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20 Jul

Hamadi Ben Mabrouk (1919 - 1999) : Un menzélien qui aimait la radio et le cinéma

Publié par menzelbourguiba-ex-ferryville.over-blog.fr  - Catégories :  #Mémoire, mémoires, #Portraits

Hamadi Ben Mabrouk (1919 (*) - 1999) : Un menzélien qui aimait la radio et le cinéma

Qui se souvient de Hamadi ben Mabrouk ?

Voilà un homme qui, dans les années 1960 et 70, faisait la navette quotidiennement entre la capitale, où il travaillait, et Menzel Bourguiba d’où il était originaire. Hamadi Ben Mabrouk n’était autre que le frère du regretté Hassoune Dabdoub un amoureux de la natation et de l’haltérophilie et, bien entendu, d’un dynamisme à toute épreuve. La famille Dabdoub habitait l’ex-Bd Saadi Carnot, aujourd’hui Bd du 15 octobre, plus connu comme « les Caroubiers » en face du « Fourneau » et des « jardins ouvriers » et dont j’avais un peu parlé dans un précédent papier (ici).

Mais ce qui me pousse aujourd’hui à écrire ce papier pour parler de Hamadi Ben Mabrouk c’est avant tout pour rappeler la place et le rôle de cet homme, d’une grande culture, au sein de la radio tunisienne et notamment la chaîne internationale dont il a été l’un des fondateurs. Une vie que peu de gens à Menzel Bourguiba connaissent. Et dans ce modeste papier je ne fais, en vérité, qu’effleurer, la personnalité et la complexité de l’homme de culture qu’était Hamadi Ben Mabrouk. Et pour cette raison j’ai trouvé injuste que la société et tout particulièrement les gens attachés à Menzel Bourguiba, à son histoire et à sa mémoire, ne rendent pas l’hommage qui revient à cet homme. Bien sur il n’est pas le seul dans ce cas et de nombreuses personnalités ferryvilloises et menzéliennes du monde de la culture, des arts, du sport, de la politique voire même simplement de gens ordinaires mais qui ont marqué par leur présence la vie de Menzel Bourguiba … méritent que l’on revienne sur leur vie, leurs itinéraires, leurs parcours et leurs apports. Menzel Bourguiba leur doit cela ! Pour eux et pour elle-même d’ailleurs. Pour que l’on cesse de juger cette ville à son seul aspect apparent et extérieur. La ville donne, en effet, l’impression d’une cité qui se « ruralise » à vue d’œil alors même que sa population se développe et qu’elle s’urbanise. Une ville qui grouille de monde où l’anarchie des étals et des vendeurs ambulants, le système D et le « après moi le déluge » semblent malheureusement l’emporter ; combien même minoritaires les comportements de certains avec leur côté braillard où l’incivilité est de règle s’imposent à la majorité silencieuse épuisée, elle, par les soucis du quotidien. Pourtant Menzel est, en réalité, riche de ses trésors cachés qu’il faut mettre en valeur et à qui il faut donner une place. Il y a bien sur le patrimoine architectural (qui subit malheureusement non seulement les aléas du temps mais surtout un certain laisser-aller et désintérêt évident) mais il y a surtout les hommes et les femmes de valeur qui l’on porté et dont jamais (à de très rares exceptions) la ville ne fut reconnaissante.

Qui est Hamadi Ben Mabrouk ?

Né à Ferryville en 1919, Hamadi Ben Mabrouk était un intellectuel et un journaliste qui a longtemps vécu à Paris où il fréquentait les milieux des arts et de la culture (Jean-Paul Sartre, Michel Foucault …). Il participait alors à différentes revues (la revue « Esprit » …). Un travail sur les archives de Hamadi Ben Mabrouk devrait nous montrer toutes les facettes de cet homme de l’art et de la culture.

Au début des années 1960, lorsque radio Tunis est nationalisé, il fut appelé par Bourguiba pour la mise en route de la RTCI (radio Tunis chaîne internationale)[1] dont il été l’un des grands journalistes et animateurs d’émissions culturelles en langue française. Il y avait à titre d’exemple l’émission « L’invitation au voyage » qu’il présentait avec la grande Faïka Mellouli (laquelle animait également le fameux « concert des auditeurs »).

Mais Hamadi ben Mabrouk était surtout un grand journaliste et critique de cinéma membre de la Féderation de la Presse Cinématographique et connu notamment pour son émission sur le cinéma « à l’orée des ombres ». Le cinéma, restait sa grande passion ! Et son émission était suivi par de nombreux auditeurs à une époque, faut-il le rappeler, où le cinéma était encore à l’honneur avec le mouvement Ciné-club, la fédération des jeunes cinéastes amateurs (avec les festivals à Kélibia) encouragé il est vrai par l’Etat[2]. Une époque où le cinéma avait son public, régulier, assidu et même passionné. Et une ville comme Menzel avait encore à cette époque ses 4 salles de cinéma (Le Métropole, le Rex, le Mon-ciné et l’Olympia) qui ne désemplissaient pas. Et ce n’est pas un hasard que Hamadi ben Mabrouk fut choisi, avec bien sur le grand Tahar Chériaa, (qui fut à l’origine du développement du cinéma tunisien), comme membre du jury du 1er Festival International des Journées Cinématographiques de Carthage (JCC) qui s’est déroulé du 4 au 11 décembre 1966 dans la prestigieuse salle du Palmarium de Tunis.

Hamadi Ben Mabrouk avait durant plusieurs années rédigé dans la revue de la radio tunisienne une rubrique régulière qui portait le titre de « à l’orée des ombres » (les mémoires d’un homme de cinéma tunisien), rubrique dans laquelle il faisait revivre ses émissions radios. Une rubrique qu’il commençait d’ailleurs toujours par ces mêmes mots : « Un soir d’entre les soirs » pour immédiatement nous parler de la saison et du temps qu’il fait. Une manière de nous plonger dans l’ambiance, souvent de l’automne ou l’hiver. Sans doute voulait-il nous faire sentir aussi l’importance et la chaleur de la salle de cinéma. C’était en quelque sorte une entrée en matière non seulement du sujet qu’il allait traiter dans sa rubrique mais surtout pour nous mettre dans l’ambiance de sa ville natale et des soirées cinéma de Menzel Bourguiba. Il ne manquait jamais de nous parler de son groupe d’ami(e)s, filles et garçons, tunisiens et européens, pris par la passion du cinéma et qui fréquentaient les salles obscures. Il nous parlait souvent de la salle « Salibat » (à Ferryville et une autre portant le même nom à Tindja) dont personne n’avait jamais fait allusion jusque là. Serait-ce par hasard un ancien nom qui désignait l’une des salles existantes ou tout simplement une autre salle de cinéma dont nous ignorons l’existence même. Voilà de quoi éveiller la curiosité de certains. Il nous a même parlé de l’Olympia cette salle mythique dont, dans l’un de ses papiers de la revue, il nous retrace un peu l’histoire « Un soir d’entre les soirs ; la salle-Saliba de ma ville natale ; la Salle-Saliba de Tinja ne rouvrira son portail qu’au printemps ; une autre salle émerge de ses fondations de ma ville natale ; elle sort petit à petit du no Man’s land de terre caillouteuse de vieilles baraques en planches où gîtent de vieux célibataires tunisiens, un bric-à-brac énorme jeté là, comme un musée imaginaire d’un sorcier inconnu ; un homme, seul, de plus de 50 ans, l’a construit, pierre par pierre, 3 jours par semaine ; avec un aide, Brahim ; le père Bagur mettra plus de 2 ans pour la finir ; munie d’un plafond roulant, pour les séances d’été, elle sera la plus spacieuse des salles engoncées, dans l’esthétique à la mode de l’époque, balcon, loggias, scène classique, fosse d’orchestre, 3 catégories de fauteuils ; elle s’appellera « l’Olympia » ; elle existe toujours ; à 100 m de notre maison (…) ». On sait que cette salle mythique a été construite vers 1933 et qu’elle fut restaurée et modernisée en 1954 (ici)

Hamadi Ben Mabrouk, retraité de la RTCI depuis 1981 a joué sa dernière séance et nous a quitté le 9 juillet 1999.

Après la révolution la vie associative a connu un regain d’activité et la société civile s’est depuis réapproprié une grande partie de l’espace publique et d’expression. Et la culture comme les arts connaissent un certain essor. Le cinéma n’est pas en reste voilà pourquoi le ciné-club de Menzel Bourguiba devrait à mon sens prendre l’initiative d’organiser avec les autres associations une initiative pour rendre un hommage public à Hamadi Ben Mabrouk.

Et cette modeste contribution n’est que pour saluer la mémoire d’un homme, d’un amoureux du cinéma et de Menzel Bourguiba.

Le 20 juillet 2016

Mohsen Dridi

[1] On dit que Bourguiba avait demandé qu’on lui confisque son passeport pour l’empêcher de retourner en France jusqu’à ce qu’il mette en place la chaîne française de la radio.

[2] À l'indépendance, la Tunisie offre environ 44000 fauteuils, pour 71 salles dont 55 en format standard et 16 de format 16mm. Ce chiffre passe en 1960 à 62 salles en standard et 39 en sub-standard 16mm. La situation en 1960 donne une place de cinéma pour 27 habitants et le nombre de spectateurs est estimé à 6 millions. Le parc des salles comptait vers le milieu des années 60, une centaine de salles pour 60 000 fauteuils. Les ciné-clubs revendiquaient vers le milieu des années 70 soixante mille adhérents. (ici)

(*) une précision : notre regretté Hamadi Ben Mabrouk n'est pas né en 1928 comme je l'avais écrit lors de la rédaction de cet article mais en 1919. Cette précision je la dois à mon ami Fredj Hamdi que je remercie pour le travail à la mémoire de Hamadi Ben Mabrouk.

M.D

le 5 février 2019

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Garder vive la mémoire d'une ville (Menzel Bourguiba ex-Ferryville) et de ses habitants