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06 Sep

De Thimida à Tinja : Ballades …

Publié par menzelbourguiba-ex-ferryville.over-blog.fr  - Catégories :  #Mémoire, #mémoires, #ballades ...

De Thimida à Tinja : Ballades …

De Thimida à Tinja : Ballades …

Thimida est le nom de l’ancienne cité punique dont il reste encore quelques vestiges éparpillés sur les bords de garaa l’Ichkeul.

« En latin « Thimida », en arabe « Tinga », le site de Tindja se trouve au sud-ouest de Bizerte en Tunisie sur la rive droite de l’oued Tindja et sur la plage du lac Ichkeul où l’archéologie a reconnu un établissement préromain en 1918 (F. Icard). Le matériel découvert comprenait de la céramique punique à chrome et à vernis noir, des clous, des pointes de flèches et ex-voto en plomb marqués du signe de Tanit. Des fouilles menées en 1986 ont permis une datation de l’occupation du site allant du IVe siècle au milieu du IIe siècle avant J.-C. Le site semble être un centre de production métallurgique. Il n’a pas survécu à la chute de Carthage. Tout prêt s’était développé une cité du nom de Thimida et a prospéré à l’époque romaine en réemployant sans doute les fondeurs et les artisans du centre détruit. Une nécropole s’est étendue jusqu’aux abords de l’ancien centre punique » (cf. Localisation spatiale des lieux de cultes antiques en Tunisie. wikimazigh.com)

La Tinja d’aujourd’hui est née avec la colonisation comme Menzel Bourguiba ex-Ferryville.

« Le développement de Ferryville fut fonction du développement de l'Arsenal : en 1903, après la tension politique franco-anglaise, la suspension des travaux de la Marine provoqua un arrêt brusque. Puis l'activité reprit; la ville se peupla lentement, édifiant ses immeubles en plaine, le long des voies en damier. Elle est complétée par Tindja. En 1900, le propriétaire de l'isthme lacustre eut l'idée de créer au bord de la Garaa Ichkeul un centre de petite culture pour les ouvriers de l’arsenal ; il affecta une centaine d'hectares au futur village, cent autres morcelés en lots à la plantation de la vigne. Des familles siciliennes prirent possession des premiers lots; chacune d'elles recevait en toute propriété l'emplacement de la maison qu'elle devait construire, et s'engageait à terminer la plantation en cinq ans. Au bout de ce temps, elle conservait la moitié de la propriété; l'autre moitié, divisée en petits lots, portant chacun une maison, devait être vendue aux ouvriers de l'Arsenal. En 1905, les 100 hectares de brousse étaient transformés en un vignoble prospère.

Tout commence donc en 1900 et Tindja va prendre forme petit à petit. L’arsenal et la ligne de chemin de fer sont les deux facteurs qui ont permis la naissance et le développement de Tindja :

  • 1894 : les travaux de construction de la voie de chemin de fer qui relie Bizerte à jedaïda en passant par Tinja ont commencé en 1892 et s’achevèrent en 1894.
  • 1903 : Une ligne de tramways (TFA[1]) de 5 km va être mis en place reliant justement la gare de Tindja à Ferryville jusqu’à l’arsenal pour y amener les ouvriers.
  • En 1903 un décret beylical va créer un marché hebdomadaire qui se tiendra tous les lundis (sans doute la « Place du Marché »).
  • Deux ans plus tard, en avril 1906, un nouveau décret décide que dorénavant « les déclarations d’état civil des habitants des villages de Tindja et du Transvaal reçues à Ferryville par l'Officier de l'état civil de la Commission municipale de cette localité » rattachant administrativement le village de Tindja à Ferryville.
  • 1907 l’armée française fit construire une route reliant Bizerte à Tinja.
  • 1915 -17 Construction de la ligne de chemin de fer Tindja jusqu’à l’Arsenal (la porte de Tunis) en passant par Ferryville (la gare).

Toutefois ce n’est pas de l’histoire de Tinja qu’il sera question dans ce texte (même si l’histoire est évidemment présente) mais d’une chose qui m’a paru intéressante à relever lorsque je me suis amusé à comparer la carte de l’actuelle Tinja à celle de Tindja à ses débuts, vers 1900. Intéressante et qui pourrait nous renseigner justement sur l’histoire de cette cité et sans doute également sur sa population. Elle devrait en tout cas nous inciter à aller plus loin dans l’investigation. En tout cas moi çà a chatouillé ma curiosité.

Tout d’abord dans le plan de 1900 il n’y avait pas encore beaucoup de maisons construites. Mais comme le plan de Ferryville à ses débuts (réalisé par J. Décoret) celui de Tindja était surtout composé de lotissements destinés à être vendus pour y construire des habitations. D’autre part il semble qu’une opération d’expropriation avait été nécessaire sur une partie de la zone.

Et la première chose qui éveilla ma curiosité c’est le choix des noms de rues. Ainsi sur l’ancien plan de Tindja il y a un tracé avec des rues comportant pour la plupart des N° (ex. « rue n°8 » …). Seules quelques rues portaient des noms. Et curieusement il y avait comme une sorte de règle dans la répartition de ces noms. Par exemple les rues en parallèle à la voie de chemin de fer portaient presque toutes des noms en rapport avec la Tunisie (rue de Tunis, rue de Bizerte, avenue de Mateur et rue de Mateur ou encore avenue de la gare et rue de la gare, rue du marché …) tandis que les autres, celles situées à la perpendiculaire, portaient quant à elles des noms à référence française telle la rue de France mais aussi les rues de Brest, de Lorient, de Toulon …).

Simple hasard ? Sûrement pas ! Et si le choix des noms français nous renseignait sur la composition de la population de Tindja ? Du moins de la population française. En effet on sait que pour Ferryville il y avait surtout des bretons, des méridionaux (notamment des corses et des toulonnais), des lyonnais (encore que les concernant il s’agissait surtout de capitalistes et des investisseurs financiers et moins de résidents). Je n’irai pas jusqu’à dire que les habitants vivaient en communautés fermées dans différents quartiers et différentes rues, mais que simplement ce choix nous apportait une information intéressante sur la composition de la population. Et elle ne se distinguait pas de celle de Ferryville : Des Bretons et des méridionaux. Certes on sait qu’il y avait des siciliens à Tindja et pourtant il n’y avait pas de noms de rue qui évoque la Sicile. Du moins pas officiellement sur le plan. On sait par exemple que pour Ferryville il y avait « la grande Sicile » et le « quartier sicilien » (le quartier de l’Olympia et de la petite Sicile), ou encore la « rue des arabes » mais il s’agit davantage de lieux dits que de noms officiels. Alors peut être qu’à Tindja il y avait également des « lieux-dits » que les anciens de Tinja ont encore en mémoire ?

Ah, au fait, il y avait tout de même une « rue Joseph Décoret » (un clin d’œil au fondateur de Ferryville[2]) mais il semblerait qu’elle a été rebaptisée « rue Manceron » comme le montre un autre plan de Tindja du début des années 1950 (ici). Il y avait bien entendu « l’avenue de l’Arsenal » (actuelle « avenue de l’Indépendance ») qui est tout simplement la rue qui traverse Ferryville en passant par l’avenue et sur laquelle circulait à l’époque le tramway TFA. Et comme cela va de soi il y avait des places publiques : « place du Marché », « place Aouana » (en référence à un ancien henchir), « place de la gare », "place du Parvis" (la place de l’église ?) ….

Par contre les rues qui ne comportaient que des N° ou des lettres de l’alphabet sur le tracé de 1900 des noms leur ont été par la suite attribuées : comme par exemple la « rue A » qui traversait la place du marché prendra plus tard le nom de rue Pasteur. La rue N°6 deviendra rue Gabriel Alapetite[3], le rue N°7 elle prendra le nom de « rue de la Medjerda »… . Evidemment après l’indépendance elles ont à nouveau été rebaptisées.

Que reste t-il aujourd’hui de ces tracés ? L’ancienne « rue de France » a été rebaptisée « rue du Canal », quant à la « rue du Marché » elle sera baptisée « rue Tarek Ibn Zied ». La « rue de Tunis » comme la « rue des écoles » (qui n’apparaît que sur le plan du début des années 1950), elles, ont conservé leurs noms anciens.

Voilà juste une petite ballade à travers le temps et l’espace. Et comme on le voit Tinja et Menzel Bourguiba (ex-Ferryville) sont deux cités que tout rapproche, la géographie comme l’histoire.

Mohsen Dridi

Le 6 septembre 2015

Pour voir les autres articles du blog concernant Tindja :

Mais où est donc passé le pont de Tinja ?
Ferryville – Tinja : Deux cités que tout rapproche, surtout l’histoire
Chronologie succincte de Menzel Bourguiba

[1][1] La Compagnie des Tramways de Tindja-Ferryville-Arsenal et prolongements avait même son siège social à Tindja.

[2] Surement que comme pour Ferryville on retrouve à Tindja les mêmes financeurs et constructeurs telle la fameuse Sté Nord africaine.

[3] Gabriel Alapetite (1854 – 1922) : Résident général en Tunisie de 1906 à 1917.

Quelques compléments au sujet de Tinja

En 1904 Le résident général Stephen Pichon confia à Emile Violard le soin de rédiger un rapport. C’est ainsi que ce dernier rédigea son rapport sous le titre de « La Tunisie du Nord: Les Contrôles Civils de Souk » (et que m’avait d’ailleurs signalé il y a quelques temps déjà Michel Busuttil que je remercie chaleureusement). Dans ce rapport E. Violard ne signale pas Thymida mais nous parle de « Theudalis » une cité antique qui se composait alors de deux villages : l’Henchir Tindja et l’Henchir El-Aouana[1].

Pour l’instant contentons-nous du contenu du rapport d’E. Violard concernant Tindja :

« Ferryville. " En 1897, un ancien élève de l'Ecole des Arts et Métiers de Châlons,- M. Décoret, se rend acquéreur de l’henchir Nacef, au sud-ouest du lac, et c'est sur ce point que quelques mois après, l'amiral Gervais, repoussant tous les autres emplacements proposés, décide de construire l'Arsenal. Décoret cède à la Marine le terrain dont elle a besoin et conserve soixante hectares autour de l'Arsenal. Ferryville était créé, et Décoret était le propriétaire de Ferryville. Les premiers travaux de la Marine commencent en 1898; en même temps surgissent du sol les premières maisons de la cité ouvrière. De tous côtés, les capitaux affluent; c'est à qui achètera des terrains à Ferryville, moyennant 5, 10 et 15 Francs le mètre. Décoret, en six mois fait fortune; mais le malheureux qui, avant de rencontrer le Pactole, avait péniblement cheminé par les sentiers épineux, anémié par le paludisme, est emporté à 30 ans, par un accès de fièvre infectieuse.

Cependant son œuvre est reprise par son ami, M. Paul Favrot, avocat à Tunis ».

(…)

« Tindja. — En même temps qu'il s'occupait de Ferryville, M. Favrot avait eu l'idée de créer à Tindja, dans cette sorte d'isthme situé entre les lacs de Bizerte et d'Achkel, un village qui répondît aux besoins d'une catégorie d'ouvriers de l'Arsenal. Ferryville serait la cité; Tindja serait le centre, semi-urbain, semi-rural. L'une aurait les avantages de l'agglomération populeuse; l'autre posséderait le charme de la villégiature ouvrière, basée sur la possession du home séparé et entouré d'un jardinet.

Tindja offrait tout ce qu'il fallait pour la réalisation de ce programme : le site en est séduisant; son lac, le mont Achkel qui se dresse au milieu des eaux, les cimes des Mogods qui ferment l'horizon, constituent un paysage gai et varié ; les terres se prêtent parfaitement à la culture fruitière et maraîchère; le climat est sain; enfin il existe sur ce point une nappe d'eau douce excellente et peu profonde.

M. Favrot acheta 246 hectares de terres à Tindja, en affecta 100 au futur village et donna de suite 100 autres hectares à planter en vignes : « Pour la plantation de ce vignoble, dit M. Favrot, j'eus recours à la main d'œuvre sicilienne. Le terrain fut divisé en une dizaine de lots, de 4 à 20 hectares, et sur chacun d'eux on installa une famille de Siciliens, avec promesse de leur céder, en toute propriété, l'emplacement où ils établiraient leur maison. Quant à la plantation, elle devait être terminée au bout de la cinquième année; à ce moment, la moitié de la surface plantée reviendrait aux Siciliens, en toute propriété, comme fruit de leur travail. En huit jours tous les lots étaient retenus. Je me hâte d'ajouter que mes prévisions se sont réalisées au-delà de mes espérances. Ces colons ont fait merveille, et aujourd'hui, après cinq années, les 100 hectares de broussailles sont transformés en un vignoble parfaitement réussi, où douze familles italiennes vivent et en assurent l'entretien en attendant son lotissement entre les ouvriers de l'Arsenal — car, ne l'oublions pus, c'est le but que nous poursuivons.

« Nos Siciliens auront créé la valeur que d'autres exploiteront, comme le maçon construit la maison qu'un autre vient occuper. Et si cet ouvrier de la première heure réussit à se ménager une petite place dans la colonie qu'il a contribué à fonder, y a-t-il lieu de le regretter ? Indépendamment de la question de justice, serait-ce pour notre race un préjudice notable que de s'enrichir de quelques apports nouveaux qui rajeuniraient son sang et activeraient sa vitalité ? »

La plantation du vignoble étant assurée, en commença le lotissement des terrains qui entourent la gare : mais, malgré les facilités d'achat offertes par les propriétaires, malgré l'établissement d'un tramway reliant Tindja à Ferryville, malgré la fertilité d'une région bénéficiant d'un régime exceptionnel, pour les causes que nous avons ci-dessus relatées, les ouvriers français ne vinrent pas, les maisonnettes vides se dégradent et le tramway roule sans voyageurs. La crise, nous le démontrerons dans nos conclusions, touche à sa fin. Et nous verrons bientôt Tindja, faubourg de Ferryville, le coin de repos où les ouvriers de l'Arsenal se rendront après la journée de labeur, comme ils se rendent de Toulon à la Valette ou au Mourillon.

La population de Tindja est actuellement de 304 habitants : 175 Français, 125 Italiens, 4 Musulmans, 3 Juifs. L'école primaire mixte reçoit 22 élèves : 17 Français et 5 Italiens ».

Voilà des propos et des éléments qui éclairent un peu plus l’histoire de Tinja.

MD

Le 07 septembre 2015

[1] E. Violard qui reprend des travaux d’archéologues parle d’une cité portant le nom « Theudalis ». Pourtant selon d’autres sources plus récentes il semblerait que Theudalis n’est autre que l’ancien nom que portait l’actuelle Menzel Djemil. D’autres travaux encore pensent que Theudalis serait le nom de l’Henchir El-Aouana.

De Thimida à Tinja : Ballades …
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Busuttil Michel 06/09/2015 18:40

Mohsen tu es un chercheur infatigable. Merci pour cela

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