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04 Nov

"Humeurs" (Octobre 2017 - 2)

Publié par menzelbourguiba-ex-ferryville.over-blog.fr  - Catégories :  #"Humeurs", #Chroniques sociales et politiques, #immigration

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D’une rive …
Lois…

Ce 1er novembre 2017 entrera donc en vigueur la loi de sécurité intérieure et de lutte contre le terrorisme en remplacement de l’état d’urgence. Après le vote de cette loi qui finalement ne fait que reprendre en les banalisant de nombreuses dispositions de l’état d’urgence et en donnant des pouvoirs exceptionnels à l’administration, aux préfets et à la police, tout en contournant l’autorité judiciaire chacun est en droit de s’interroger concernant la prochaine loi sur l’immigration envisagée par le gouvernement pour 2018. Annoncé par le président E. Macron il est question d’une refondation complète de la politique d’immigration à l’exemple de ce qu’avait entrepris le Général De Gaulle avec l’Ordonnance de 1945 qui fut la loi cadre sur l’immigration durant 60 ans. Est-il besoin de rappeler que cette Ordonnance avait été plusieurs fois modifiée (en 1980, 1981, 1986, 1992, 1994, 1997, 1998, 2003 … ) puis remplacée en 2006 par le fameux Code de l’entrée et du séjour des étrangers en France et du droit d’asile (CESEDA) lequel fut suivi par d’autres lois (2007, 2011) qui avaient été également votées, amendées, modifiées … et avec cette constance consistant à chaque fois - à quelques exceptions prés - à durcir toujours plus les conditions d’entrée et de séjour des étrangers en France.

Alors la nouvelle loi, une de plus ? Encore plus restrictive que les précédentes ? Si l’on se base sur les déclarations et sur les diverses mesures mis en œuvres à propos des réfugiés (en particuliers ceux que l’on nomme les « dublinés ») ou encore des mineurs isolés (lesquels devraient avant tout bénéficier de protection particulière justement parce que mineurs)  il y a, en effet, matière à inquiétude. Outre les opérations préventives sous-traitées avec un certain nombre de pays du sud, la philosophie et la logique qui semblent prévaloir dans cette nouvelle politique migratoire conduira inévitablement à un durcissement en matière de contrôles, d’enfermement et d’expulsion des étrangers en situation irrégulière. Et qu’on ne s’y trompe pas, l’inquiétude ne concerne pas uniquement ces derniers car vu tout le dispositif législatif mis en place après les attentats - surtout dans le contexte actuel - se sont bel et bien les libertés de tous qui sont en jeu et l’Etat de droit qui risque d’être profondément ébranlé. 

 

… à l’autre

Emigrés…  

Il y a émigrés et … émigrés. On parle beaucoup ces derniers temps des harragas et c’est compréhensible vu le contexte et les événements dramatiques qui l’ont marqué. Ainsi entre janvier et septembre 2017, le nombre de Tunisiens arrivé en Italie de manière illégale serait de 2700 (chiffres de l’OIM) dont 1400 - soit plus de la moitié - durant le seul mois de septembre. Voilà des chiffres qui ne peuvent (et ne doivent pas) laisser indifférents. Selon l’étude du FTDES 67% des harragas sont des jeunes de 20 à 30 ans, non diplômés au chômage ou dans des emplois précaires. D’autre part entre janvier et septembre 164 opérations d'émigration clandestine ont été interceptées par les gardes-côtes tunisiens. Certes on est loin encore des chiffres de 2011 mais il y a là une tendance inquiétante et parfois même dramatique comme les 45 morts lors de la collision de Kerkennah. Une tendance confirmée par les dépêches de la presse tunisienne qui, chaque jour, rapporte les tentatives de « harqa ». Et avec des moyens sophistiqués et des barques de plus en plus rapides utilisés par les réseaux mafieux de passeurs, lesquels passeurs sont également tous tunisiens. Tout cela est en effet inquiétant d’autant que selon certaines enquêtes et sondages d’associations de la société civile prés d’un jeune tunisien sur deux souhaite émigrer.

Mais il y a émigrés et … émigrés. Il y a les harragas contre lesquels l’Europe se barricade et il y a les hauts cadres formés qui sont une manne pour cette même Europe comme pour d’autres pays riches. On appelle cela la fuite ou l’exode des cerveaux. C’est là une autre tendance qu’il ne faut surtout pas sous estimer : 800 chercheurs tunisiens se seraient installés ces trois dernières années dans les pays du Golfe ; plus de 1800 professeurs seraient sortis du pays depuis 2014 ; et selon un rapport plus de 20% des Tunisiens diplômés de l’enseignement supérieur vivent dans des pays de l’OCDE ; de même selon l’OTE plus de 115.000 cadres supérieurs vivent et travaillent à l’étranger.  Phénomène certes ancien ces migrations semblent toutefois prendre aujourd’hui une tournure préoccupante. Mais il y a émigrés et … émigrés. Car si ces migrations sont à la fois l’un des effets les plus évidents de la mondialisation en cours tout autant que le résultat des politiques économiques et sociales du pays il y a néanmoins une différence et une discrimination criantes entre ceux qui tentent de franchir le pas : les uns peuvent encore espérer – au nom de « l’immigration choisie » - obtenir une entrée légale en Europe (ou dans les pays du Golfe) tandis que les autres, les harragas, n’ont d’autres choix que se plier, en dernier ressort, aux exigences des réseaux mafieux de passeurs souvent au péril de leur vie et qui plus est avec le risque de se voir, au bout du compte, refoulés. C’est tout le sens de l’appel lancé depuis Lampedusa par les tunisiens actuellement retenus dans un hotspts sur l’île. Circuler librement est, certes, un droit (puisque « Tout personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien » Art. 13 de la Déclaration universelle des droits de l’homme) mais … pas pour tout le monde !

MD
 

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