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04 Apr

Ballade : Une traversée de Ferryville en … 1899

Publié par menzelbourguiba-ex-ferryville.over-blog.fr  - Catégories :  #Mémoire, #mémoires, #ballades ...

Ballade : Une traversée de Ferryville en … 1899

Ballade : Une traversée de Ferryville en … 1899

Tout commença pour moi avec une simple photographie que j’avais trouvé sur le site de la BNF. Une photographie qui m’intrigua dès le départ car j’avais un peu de mal à situer certains des bâtiments qu’elle donnait à voir. La photographie datait de la fin du 19ème ou début du 20ème siècle et Ferryville était encore un petit village qui évoluait au fur et à mesure de la construction de l’arsenal et donc des besoins de la population. Les constructions sont éparses mais on voyait bien, vu les tracées des routes, qu’elles évoluaient, comme l’avaient noté les historiens, à partir d’un plan. Pour ma part je la situerai avant 1903 et vous en comprendrez la raison en suivant les explications à travers la ballade qui va suivre.

Après un rapide coup d’œil sur cette photographie je pensais avoir identifié quelques-unes des constructions mais, petit à petit, un léger doute commença à s’installer dans mon esprit. Malgré tout et comme toujours la curiosité l’emporta et m’incita à pousser mon investigation un peu plus loin. Je vais donc vous en présenter les différentes péripéties car la méthode et le processus de recherche sont aussi importants que le résultat final.

La photographie (comme vous pouvez le constater par vous-même) présentait deux prises de vue de Ferryville : l’une prise de la cour de la poste (ce qui laisse supposer que celle-ci est encore en construction puisqu’elle fut achevée en 1899), l’autre prise à partir du lac.

La première vue, celle prise de la cour de la poste, donne quelques indices : l’existence d’un hôtel laissait supposer qu’il s’agit, en toute logique, de l’hôtel de l’Amirauté (l’actuel café Bagdad) et donc que la grand ‘route bien visible ne serait autre que le tracé de l’avenue qui mène jusqu’à la porte de l’arsenal. Voilà donc un point de départ intéressant. Bien sûr l’hôtel n’a encore qu’un simple rez-de-chaussée (laissant supposer que l’étage fut construit dans une seconde étape). Pour mémoire cet hôtel (en mauve foncé sur la première photo) dont la construction commença dès 1895 fut achevée, dans sa forme actuelle, en 1903[1] (pour les curieux - et avant que cette trace ne soit effacée par le temps et surtout l’action des hommes - la date 1903 est toujours visible sur le haut de la façade du bâtiment).

Partant de ce point de départ j’en déduisis que la construction avec étage à droite de l’hôtel et un peu plus bas dans la rue de Corse (enfin logiquement) devait être vraisemblablement (mais avec un petit doute) le bâtiment où devait siéger la Commission municipale en 1905 (en jaune sur la première photo) et ce jusqu’en 1914 date de l’inauguration de l’actuel Hôtel de ville (ici). D’ailleurs ne distingue-t-on pas (on le devine surtout) la future place du marché où sera construit plus tard le kiosque à musique ? D’où cette conviction que le petit bâtiment plus bas sur l’avenue faisant l’angle avec la rue des arabes (ex rue Courbet) devait être donc le café au dessus duquel sera construit le futur hôtel de Londres (en bleu sur la photo). Et un peu plus loin devant on aperçoit les fameux hangars « Donnet » (en rouge) cet imposant atelier servant à la construction d’hydravions dès 1914 et qui allaient servir durant la première guerre mondiale. Pour en être tout à fait sûr (enfin presque) j’ai agrandi la photo au point d’en distinguer certains détails et notamment sa façade avec la porte d’entrée et la grande fenêtre sur sa gauche telle quel encore aujourd’hui. D’ailleurs la photographie (en raison de la technique de l’époque) élimine toute la profondeur du site et lorsqu’on l’agrandi on distingue aisément cette profondeur et l’on voit bien les tracées des différentes routes qui croisent l’avenue (la rue Francklin actuelle rue Ibn Sina, la rue Lockroy actuelle Habib Thameur, la rue de la République, la rue Courbet actuelle rue de Palestine …). Ce qui, vous vous en doutez, me réconforta et me poussa à continuer mes investigations.

A gauche du café (que j’appellerai de « Londres ») en remontant la rue des Arabes il y a un grand bâtiment qui devrait être l’immeuble Ben-Yedder (en rose sur la photo). Voilà pour l’essentiel concernant la première photo.

La seconde prise de vu (celle vu du lac) me posa par contre quelques difficultés. Au point que je l’ai soumise pour avis à quelques amis sur facebook. Le temps a passé et pour être franc ayant d’autres activités plus urgentes j’avais alors quelque peu délaissé le décryptage de la fameuse photographie. Mais pas pour longtemps. A l’occasion d’un récent voyage en Tunisie pour participer au Forum social Mondial de 2015 j’ai, à l’issu du FSM, évidemment fait un petit crochet par Menzel pour y voir la famille et les amis. Et pour tout dire avec également la ferme décision d’aller repérer sur place la fameuse photographie que j’avais amenée dans mes bagages. La raison est que cette seconde prise de vue à partir du lac m’intrigua. Le seul indice que j’avais cru repérer était le fameux bâtiment, jouxtant le marché, où devait siéger à partir de 1905, la Commission municipale. Je l’avais repéré par la façade et le nombre de portes et de fenêtres qu’il comportait. Mais le doute persistait. Il me fallait donc impérativement trouver d’autres indices plus probants. Pour tout dire j’avais déjà repéré une construction dont l’architecture typique du Ferryville de l’époque avait immédiatement éveillé ma curiosité. Je m’étais dit qu’une telle façade ne pouvait passer inaperçue et que je n’aurai pas trop de mal à la retrouver. D’autant qu’elle se situait à droite de la photo ce qui faciliterai incontestablement ma recherche.

C’est d’ailleurs ce point qui m’incita à demander l’avis de quelques amis menzéliens. Curieusement personne ne l’avais reconnu. Voilà de quoi m’intriguer encore plus au point de me demander si la seconde photo n’était pas simplement un faux ou une erreur du journal de l’époque. Cette idée m’avait traversé l’esprit dès le début de toute cette histoire. Car une chose importante manquait sur cette photo : L’église[2]. Incompréhensible mais … dans le même temps il y avait un autre indice quasi incontestable c’est l’Ichkeul que l’on voit superbement au fond de la photo. Et là il n’y a aucun doute c’est bien notre Ichkeul avec cette forme particulière et reconnaissable entres toutes. Donc, pas de doute, cette construction existait bel et bien et il me fallait la trouver. J’y ai passé prés de deux jours dans la zone en question (entre les caroubiers et le quartier de l’Olympia). Car c’est là qu’elle devait nécessairement se trouver. Et je l’ai finalement trouvé ! (voir la photo ci-dessous)

Je l’ai trouvé alors même que j’avais décidé d’abandonner mes recherches. Curieusement c’est souvent comme ça que les choses arrivent. En effet et par le plus grand des hasards alors que je passais dans la rue Hassen Nouri (ex rue Marceau) parallèle à la rue Hoche mon regard est attiré, comme un aimant, par une maison comportant justement une arcade identique à celle sur la photo. Revenant sur mes pas je pénétrai dans une sorte d’entrée qui me dévoila ce que je recherchais vainement. Une maison, à droite, identique à la photo puis au fond du couloir à ciel ouvert un immeuble tel que celui sur la photo (en vert). Une chose manquait cependant à ce tableau : une seconde maison, identique à la première, devait obligatoirement se trouver à gauche de l’entrée et en vis-à-vis de l’autre maison. Il y avait bien une grande maison avec étage mais qui ne ressemblait pas (ou plus) à l’originale. Cette demeure avait apparemment subie une transformation totale c’est l’explication la plus plausible. Dommage ! Et quel gâchis pour le patrimoine architectural. Mais cette construction est bien celle que je recherchais et pour moi il n’y avait plus de doute. Non seulement pas de doutes mais elle me replongea dans mon enfance et c’est justement à cet instant que je compris pourquoi cette construction m’avait intrigué dès le départ. C’est là en effet, dans cette cour, que demeurait la famille Dékhil et mon regretté ami d’enfance et de classe Hmaïda Dekhil (décédé brutalement il y a très longtemps) et dans laquelle nous nous retrouvions souvent, car à cette époque toutes nos familles se connaissaient et nous étions chez les unes ou chez les autres comme des poissons dans l’eau.

Et pour être sûr de ne pas me tromper je décidais de poursuivre ma ballade pour repérer d’autres indices. Et en effet je pense avoir retrouvé sur le Bd Carnot (les caroubiers) la maison de la famille Dabdoud (en orange sur la photo) et en descendant vers la gauche j’ai également identifié, juste après l’avenue, d’autres maisonnettes qui ressemblent à celles sur la photo (en bleu ciel).

Ce qui m’a incité à faire et partager avec vous cette petite ballade dans l’espace et à travers l’histoire c’est, malgré tout, cette formidable capacité de résistance au temps de ce patrimoine architectural et urbain qui fait la fierté de notre cité. Une résistance aux aléas du temps mais malheureusement pas à la malveillance et/ou à l’indifférence des hommes.

Mohsen Dridi

Le 5 avril 2015

[1] Pour mémoire c’est dans cet hôtel de l’Amirauté, en octobre 1900, que le propriétaire d’alors, M. Souillac avait accueilli les ministres français de la guerre et de la marine pour leur offrir un apéritif d’honneur.

[2] Cette église dont la construction commença en 1893 fut inaugurée en 1899. Dans ce cas soit elle n’est pas encore construite soit elle est hors champ et c’est, à mon avis, l’explication la plus plausible compte tenu de l’angle de la prise de vue.

Ballade : Une traversée de Ferryville en … 1899
Ballade : Une traversée de Ferryville en … 1899
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jelassi 05/04/2015 19:29

http://gallicalabs.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k344626/f222.zoom

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