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16 Jan

Humeurs (Janvier 2017 - 1)

Publié par menzelbourguiba-ex-ferryville.over-blog.fr  - Catégories :  #"Humeurs", #Chroniques sociales et politiques

France : Délit de solidarité ?

La France ces derniers temps, à l’instar d’autres pays de l’UE, ne s’embarrasse plus des valeurs de la république et n’hésite pas à déclencher des poursuites judiciaires contre des associations et de plus en plus contre des citoyen(ne)es et du même coup à criminaliser tous actes de solidarité avec les réfugiés et les migrants. De la même façon que l’on cherche à criminaliser l’action syndicale et surtout les syndicalistes. Prenant prétexte de l’Etat d’urgence et de la « crise migratoire » on voit se multiplier les poursuites et les procès pour « délit de solidarité ». Ex : en 2015 à Grasse un militant est condamné à une amende pour avoir transporté à bord de sa voiture des Erythréens ; en Haute Savoie c’est Fernand Bosson, ancien maire, qui est condamné pour avoir hébergé une famille Kosovare ; à St-Etienne en 2016 c’est au tour d’une association d’être condamnée ; à Boulogne-sur-Mer le tribunal condamne Rob Lawrie, un bénévole britannique, pour avoir sauvé une fillette de la « Jungle » de Calais ; En 2017 Pierre-Alain Mannoni « accusé » d’avoir tenté de transporter 3 Erythréennes est poursuivi par le tribunal de Nice ; Cédric Herrou, un agriculteur de la vallée de la Roya poursuivi pour avoir aidé et hébergé deux cents migrants, connaîtra quant à lui son verdict le 10 février ; à Paris le procès de Houssam El Assimi pour aide aux migrants de la Chapelle … Quelques exemples qui en disent long sur l’état d’esprit qui règne depuis l’instauration de l’Etat d’urgence et la dérive sécuritaire qui s’en est suivie. Au point même que quant une relaxe est prononcée par le tribunal le parquet n’hésite pas à faire appel. Qu’on cherche à empêcher l’expression de la solidarité envers les migrants, les réfugiés, les Roms … qu’on ne s’y prendrait pas autrement ! Mais peine perdue car la résistance citoyenne, malgré le contexte difficile, loin de baisser les bras s’amplifie au fur et à mesure des procès et comme l’affirme le manifeste du collectif Délinquants Solidaires, en tout état de cause, « Si la solidarité avec les étrangers est un délit, alors nous sommes tous délinquants ! ».

 

***

 

Tunisie : L’An 6 de la révolution

Six ans déjà et les Tunisien(ne)s se demandent comment fêter l’an 6 de la révolution. La liberté d’expression est un acquis indéniable ; Plus aucune question n’est taboue et tout (le meilleur comme le pire) peut être posé et discuté dans l’espace public ; Des avancées tout aussi indéniables sur le plan institutionnel (élections libres …)… Voilà pour le positif et c’est loin d’être négligeable car la révolution a ouvert des perspectives et offre des marges de manœuvre et d’action indéniables pour les citoyen(ne)s. Et la vitalité de la société civile en est témoin. Toutefois l’écrasante majorité des tunisiens reste cependant sur sa faim et attend de la part de l’Etat plus de visibilité et des actes concrets sur le plan économique, de la justice sociale ou encore de la lutte contre la corruption. En témoignent les mobilisations récurrentes dans de nombreuses régions. Mobilisations récurrentes, légitimes mais aussi vigilantes face aux tentations (réelles) d’instrumentalisation et de dévoiement. Ceux qui cherchent à instrumentaliser comme ceux qui cherchent à criminaliser les luttes sociales veulent tout bonnement tuer dans l’œuf l’espoir né avec la révolution. Les Tunisien(ne)s à l’étranger pour leur part, bien que loin du terrain ou du … « champ de bataille » et malgré une certaine lassitude mais néanmoins attentifs, observent avec inquiétude, au diapason de l’opinion en Tunisie, l’image que donnent à voir les politiciens et les élus - en tout cas un certain nombre d’entres-eux – aussi bien concernant la mise en place des institutions indispensables au fonctionnement normal d’un État de droit que la poursuite du processus électoral et démocratique. A telle enseigne que les principaux responsables des instances constitutionnelles se sentent obligés de monter au créneau, de prendre à témoin le pays et de lancer d’incessantes alertes (ISIE, CSM …). Ainsi en est-il de la loi sur les élections municipales et régionales retardée sans explications vraiment convaincantes avec le risque de voir indéfiniment reportés ces scrutins locaux et régionaux pourtant essentiels pour la démocratie ; Ainsi en est-il du non-remplacement des membres sortants de l’ISIE en raison de l’absence du … quorum à du retard dans la mise en place du CSM (Conseil supérieur de la magistrature), pourtant élu dans la transparence et sans contestation, avec pour conséquence, là également, de retarder l’installation de la plus haute juridiction de la 2ème république : la Cour constitutionnelle ; Ainsi en est-il des conflits à répétitions au sein de l’IVD (Instance vérité et dignité) … Bref, six années après le déclenchement de la révolution de la « liberté, la justice sociale et la dignité » la Tunisie serait-elle encore et à ce point malade d’un conservatisme étouffant, de ses lourdeurs bureaucratiques, de ses corporatismes, des calculs cyniques des partis majoritaires et de l’inconséquence de certains qui préfèrent s’adonner, au gré des vents, à un médiocre nomadisme partisan ? … La Tunisie, qui ne manque ni de bonnes volontés ni de ressources, mérite mieux !

 

Mohsen Dridi

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