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26 Jan

Humeurs (1) : Tunis février 2013 - Paris janvier 2015 : quelque chose d’essentiel était en jeu !

Publié par menzelbourguiba-ex-ferryville.over-blog.fr  - Catégories :  #"Humeurs", #Chroniques sociales et politiques

Humeurs (1) : Tunis février 2013 - Paris janvier 2015 : quelque chose d’essentiel était en jeu !

Humeurs (1) : Tunis février 2013 - Paris janvier 2015 : quelque chose d’essentiel était en jeu !

Tunis le 6 février 2013 :

« Ils ont tué Chokri Belaïd ! » Voilà ce que l’on ne cessait de répéter il y a un an en ce 6 février 2013 à Tunis et ce cri se propagea comme une trainée de poudre dans toutes les régions et villes du pays. L’émotion t la colère étaient ce qui rassemblaient en un même élan tous les Tunisien(ne)s (à l’exception des islamistes). Les manifestations spontanées avaient éclaté partout. « Nous sommes tous Chokri Belaïd ! » était le slogan et le cri de ralliement de toutes et tous en Tunisie comme partout dans le monde.

Les terroristes avaient assassiné un militant politique de gauche mais la réponse du peuple a été cinglante : « Nous sommes tous Chokri Belaïd ! ». Les centaines de milliers de manifestants n’étaient pas, loin de là, tous de gauche. Le peuple, en tout cas ce peuple là (car chaque grand évènement historique créer et rassemble le peuple qui lui correspond), qui était descendu spontanément exprimer sa colère avait senti l’importance et la symbolique de l’évènement et avait compris que quelque chose d’essentiel était en jeu.

Bien sur, comme à chaque fois, quelques uns ont tout fait pour tenter de minimiser l’évènement et certains même n’ont pas hésité à avancer les explications les plus farfelues. Rien n’y a fait le peuple s’est à nouveau manifesté massivement pour accompagner la dépouille, le 8 février 2014, lors des obsèques de Chokri Belaïd.

Paris le 7 janvier 2015 :

« On a tué Charlie Hebdo » avaient crié les terroristes qui ont assassiné 12 personnes en ce mercredi 7 janvier 2015.

« Nous sommes tous Charlie ! » tel est, en réponse, le cri de centaines de milliers de personnes qui ont immédiatement convergé vers les grandes places publiques de Paris et de toutes les villes pour exprimer leur émotion et leur colère. « Nous sommes tous Charlie ! » avaient à nouveau scandé, dans le calme, la dignité et la détermination, les millions de citoyen(ne)s - l’exception cependant de l’Extrême droite et des courant identitaires - qui sont descendus dans les rues en ce 11 janvier 2014.

Charlie-Hebdo n’était pas un journal à grand tirage et les ventes ne dépassaient pas d’ordinaire les 50 à 60 milles exemplaires. Son crédo : un journal libertaire, composé de libres-penseurs, qui avait choisi la caricature et la satire pour dénoncer les puissants et leurs suffisances où qu’ils soient et d’où qu’ils viennent mais aussi pour tournée en dérision la bêtise quel que soit son auteur. Toutes les croyances et toutes les églises en avaient pris pour leur grade. Que l’on soit d’accord ou pas avec eux cela avait peu d’importance aux yeux des journalistes de Charlie Hebdo. Et nombreux étaient ceux et dans tous les milieux qui n’appréciaient pas leur liberté de ton : parmi les catholiques, les protestants, les juifs, les musulmans, les athées, les laïcs, les patrons, les milliardaires, les gens de la finance, la droite et la gauche, les socialistes, les communistes, les conservateurs, les réactionnaires, les Le Pen, les identitaires …. La liste serait trop longue.

Et pourtant, le fait est là, des millions de citoyen(ne)s sont descendus dans la rue, dans toutes les villes en France et à travers le monde. « Nous sommes tous Charlie ! ». Tous ces gens ne sont pas des abonnés ou des lecteurs de Charlie-Hebdo, loin de là ! L’explication est à chercher ailleurs dans le sentiment profond que, à travers l’assassinat de Charlie Hebdo, quelque chose d’essentiel était en jeu. Là également c’est l’évènement qui a produit et rassemblé le peuple, un peuple qui s’est identifié intimement à la symbolique de l’évènement. Les gens sont même allés jusqu’à s’identifier quasi personnellement à l’évènement : « Je suis Charlie ! ». Et cela s’est vérifié le dimanche 11 janvier lorsque des millions de personnes se sont retrouvées ensemble dans la rue mais quasiment sans cortège partisan organisé et par leur simple présence individuelle ou au mieux familiale. Et avec pour seul slogan « je suis Charlie ! » mais dans lequel chacun y puisait ses propres espoirs et/ou inquiétudes.

Bien sur nombreux également sont ceux et celles qui ne se sont pas reconnus et ne se reconnaissent toujours pas dans ce slogan « Nous sommes tous Charlie ».

Il y a tous ceux qui se sentent exclus et/ou ne se reconnaissent pas ou plus dans le système politique représentatif dominant. Et ils sont nombreux. Beaucoup vivent dans les quartiers populaires où la marginalisation économique, sociale, politique … a largement fait son œuvre. D’autres, après avoir pourtant longtemps vécu dans les banlieues, tirant un trait sur la mixité sociale et même … ethnique, vivent maintenant dans les zones résidentielles - qui n’en sont pas moins des ghettos d’un autre genre - où les slogans et les sirènes de l’extrême-droite ont depuis longtemps creusé leurs sillons dévastateurs.

Il y a également tous ceux, de culture musulmane ou non d’ailleurs, qui sont mobilisent depuis des années contre l’islamophobie et qui, tout en condamnant l’acte terroriste contre les journalistes et l’Hiper Cacher, considèrent que Charlie Hebdo a, à sa manière, contribué à entretenir cette dérive. C’est leur droit le plus absolu. Car comme toujours avec les caricatures et la satire il y a toujours l’insolence et l’irrespect. Il n’y a malheureusement pas de demi-mesures. Et je comprends que cela puisse choquer certains. Il est vrai aussi qu’avec l’émotion suscitée par le drame on sentait planer comme une injonction à « être Charlie ! » et comme une mise en demeure de « se justifier » et dans lesquels certains intellectuels médiatiques - toujours les mêmes et toujours prompts à réagir dès qu’il s’agit de l’islam et des musulmans - n’ont pas manqué de s’engouffrer. Renforçant du même coup l’attitude de ceux qui refusaient cette mise en demeure lesquels étaient d’autant moins enclins à « être Charlie » qu’un autre élément est venu les renforcer dans leur position : la présence inadmissible et choquante de trois dirigeants israéliens qui se sont de tous temps distingués par leur politique d’apartheid et leurs guerres barbares contre les palestiniens. Les caricaturistes de Charlie Hebdo assassinés apprécieront !

Mais attention, pas d’amalgame !

(à suivre)

Mohsen Dridi

Le 12 janvier 2015

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