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02 Jan

Humeurs décembre 2016 (II)

Publié par menzelbourguiba-ex-ferryville.over-blog.fr  - Catégories :  #"Humeurs", #Chroniques sociales et politiques

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D’UNE RIVE …

 

5000 morts

En 2016 : 358 403 migrants sont arrivés par la Méditerranée en Europe ; 4 913 personnes sont mortes. Et malheureusement ces chiffres risquent de s’aggraver puisqu’on signale de nouveaux naufrages en cette fin d’année et l’on pourrait atteindre les 5000 morts d’ici peu. 358 403 migrants sont arrivés en Europe en 2016 dont 179 525 par l’Italie et 173 244 par la Grèce. Mais là où le bât blesse c’est que l’on dénombre un taux de morts et disparus de 90% (4410) pour ceux qui traversent par l’Italie. « En 2016, le nombre d’arrivées par la mer en Italie n’a cessé de croître, et le nombre de décès de migrants a fortement augmenté : plus de 5 000 personnes sont décédées en 2016, contre 3 777 pendant la même période l’année dernière. C’est près de 2 000 de plus qu’en 2014, lorsque plus de 3 000 hommes, femmes et enfants avaient trouvé la mort sur ce dangereux itinéraire. ». La Méditerranée cimetière marin, une triste renommée qui se confirme d’année en année !

 

***

 

Berlin le 19 décembre 2016

L’attentat de Berlin en ce mois de décembre 2016 a fait plusieurs victimes. Et cette fois encore c’est un ressortissant tunisien qui au volant d’un camion a délibérément assassiné plusieurs dizaines de victimes innocentes dans un marché de Noël à Berlin. Daech a immédiatement revendiqué l’attentat et l’auteur identifié car il avait laissé ses papiers dans le camion comme « preuve » de son acte. Un remake de l’attentat de Nice de juillet 2015. Déjà avec les attaques de novembre 2015 à Paris et Saint-Denis chacun s’est alors rendu compte que n’importe qui pouvait être la cible des terroristes et chacun a du se dire qu’il aurait pu être parmi les victimes au stade de France, au Bataclan, ou sur les terrasses des cafés visés à Paris. La stupeur de tous était à l’image de l’ampleur du drame. La tuerie aveugle de Nice, le 14 juillet 2016, renforcera encore davantage ce sentiment et l’attentat de Berlin en décembre 2016 vient à nouveau confirmer cette évidence. Voilà pourquoi aujourd’hui « Nous sommes Berlin ! » comme hier nous étions Paris, Tunis, Le Bardo, Ankara … Mais cependant attention aux raccourcis. C’est vrai le terroriste de Berlin est un Tunisien comme celui de Nice. Certes c’était un repris de justice qui s’était évadé en 2011 d’une prison tunisienne dans la confusion qui régnait au moment de la révolution, qui a choisi de traverser clandestinement la Méditerranée pour rejoindre l’Europe. Mais c’est, semble t-il, dans les prisons italiennes qu’il s’est radicalisé. Il n’est pas terroriste parce que … tunisien pas plus qu’on est terroriste parce qu’on est français, afghan, belge ou tchétchène ou que la France soit devenu un vivier du terrorisme parce que de nombreux français convertis à l’islam sont allés faire le jihad. Le terrorisme jihadiste est un phénomène mondial reflet et produit de la globalisation et de la mondialisation. Et s’il s’appuie sur une lecture particulière de l’islam on ne peut passer sous silence qu’il a d’abord été crée, alimenté, armé, soutenu … par les puissances occidentales et leurs alliés wahhabites pour combattre tantôt l’ex Union soviétique en Afghanistan tantôt les régimes nationalistes arabes ou encore les démocrates et progressistes de gauche. Raccourci ? Peut-être ! Mais une certaine presse, notamment française, ne fait pas mieux quant elle parle de la Tunisie comme un « vivier » du terrorisme mondial. La Tunisie, comme d’autres pays, doit certes faire un véritable travail d’introspection sur elle-même et sur cette dérive mais de là à affirmer qu’elle est « vivier » du terrorisme mondial …

 

***

 

… A L’AUTRE

 

Racisme

Quant un pays, une société se voilent la face et refusent d’admettre une réalité, si cruelle soit-elle, celle-ci leur revient, un jour ou l’autre, comme un boomerang. Le racisme est une réalité en Tunisie ! Rien à voir certes avec la xénophobie et les violences des extrémistes et des courants identitaires que l’on connaît en Europe mais c’est un racisme qui s’exprime le plus souvent de manière insidieuse, parfois même avec le sourire entendu et de manière « bon enfant ». Un racisme insidieux qui s’est banalisé avec le temps. Un racisme d’autant plus insidieux qu’il est purement et simplement … nié. Les premières victimes : D’abord les noirs, les étrangers subsahariens mais également les tunisien(ne)s. On oublie (ou on feint d’oublier) trop souvent qu’il existe une importante « minorité » noire en Tunisie. Ensuite les juifs. Les agressions racistes commis il y a quelques jours à Tunis à l’encontre d’étudiants subsahariens sont scandaleuses et doivent être condamnées ! Mais le silence assourdissant des citoyen(ne)s l’est tout autant. Les Tunisiens à l’étranger et les associations de l’immigration condamnent et prennent la mesure du danger si l’on n’y met pas un frein assez rapidement. Comme on dit en tunisien « ne ressent les braises que celui qui marche dessus ». Voilà pourquoi il y a urgence à légiférer sur la question du racisme. Mais cela ne suffira pas car c’est dès l’école, dans les familles, dans les médias … que l’on édifiera une société et que l’on éduquera des citoyen(ne)s qui acceptent et admettent les différences.

 

***

 

« Retour ? »

Le débat et les polémiques à propos du « retour » des jihadistes suite aux revers militaires de Daech en Syrie, en Irak et en Libye … ont au moins le mérite de permettre aux tunisien(ne)s de débattre de toutes les questions qui les concernent ou au moins d’entendre les arguments des uns et des autres. D’autant que la question est ultra sensible et on comprend les Tunisien(ne)s qui appréhendent, à raison, le « retour » de milliers de jihadistes soupçonnés d’avoir participé aux pires atrocités, souvent contre des victimes innocentes, dans des zones de combats dans des pays étrangers. Mais peut-on refuser à un Tunisien(ne) le droit de rentrer en Tunisie ? Evidemment non ! Un vrai dilemme ! La Tunisie n’est pas le seul pays à se poser la question et d’un pays à l’autre les solutions sont diverses. Mais, tout d’abord, pose-t-on correctement la question ? Pourquoi parler de « retour » comme s’il s’agissait d’un voyage alors que la seule question qui vaille est : Quand et comment traduire en justice ceux qui ont participé à cette diabolique et sanguinaire entreprise ainsi que ceux qui les ont aidé à partir ! Et que faire de ceux qui seront jugés coupables. Dans le respect du droit et de la justice certes, mais sans complaisance ou laxisme. Et cela dans le cas où ils n’ont pas été jugés dans les pays où ils ont commis leurs actes. Et l’autre question à laquelle les Tunisiens et surtout l’Etat doivent impérativement répondre est : Avons-nous aujourd’hui les moyens et sommes-nous préparés pour ce faire ? Car si on n’a pas le droit, constitutionnellement, de refuser le retour d’un Tunisien en Tunisie on n’a pas plus le droit de mettre en péril le pays si par malheur on ne s’y est pas sérieusement préparé ! Deux impératifs donc mais qui peuvent parfois être contradictoires ! Mais plus fondamentalement le pays ne peut pas faire l’économie d’une réflexion approfondie sur les causes qui ont poussé ces milliers de jeunes à s’engager dans cette diabolique entreprise terroriste d’autant que pour nombres d’entres-eux pèse la lourde accusation de crimes de guerre voire de crimes contre l’humanité. Sans doute y a-t-il parmi eux des jeunes gens fragiles qui se sont laissés bernés mais la plupart l’ont fait par conviction parce que persuadé par ce que leurs idéologues leur ont inculqué à savoir que « l’islam est LA solution ! ». Dès lors le pays ne peut pas et ne doit pas faire l’impasse sur la responsabilité et la complicité de certains, y compris parmi les décideurs politiques durant la troïka, lesquels ont balisé le terrain et facilité la tâche des recruteurs. A moins qu’il ne s’agisse là, avec cette histoire de « retour », d’une opération manigancée et négociée en coulisse avec les mêmes acteurs, commanditaires et intermédiaires qui ont enrôlé et envoyé ces milliers de jeunes tunisiens vers cette entreprise de mort et de désolation.

 

Mohsen Dridi

Le 31 décembre 2016

 

Bonne année à toutes et tous !

 

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