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05 Dec

1904 (document) : Un nouvel arrondissement maritime à Ferryville et l'arsenal de Sidi-Abdallah

Publié par menzelbourguiba-ex-ferryville.over-blog.fr  - Catégories :  #Mémoire, mémoires

 arsenal.jpgVoici un article paru le 14 avril 1904 dans « Armée et revue », une revue hebdomadaire illustrée des armées de terre et de mer. Bien sur elle y décrit le chantier de l’arsenal et de Ferryville une grande œuvre de la marine française tout en réduisant les habitants qui y vivaient avant à « Quelques rares huttes, habitées par de misérables familles bédouines, se voyaient seules dans la campagne aride ». Telle était, à n’en pas douter, la vision largement partagée par les premiers colons, à propos de la Tunisie et de ses habitants. Mais, au delà, ce sur quoi nous informe ce document c’est surtout cette insistance à vouloir démontrer, « aux grincheux et aux sceptiques, que les Français sont encore les dignes fils des énergiques colons de la Louisiane et du Canada ». Comme si, même en 1904, il y avait encore des septiques à propos de Ferryville. On se souvient des hésitations, y compris au plus haut niveau de l’Etat, au sujet de l’arsenal militaire et de Ferryville. Le document, par son caractère journalistique, nous fournit une foule d’informations fort intéressantes : le nombre d’habitants (4 000 âmes), la porte de Bizerte à l’arsenal « construite sur le modèle de la superbe porte indigène de Tunis, Beb-el-Kadra », le marché couvert, la station de Tindja de la ligne Tunis-Bizerte avec une « ligne de diligences et un petit tramway » qui communiquent avec Ferryville, « Deux hôtels confortables » (ceux de l’Amirauté et de l’Arsenal), deux pharmacies, un grand bazar ( ?) » … Voilà donc de quoi nourrir notre curiosité et ainsi nous permettre de regarder Ferryville évoluer dans le temps et dans l’espace. Et ainsi, petit à petit, notre puzzle, pour reconstituer l’histoire de Menzel Bourguiba-Ferryville, se met en place.

 

M.D.

 

 


 

 

Un nouvel arrondissement maritime à Ferryville et l'arsenal de Sidi-Abdallah

 

IL y a cinq ans, le magnifique lac de Bizerte n'était entouré que de terrains vagues et incultes. Quelques rares huttes, habitées par de misérables familles bédouines, se voyaient seules dans la campagne aride.

 

Aujourd'hui, un gros bourg de plus de 4.000 âmes et un arsenal de premier ordre se sont élevés comme par enchantement sur le rivage sud-ouest du beau lac. Une population d'environ 800 Français habite Ferryville, la petite cité qui s'est construite avec rapidité au pied de la colline  de Sidi-Yaya, à environ un kilomètre dite porte de l'arsenal de Sidi-Abdallah.

 

Comme cet arsenal est destiné à entrer sous peu dans la période d'activité nécessaire et que, par suite, de nombreux officiers de marine seront appelés bientôt à y prendre du service, nous allons leur donner quelques renseignements nécessaires sur l'existence qu'on peut mener dans ce petit endroit perdu, encore pour le moment, au fond du lac de Bizerte.

 

Ferryville compte, en plus du solide noyau de compatriotes dont nous avons parlé plus haut, une population mi-indigène, mi-italienne (celle-ci plus nombreuse que celle-là) d'environ 3.000 âmes. Les terrains sur lesquels cette ville a été construite, appartiennent en grande partie à une compagnie qui y a tracé des rues à angles droits, parmi lesquelles plusieurs larges boulevards. Comme Ferryville s'est élevée grâce à la Marine, la principale de ces rues, dont nous donnons ci-joint la photographie, et qui est déjà bordée de spacieuses et belles maisons, a été nommée rue de l'Amiral-Ponty, hommage rendu à l'homme de coeur et de talent qui a fondé le port de guerre de Bizerte et l'arsenal de Sidi-Abdallah.

 

Les ressources ne manquent pas à Ferryville; on peut y trouver, soi au marché couvert installé au centre de la ville, soit chez les nombreux commerçants français et italiens qui s'y sont installés, tout ce qu'on peut trouver dans une petite ville française et à aussi bon compte certainement. Certains objets d'une nécessité courante, tels que volailles, gibier (assez rare, il est vrai), viande de boeuf et de mouton, vin, pétrole, etc., y coûtent même meilleur marché que dans la plupart des villes de la métropole.

 

Les loyers y sont également d'un prix très modéré..., pour le moment du moins. Outre plusieurs grandes maisons à appartements, il y a de nombreuses petites villas bâties autour de la ville. !

 

Ferryville se trouve à trois kilomètres et demi du petit bourg de Oued-Tindja qui s'élève sur le bord du grand lac Ischkeul et tire son nom de la petite rivière ou Oued, qui fait communiquer ce lac avec celui de Bizerte. Tindja, est une des stations de la ligne Tunis-Bizerte, et se trouve à deux heures de chemin de fer de la première de ces villes et à 25 minutes de la seconde. Une ligne de diligences et un petit tramway font communiquer Ferryville avec Tindja.

 

On voit donc que Ferryville est loin d'être le petit trou sans ressources que plusieurs personnes - qui n'y avaient jamais mis les pieds - ont dépeint avec légèreté.

 

Deux hôtels confortables, deux pharmacies, un grand bazar, plusieurs épiceries bien fournies, et quelques magasins qui en font, nous le répétons une vraie petite ville de France.

 

On y voit même déjà quelques monuments qui, pour avoir été construits dans un but militaire, ne manquent pas d'un certain cachet, car ils ont été bâtis dans le style du pays.

 

Ce sont les casernes des équipages de la flotte, destinées à contenir 1500 hommes, la caserne de l'artillerie, l'hôpital de la marine, de toute beauté, construit sur les flancs de la colline de Sidi-Yahia.

 

Mais la véritable curiosité de la ville, c'est la porte monumentale de l'arsenal, dite porte de Bizerte, qui a été construite sur le modèle de la superbe porte indigène de Tunis, Beb-el-Kadra.

 

Enfin, l'achèvement de l'usine électrique et l'arrivée des deux sous-marins le « Farfadet » et le « Korrigan »en amenant un personnel d'une certaine importance à Sidi-Abdallah ont augmenté le mouvement de Ferryville.

L'arsenal de Sidi-Abdallah, modèle de logique et de bonnes dispositions, renferme des magasins immenses, une spacieuse usine électrique destinée à être doublée sous peu, un abattoir, une boulangerie avec des fours permettant de faire 20.000 rations par jour, un spacieux parc à charbon, de beaux pavillons pour les défenses sous-marines, pour les travaux hydrauliques, etc., servant actuellement de logements aux officiers des sous-marins.

Quand les deux bassins actuellement en construction et dont l'un est, pour ainsi dire, achevé seront complètement terminés (et ce n'est qu'une affaire de quelques mois), l'arsenal de Sidi-Abdallah sera, avec son beau fort creusé à 10 mètres, le long de ses appontements de 150 mètres, en état de recevoir une escadre tout entière aussi bien que Toulon' ou Brest.

 

Et la petite ville de Ferryville, entourée déjà de potagers et de fermes, sera là pour prouver, aux grincheux et aux sceptiques, que les Français sont encore les dignes fils des énergiques colons de la Louisiane et ' du Canada.


Ferryville-1904-ok.JPG
cf. Armée et marine : revue hebdomadaire illustrée des armées de terre et de mer le 14 avril 1904 (Gallica.Bnf)

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Garder vive la mémoire d'une ville (Menzel Bourguiba ex-Ferryville) et de ses habitants