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18 Aug

1962 : Et l’aventure du « Club des jeunes » de Menzel commença ! (I)

Publié par menzelbourguiba-ex-ferryville.over-blog.fr  - Catégories :  #Mémoire, #mémoires, #ballades ..., #Chroniques culturelles, #Vie associative-Citoyenneté

1962 : Et l’aventure du « Club des jeunes » de Menzel  commença ! (I)

1962 : Et l’aventure du « Club des jeunes » de Menzel commença ! (Première partie)

Il reste peu de traces de cette importante initiative née au début des années 1960 qui a, il faut le dire, marqué la mémoire de notre génération. Il reste tout juste l’espace qui en servait de lieu et qui est situé au premier étage de la salle des fêtes mais qui sert aujourd’hui de salle de mariage. Et pourtant nous sommes nombreux à y avoir participés activement ou simplement à l’avoir accompagné. Quelques uns de ces acteurs ne sont malheureusement plus là. Il serait vraiment dommage que cette expérience et cette aventure disparaisse par l’oubli, tout simplement. Si il y a peu de documents (écrits, photos …) il reste toutefois nos souvenirs.

Après moult et moult tentatives, sollicitations et beaucoup d’hésitation pour lancer le travail de mémoire, cette année 2015 c’est Hassen Béjaoui qui décida, enfin, de se lancer dans le bain. Il a, il faut le dire, l’énorme avantage que, outre ses propres souvenirs en tant qu’acteur qui a suivi de très prés cette expérience, il a pu accéder à quelques documents écrits et autres photos de l’époque héroïque des débuts du « club »[1]. Et c’est ce qui nous a motivés et nous a décidés de remonter le cours des choses et des évènements afin de reconstituer une partie de l’histoire du « Club » qui s’étale de 1962 à 1975.

Bien sur il s’agit ici de souvenirs et de mémoire de quelques uns. Il s’agit en l’occurrence ici de Hassen Béjaoui et Mohsen Dridi[2]. Une grande part de subjectif – à côté de faits confirmés et incontestables bien sûr - est donc inévitable. L’intérêt est que ce premier texte soit à son tour alimenté, confirmé ou infirmé, par d’autres souvenirs et d’autres faits, d’autres personnes sur cette aventure du « club des jeunes ». Il faut espérer maintenant que ce premier pas soit suivi par d’autres. Car nous avons été très nombreux à y avoir participés et chacun(ne) a sa propre contribution à faire valoir de redonner vie et alimenter cette page de notre mémoire collective.

1962, les premiers pas du « club » …

On sait que la salle des fêtes a été construite dans les années 1925-26. Elle fut par ailleurs endommagée durant la guerre de 1939-45 par des bombardements. La salle des fêtes telle que conçue à l’origine comprenait déjà un étage et dont une partie, le premier niveau, était aménagée comme « salle de musique » selon les plans de l’architecte (sans doute devait-elle servir aux répétitions). Il y avait bien sûr la grande salle du premier étage qui ne sera vraiment utilisée qu’après les travaux de réaménagement en 1956-57, travaux qui vont durer plus de deux années et prendre fin en 1959[3].

Mais rappelons tout d’abord le contexte et comment le club, pour les jeunes que nous étions, est arrivé, pour ainsi dire, comme une bulle d’oxygène : L’indépendance de la Tunisie est proclamée en 1956. Ferryville est rebaptisée Menzel Bourguiba. Conséquences de la guerre de Bizerte en juillet 1961 la ville se vide de la majorité de sa population européenne et même israélite. La plupart des commerces vont fermer. L’activité de la construction navale de l’arsenal, très liée à la présence militaire française, tourne au ralenti et de nombreux ouvriers tunisiens sont obligés d’aller chercher du travail ailleurs. Le nouveau pouvoir tunisien tarde à se mettre en place. Menzel est alors quasiment une ville fantôme. Et pourtant les jeunes ne manquaient pas et l’envie de faire des choses tout aussi forte.

C’est à ce moment que Habib Chebil (mais également son frère Ezzedine et Cherif Khamassi) eu cette idée de lancer le club des jeunes, une sorte de maison de la jeunesse d’éducation civique et patriotique. Une démarche est alors faite auprès du président de la municipalité Hmed Ben Hamida (premier maire de la ville après l’indépendance) qui en accepta l’idée et débloqua des moyens pour l’aménagement intérieur du premier étage (construction d’une scène, d’une buvette, réalisation du faux plafond, aménagement des petits bureaux, peinture d’une grande fresque …).

Ainsi commença l’aventure du « club des jeunes de Menzel » et son premier comité était alors composé de : Chérif Khamassi (Président), Habib Chebil (Directeur artistique), Youssef Loukil (St-général), Mustapha ben-Yeder (trésorier), Hager Ben-Yeder (trésorière adjointe), Mohamed Salah (St-G adjoint).

Il y avait, en tout cas au début et dans toute la période que nous retraçons ici, quelque part un « esprit scout » au bon sens du terme et c’est ce qui explique l’engouement des jeunes qui y ont participé.

Les activités du « Club »

Il est évident que le «Club», un espace d’animation pour les jeunes, ne pouvait que s’articuler autour de l’action culturelle. Et le regretté Habib Chebil qui en a été le principal initiateur et animateur nous a d’emblée plongé dans le monde de l’art et de la culture.

Une petite note personnelle avant d’aller plus loin par cet extrait d’un texte que j’avais rédigé en mémoire de Habib Chebil : « Ce que je retiens de cette expérience et que je voudrais faire partager c’est l’empreinte de Habib Chebil, l’artiste avant tout. Car rassembler des dizaines de jeunes et les initier à travailler collectivement dans des domaines artistiques aussi riches que variés pouvait sembler à priori une gageure. Et pourtant je crois que nous avons réussi non seulement à concrétiser notre travail à travers des films, des pièces de théâtre … mais également par le fait nous travaillions de manière transversale (chacun participait d’une manière particulière à presque toutes les activités) et où le principe de l’échange mutuel était la base. Certes cela dépendait de la volonté de chacun de participer aux activités du «Club» des jeunes mais incontestable l’empreinte de Habib Chebil, artiste jusqu’au bout des ongles, nous avait marqué. Elle nous a permis de traverser les différents arts (cinéma, théâtre, musiques, peinture …), les différentes cultures aussi (de Mohamed Abdelwaheb à Remsky Korsakov en passant par le Rock and roll, le malouf et la danse folklorique), comme on traverse les époques. Je me souviens par exemple de la fresque géante, une œuvre d’art, qu’il a peinte sur l’un des murs à l’entrée du «Club», une sorte d’invitation à tous ceux qui passaient, et qui de nos jours n’existe malheureusement plus car effacée non par le temps mais par la bêtise et surtout l’indifférence des hommes. Il est vrai que le «Club» a été transformé en salle de … mariage. Tout un programme quoi ! » (ici).

Et la fresque murale pour commencer. En effet on ne peut parler du « club » sans rappeler que Habib Chebil, artiste multidimensionnel, y avait peint sur l’un des murs en face de la scène une de ses œuvres admirable : Il s’agit d’une fresque murale de près de 20 m de large. Une peinture d’art moderne qui été malheureusement effacée non par le temps mais par la bêtise des hommes qui n’ont rien trouvé de mieux que de la gratter et re-badigeonner le mur. Comme s’ils voulaient en effacer non seulement la trace mais l’esprit qui était en elle. Heureusement qu’il reste une photo (en noir et blanc) de cette œuvre.

Théâtre, musique, danse folklorique, cinéma, journal … voilà donc les grands axes autour desquels étaient animées les actions du «Club».

Et bien sûr en premier lieu le théâtre[4] une des passions de Habib Chebil. Une expérience inoubliable pour tous ceux et celles (car il y avait à l’époque plusieurs filles qui participaient aux activités) qui l’on vécu. Inoubliable et innovante même par certains aspects. Hassen Béjaoui qui en était l’un des principaux acteurs raconte : « Les textes des pièces étaient écrites par habib Chebil qui choisissait les acteurs en fonction de leur savoir-faire, leur motivation, leur travail lors des répétitions … . Il nous regroupait tout d’abord autour d’une table et nous faisait en premier lieu des cours sur l’histoire du théâtre et les différentes formes de cet art (théâtre classique, Brecht …). A l’italienne comme on dit. Ensuite c’est le temps des répétitions sur scène où il nous enseignait les éléments et les techniques de base (les déplacements, l’expression corporelle …). Mais l’activité théâtrale ce n’était pas que les acteurs (trices) c’était aussi tous ceux qui agissaient et travaillaient dans les coulisses ou pour la préparation des décors, des lumières, du maquillage, des costumes … »[5].

Information également intéressante fourni par Hassen concerne justement la réalisation des décors pour l’activité théâtrale « Le décor était réalisé sur croquis par Habib Chebil et confié à l’ensemble de l’équipe pour la construction. Mais néanmoins sous la responsabilité de jeunes professionnels souvent d’ailleurs ouvriers à la SOCOMENA et en même temps membres actifs du «Club» à l’exemple de Habib « scotch » chargé de la menuiserie. Il y avait Mohamed Kchouk « Deutch » pour tout ce qui est électricité ou encore Ali « Pinceau » pour la peinture et le badigeonnage. Vivre ensemble autour d’un projet culturel était devenu non seulement un besoin et chacun y trouvait, à titre personnel, une réelle satisfaction morale et culturelle ».

Pensez donc en dix ans d’activités théâtrales au sein du «Club» (1963 – 1972) nous avions, en tant qu’amateurs faut-il le rappeler, réalisé un petit répertoire non négligeable à commencer par « La petite barrière », puis « Rencontre », « Docteur Handous », « Laurel et Ardy », « Bastawissi » et « le cercle vicieux[6] ».

Et les acteurs qui ont directement joué dans ces différentes pièces sont les suivants (par ordre alphabétique) : Belgacem Balti, Hassen Béjaoui, Hassen Béjaoui (2), Mahmoud Mahjoub, Mongi Gabteni, Frej Hamdi, Tahar Jélidi, Najoua Jouini, Mohamed-habib Jamazi, Arbi Kaouane, Chérif Khamassi, Tarek Larbi, Abderrazak Rhouma, Mahjoub Soltani, Noureddine Soula …

D’ailleurs tout ce travail autour du théâtre n’a pas disparu avec la fin du « Club ». Il y a eu une transmission certaine de cet engouement pour le théâtre et cela contribua à la mise en route à la fin des années 1970 du comité culturel local qui anima des années durant le festival annuel de Menzel Bourguiba. Et en particulier la constitution de la troupe de théâtre locale qui participa notamment aux différents festivals de théâtre amateur de Korba.

***

(à suivre)

[1] Les photos utilisées ici nous ont été aimablement données par Chérif Khamassi «(« Caïd Chérif » pour beaucoup d’entres-nous car il a été la cheville ouvrière du mouvement scout à Menzel Bourguiba) qui détient de nombreuses archives de cette époque. De plus C. Khamassi a été l’un des animateurs et acteurs, avec Hédi Sanaa, de l’action théâtrale localement.

[2] Pour ma part, et alors que j’étais encore en apprentissage à la DCAN, c’est notre ami Khaled Chébil qui un jour, alors que nous étions attablés à la terrasse du café « Azzouz » en face du Farfadet, m’a proposé de participer aux activités du club qui en était à ses débuts.

[3] L’architecte chargé du plan était un certain Jean Roger de Tunis et l’entreprise qui avait été retenue pour l’exécution des travaux était la Sté Joseph CATANESE de Ferryville. Quant au RDC de la salle il avait été utilisé durant une longue période comme dépôt et lieu de stockage de divers matériels appartenant à la municipalité.

[4] Il a en effet existé à Ferryville, dès 1916, une troupe de théâtre du nom de Groupe Artistique de Sidi Abdallah. Après l’indépendance une activité théâtrale s’était poursuivie autour notamment de Ms. Hédi Sanaa et Chérif Khamassi.

[5] A nouveau une petite incursion personnelle : Je me souviens que nous avions réalisé tout le jeu de lumière (pour la rampe ou pour l’éclairage de la scène) par les moyens du bord en utilisant par exemple des pots de fleurs en terre cuite qui servaient de projecteurs. Pour ma part j’avais la charge, dans l’une des scènes d’une des pièces de théâtre, de simuler la tombée des flocons de neige fabriqué à l’aide de matériaux d’emballage léger préalablement découpé en tous petits morceaux. Perché au dessus de la scène, invisible du public, je déversai lentement mes flocons de neige sur les acteurs. Une autre activité, bien plus tard, dans une autre pièce de théâtre (la pièce s’intitulait « Le cercle vicieux ») consistait à faire le suivi des acteurs avec enfin un vrai projecteur.

[6] « Le cercle vicieux » est en fait une réalisation du groupe de théâtre qui naîtra à la suite du « club », sous l’égide du comité d’organisation du festival annuel de Menzel Bourguiba. la pièce de théâtre « le cercle vicieux » fut écrite par Mahjoub Soltani et mise en scène par Fredj Hamdi. Cette pièce fut sacrée lauréate lors du festival du théâtre amateur de Korba en 1977 mais néanmoins … interdite publiquement. Mahjoub Soltani : amateur de théâtre, écrivain et poète. En 1969 Mahjoub a joué un rôle dans une pièce intitulé « les plumes et les racines » une pièce écrite par Mohamed Driss et qui fut présentée une première fois en mai 1969 dans la coupole d’El-Menzah pièce dans laquelle jouait également l’acteur Raouf Basti. Mahjoub Soltani est surtout connu pour ses poèmes.

1962 : Et l’aventure du « Club des jeunes » de Menzel  commença ! (I)
1962 : Et l’aventure du « Club des jeunes » de Menzel  commença ! (I)
1962 : Et l’aventure du « Club des jeunes » de Menzel  commença ! (I)
1962 : Et l’aventure du « Club des jeunes » de Menzel  commença ! (I)
1962 : Et l’aventure du « Club des jeunes » de Menzel  commença ! (I)
1962 : Et l’aventure du « Club des jeunes » de Menzel  commença ! (I)
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1962 : Et l’aventure du « Club des jeunes » de Menzel  commença ! (I)
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