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05 Apr

Humeurs : Au-delà des statues, la bataille des symboles

Publié par menzelbourguiba-ex-ferryville.over-blog.fr  - Catégories :  #"Humeurs", #"Akhbar" El Menzel, News, #Mémoire, mémoires

Humeurs : Au-delà des statues, la bataille des symboles

Humeurs : Au-delà des statues, la bataille des symboles

Le 26 mars 2016 est la date du 60ème anniversaire de l’indépendance de la Tunisie. Et un curieux débat fait actuellement polémique en Tunisie. Une polémique sur les symboles et à propos du rôle de Bourguiba dans l’histoire du pays et dans la modernité. Important certes car la société tunisienne a été particulièrement bousculée, au lendemain de la révolution et plus encore après les élections de 2011 par la fracture idéologique qui est alors apparue au grand jour. Les polémiques on porté sur les symboles et tout particulièrement au sujet des statues érigées en l’honneur de Bourguiba du temps où celui-ci exerçait un pouvoir quasi-absolu et où le culte de la personnalité était alors de mise. Et dans cette polémique de nombreuses voix se lèvent (à Tunis, Monastir, Menzel Bourguiba notamment) pour exiger par exemple que soient restituées et réinstallées ces statues aux endroits où elles étaient avant leur déboulonnage sous le règne de Ben-Ali. Et parmi les défenseurs de ces statues certains n’hésitent pas pour affirmer que le bourguibisme constitue, encore aujourd’hui, le véritable voire même le seul barrage à tous ceux qui veulent imposer au pays un autre modèle de société, sous-entendu les partisans de l’islam politique.

Réflexion fort intéressante (qu’il faut entreprendre et approfondir) car elle nous permet de revenir sur une page de l’histoire récente de la Tunisie et, du même coup, sur le long processus d’émancipation et de modernisation du pays entamé il y a prés de deux siècles maintenant. Un vent de réformes et de modernisation dans lequel tout autant les réformistes - destouriens ou non d’ailleurs - que les progressistes et surtout le mouvement syndical (Mohamed Ali Hammi, Tahar Haddad avec la CGTT, l’UGTT …) y ont joué un rôle essentiel. Bourguiba fut, en effet, non seulement un destourien éclairé mais un politique et un homme d’action qui n’a pas hésité, contre l’avis des conservateurs d’alors, à entreprendre des réformes profondes qui constituent incontestablement des acquis pour la société tunisienne. Mais, il ne faudrait pas cependant passer par perte et profit l’autre versant du bourguibisme celui-là même qui a permis que s’installe dans le système politique et étatique la répression contre les opposants (emprisonnement, procès iniques, tortures, assassinats …), l’autoritarisme, le culte de la personnalité …

Voilà pourquoi, me semble-t-il, qu’au-delà de la dimension à la fois académique et historique que cette question soulève cette polémique cache mal qu’elle sert aussi, aujourd’hui, d’instrumentalisation et de marchepied à tous les nostalgiques qui rêvent d’une restauration voire d’une contre-révolution à peu de frais. Comme si les aspirations de la révolution et les acquis gagnés sur l’autoritarisme du pouvoir n’avaient pas eus lieu. Comme si ce bouleversement profond sur tous les plans (politique, institutionnel, social, sociétal, culturel …) n’avaient pas été également et peut-être surtout une critique globale du système de gouvernance et de cette dérive inaugurés par Bourguiba et qui ont donné naissance à un avatar : Ben-Ali.

Alors un retour de la statue de Bourguiba à Menzel pose-t-elle des problèmes ?

Non si l’on est vigilent ! Et si l’on laisse les historiens entreprendre leur travail sans trop d’interférences politiciennes car rien n’est pire que quand on cherche à instaurer et imposer une « histoire officielle ». Il y a une différence entre d’une part entretenir et commémorer une mémoire et d’autre part la reconstitution et la restitution des faits historiques.

Non également si dans le même temps on (se) rappelle que parmi les premières victimes de la répression à Menzel Bourguiba il y a le regretté Hamadi Zallouz, mort dans les geôles du régime de Bourguiba en 1978. Et que le temps est venu de rendre enfin justice à ces victimes oubliées. Pourquoi dès lors ne pas donner son nom à une rue ou mieux encore renommer la place des martyrs « place des martyrs et de Hamadi Zallouz ». Et je suggère d’y planter un « arbre de la liberté » car c’est au nom de celle-ci que Hamadi Zallouz s’est battu.

Mohsen Dridi

Le 5 avril 2016

Humeurs : Au-delà des statues, la bataille des symboles
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