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02 Apr

Tinja : Le casino, l’église et le centre culturel

Publié par menzelbourguiba-ex-ferryville.over-blog.fr  - Catégories :  #Mémoire, mémoires, #ballades ...

Tinja : Le casino, l’église et le centre culturel

 

Ferryville, Juillet 1909 : « Collecte 1909 : Par M. Rondeau, vice-président de la Commission municipale de Ferryville : Produit net de la fête d'inauguration du casino français de Ferryville, organisée sur l'initiative de M. Paul Gervais, propriétaire de cet établissement ». Cette collecte a été remise à la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés.

 

Ces quelques lignes trouvées dans les Annales du sauvetage maritime avaient immédiatement suscité ma curiosité. Non pas tant concernant la collecte en elle-même mais surtout cette fête d’inauguration d’un casino français à Ferryville. Je me suis dès lors mis à la recherche d’informations au sujet de ce casino français de Ferryville. Non sans mal il faut le dire jusqu’au jour où je tombe sur cette autre information tirée de La Tunisie catholique du 4 janvier 1925 : « Bénédiction de l'église de Tindja. Le dimanche 21 décembre comme nous l'avons annoncé Mgr Gourlot vicaire général de Carthage accompagné de M. l'abbé Legendre se rendit à Tindja pour la bénédiction solennelle de la nouvelle église. La bénédiction d'une église équivaut à son baptême; c'est elle qui lui donne son nom propre. Eh bien, il ne s'agissait pas ici d'une bénédiction quelconque, d'un baptême ordinaire, mais bien, dirais-je d'un baptême d'adulte après conversion. Mgr Pons aime à parler de sa filleule, N. D. du Rosaire, la « mauresque convertie ». A Tindja nous aurons, qu'on me permette l'image la « Courtisane convertie" - C'est en effet l'ancien casino des fleurs que le talent de l'architecte et la générosité de Mgr l'Archevêque ont transformé en église et que la bénédiction a sanctifié en le dédiant au culte du vrai Dieu ». « C'est à tort vraiment que d'aucuns se sont étonnés et scandalisés de voir un casino transformé en oratoire, un lieu de réjouissance devenu un lieu de prière » et de poursuivre « Toujours est-il que les bons chrétiens de Tindja et leur curé seront les derniers, â s'en plaindre. Ils ont eu à bon compte une église des plus spacieuses qu'ils auraient attendue bien longtemps sans cela ».

 

Diable, et si c’était notre fameux casino ? Trop tôt pour le dire.

 

Deux mois plus tard et à nouveau dans les pages de La Tunisie catholique un article intitulé « le théâtre de Tindja » signé « un curieux » nous donne d’autres précisions sur cette transformation. « Tindja avait son "Casino des fleurs" qui eut comme toutes les petites choses de ce monde son heure d'éphémère célébrité. Comme il ne faisait plus ses frais, il fut mis en vente et acheté par l'autorité ecclésiastique pour changer de destination. Une heureuse transformation à fait de la grande salle une église dédiée à Ste Marie de Tindja. Local encore nu mais très vaste et qui répondra aisément et sûrement aux besoins spirituels futurs de la paroisse. L'ancienne buvette du "Casino" est devenue la salle des œuvres. C'est la salle du patronage Ste Marie en même temps foyer du Marin et du Soldat. Avec les décors de l'ancien Casino il a été facile de monter une scène et de transformer la salle en théâtre: c'est ce qui a été fait. Aussi dimanche dernier 15 février nous avons été agréablement surpris d'entendre Monsieur le Curé nous dire que tout était prêt et que la séance d'inauguration du patronage et du foyer aurait lieu dans l'après-midi à 2h. 30 ».

 

Résumons-nous : Le village de Tindja a commencé à prendre forme vers 1900 quand il fut décidé d’offrir des lotissements aux ouvriers de l’arsenal pour les inciter à s’y installer ou plutôt les éloigner du centre de Ferryville. « Le développement de Ferryville fut fonction du développement de l'Arsenal : en 1903, après la tension politique franco-anglaise, la suspension des travaux de la Marine provoqua un arrêt brusque. Puis l'activité reprit; la ville se peupla lentement, édifiant ses immeubles en plaine, le long des voies en damier. Elle est complétée par Tindja. En 1900, le propriétaire de l'isthme lacustre eut l'idée de créer au bord de la Garaa Ichkeul un centre de petite culture pour les ouvriers de l’arsenal ; il affecta une centaine d'hectares au futur village, cent autres morcelés en lots à la plantation de la vigne (ici)

 

Le casino des fleurs a vraisemblablement été, quant à lui, construit entre 1909 et 1915 et en tout cas avant 1917 puisqu’une carte postale datée y fait référence.

 

Ainsi donc le 21 décembre 1924 il y eu l’inauguration de la nouvelle église de Tindja. Mais comme les transformations allaient demander du temps le curé de Tindja a pris l’initiative d’y présenter, le 15 février 1925, une représentation de théâtre avec une troupe venu du foyer du marin de la Pêcherie de Bizerte. Les spectateurs venaient bien sur de Tindja (qui comptait alors en 1925 prés d’un millier d’habitants) mais aussi de Ferryville, de Bizerte et de la Pêcherie. Mais « Ceux qui croyaient que la séance donnée au Patronage Ste Marie serait tout au plus bonne pour les enfants du Catéchisme ont été bien surpris quand ils ont-appris qu'on s'y était bien amusé et qu'on y avait beaucoup ri » raconte notre « curieux ». « C’était un cri général de contentement. "J'ai payé quelquefois cinq francs au théâtre, disait quelqu'un, et je ne me suis pas amusé comme cette après-midi." C'est ce qu'il nous faudrait de temps en temps ! Une bonne petite séance récréative où la fille pourrait sans inconvénient conduire sa mère. Nous gardons un bon souvenir de cette journée. Mais nous aimerions à penser que Mr. le Curé de Tindja, l'abbé P. Grimaud, nous réserve encore de nombreuses surprises » (cf. Gallica).

 

Une chose est sûre : Le fameux casino des fleurs de Tindja (sans doute une salle de spectacles car certaines photos et cartes postales de l’époque montrent la porte d’entrée avec des affiches et même des gens en famille avec enfants) a été transformé en église. On sait aussi que cette église a, à son tour, été transformé après l’indépendance en Centre culturel.

 

Mais une question qui demeure pour l’heure sans réponse : S’agit-il du casino français de Ferryville inauguré en 1909 dont on a parlé au début de ce papier ? A moins qu’il ne s’agisse d’un casino qui a existé à Ferryville mais dont on a peu de traces !

 

Avis aux curieux donc !

 

Mohsen Dridi

Tinja : Le casino, l’église et le centre culturel
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