux de cette ville. Cette ville Menzel Bourguiba (ex-Ferryville) qui ne peut être tronquée d’une partie de son histoire, d’une partie de sa mémoire. Ces joueurs, pas si nombreux au fond, ces hommes, sont à leur manière le produit et le reflet de cette ville. La ville et le stade africain, dont ils ont défendu les couleurs, leur ont rendu hommage. Pas à tous non[i].

 

Ce fut néanmoins un beau geste et un bel hommage, à titre posthume, que de rebaptiser le stade de Menzel au nom de « Azaïez Jaballah » (anciennement stade « Monceron » puis « Morelli » avant de devenir « Abdessalem Tékaïa »).

 

Je me permets ici un clin d’œil particulier à notre grand « Khamassa » (Khémaïs), joueur talentueux certes mais qui avait un autre talent, du moins cette autre image que nous sommes nombreux, je l’espère, à avoir gardé en mémoire, celle de l’homme toujours  « tiré à quatre épingles ».

 

Azaïez, Khamassa, Mustapha, Jalloul, …. Et tous les autres. C’est à eux que je dédis ce coup de cœur.

 

Mais je n’oublie pas Youssef, Ben Saïd, Copa, Adala, Farid, Mouldi ….

 



[i] Un ami, Am Youssef, fin connaisseur de l’histoire du football et du SAF, m’a raconté cet été 2010 combien il était attristé et même atterré  de voir que nombreux sont ceux, parmi ces joueurs, qui ont pourtant fait les beaux jours du stade de Menzel, à avoir vécu dans la galère, dans l’oubli et dans le dénuement, et qui plus est, ont fini leur vie dans l’indifférence la plus totale.

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Garder vive la mémoire d'une ville (Menzel Bourguiba ex-Ferryville) et de ses habitants