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13 Jun

Le 12 juin 1985, il y a 29 ans, c’était « la dernière séance » de l’Olympia

Publié par menzelbourguiba-ex-ferryville.over-blog.fr  - Catégories :  #Récits, #ballades ..., #Chroniques culturelles, #Mémoire, mémoires

Le 12 juin 1985, il y a 29 ans, c’était « la dernière séance » de l’Olympia

Le 12 juin 1985, il y a 29 ans, c’était « la dernière séance » de l’Olympia

Le mercredi 12 juin 1985, il y a donc de cela 29 ans, un incendie ravage le cinéma Olympia de Menzel Bourguiba, un petit joyau des loisirs et de la culture mais aussi de l’architecture art-déco. Ce 12 juin fut pour ainsi dire la dernière séance de notre prestigieuse et belle salle de cinéma. Triste anniversaire. Aujourd’hui ils ne restent que les murs de façades en ruines. Selon le quotidien « Le Temps » le feu aurait « pris naissance à l’issue d’une séance vers 17h 30 dans la cabine de projection. Il prit vite de l’ampleur pour se propager dans toute la grande salle, et atteindre ensuite les balcons puis le toit dont une grande partie s’est effondrée ». Ainsi donc s’achève, en ce 12 juin 1985, l’aventure de notre Olympia qui avait débuté 50 ans plus tôt en 1933-34. Et dire que nous aurions dû fêter en 2014 les 80 ans de sa création.

L’Olympia c’est le sieur Jacques Bagur qui en fut l’initiateur. A Ferryville il n’y avait alors à cette époque qu’une seule salle de cinéma, le « Métropole », construite entre 1914 et 1916 qui passait des films muets en noir et blanc avec 2 séances par semaines (le jeudi pour les enfants et le dimanche pour les adultes). C’est surtout dans le contexte de l’entre deux guerres mondiales que Ferryville va connaître un développement des infrastructures collectives des loisirs et de la culture (telles la salle des fêtes, le stade, le kiosque à musique …). Avec la construction de l’Olympia, en 1933 – 34, qui s’appelait alors « Olympia : Théâtre Jacques Bagur » la ville commençait à entrer dans la merveilleuse histoire du cinéma certes en tant que loisirs avant tout mais qui donna néanmoins aux ferryvillois une impulsion à une culture cinématographique en tout cas à un attrait certain pour le 7ème art qui d’ailleurs se perpétua de génération en génération jusqu’au années 1980. Deux salles de cinéma jusqu’en 1935 puis ce au tour du Rex et enfin du Ferry ciné (qui deviendra plus tard le Mon-ciné). J’en avais déjà parlé dans un précédent papier sur ce blog (ici). Petit à petit une tradition s’installa et aller au cinéma était l’un des grands loisirs des menzéliens et chacun se souvient des files d’attente à chacune des séances, dans les quatre salles de la ville, et surtout le mercredi jour des changements de programme. Et de l’ambiance des projections que retrace d’ailleurs admirablement (même si l’histoire se déroule en Italie) le film italien Cinéma paradiso de Giuseppe Tornatore tourné en 1986. Comme quoi le ressenti est le même quel que soit l’endroit, car le cinéma possède cette magie universelle. A signaler aussi que Menzel Bourguiba créa son premier ciné-club en 1952, puis son association des jeunes cinéastes amateurs dans les années 1960 laquelle d’ailleurs participa activement lors des premiers festivals du cinéma amateur de Kélibia (en présentant à deux reprises au moins des films).

L’Olympia était donc une grande salle destinée à des spectacles divers et variés (théâtre, opéra, musique, cinéma …). Mais quant on regarde bien les affiches de cette époque et notamment celles présentant le programme du jeudi 19 avril au dimanche 22 avril 1934 nous avons là quelques informations intéressantes : C’est en effet en avril 1934 que fut inauguré le théâtre (ce qui veut dire que jusque là il n’y avait que l’activité cinéma qui fonctionnait) et bien sûr, mis en évidence et en gras, on y inaugurait dans le même temps le fameux « bar de l’Olympia » avec la précision que l’on y trouvera « une consommation de 1er choix et un service irréprochable ». Dans le programme très varié on trouve d’ailleurs beaucoup de musique et outre les ouvertures symphoniques on y annonce comme attraction rien de moins que l’orchestre Ray Ventura et son jazz.

Un mois plus tard l’Olympia récidive un mois plus tard, le 23 mai 1934, où l’on annonce « une grande soirée artistique » avec musique et théâtre et, en première partie, l’orchestre « Artistic Club Ferryvillois ». C’est dire que la musique et les bals que nous avons connu à Rondeau ou Guengla est une tradition ferryvilloise bien encrée et ancienne. Mais çà c’est une autre histoire.

1954 … soit 20 ans plus tard, voilà que l’Olympia se refait une beauté et annonce « qu’après un arrêt de quelques jours pour permettre - cela dans un temps record – la rénovation complète de la décoration de la salle et la modernisation de la cabine de projection grâce aux derniers progrès du « Cinémascope », équipée par la Westerx Compagny ». Le 24 décembre 1954 l’Olympia rouvre donc totalement rénové et le premier film à être programmé en cinémascope est « Une sacré gamine » avec entre autre Brigitte Bardot.

Décidemment l’Olympia, comme le Métropole, le Rex ou le Ferry-ciné nous auront donné les plus belles joies et laissé de merveilleux souvenirs avec plein de films dans la tête. Le cinéma une belle machine à rêver. Et dire qu’il y a des gens qui veulent nous interdire ce droit au rêve et à l’imagination. Aujourd’hui toutes les salles de cinéma sont malheureusement fermées, à l’image (sans jeu de mots) de ce qui se passe dans tout le pays puisqu’il n’y aurait plus aujourd’hui que 12 salles de cinéma en Tunisie (soit environ une salle pour … un million d’habitants) alors qu’il y en avait 116 dans les années 1955[1].

La révolution a commencé à faire bouger un peu les choses mais il y a un tel retard à rattraper non seulement en terme de production de films que d’infrastructures (salles de cinéma …) soit à restaurer soit à construire et surtout … surtout regagner le public sans lequel il n’y a pas de cinéma. C’est une bataille de tous les instants. Mais heureusement qu’il y a encore des gens amoureux du cinéma et qui animent le ciné-club, dans la salle du Métropole et qui tentent de maintenir, un peu, cette flamme (ici). Une vraie révolution démocratique ne peut se pérenniser et se transmettre de génération en génération que par la généralisation et la démocratisation de la culture et des arts. Donc du cinéma ! (ici). En s’attaquant à la culture et aux arts (et aux artistes) les obscurantistes ne se sont pas trompés de cibles.

Mais … le 12 juin 1985, il y a de cela 29 ans, l’Olympia jouait, ce jour là, sa dernière séance.

Mohsen Dridi

Le 4 juin 2014

Je vous invite également à regarder

le blog de Michel Giliberti sur l’Olympia

http://www.michelgiliberti.com/article-l-olympia-de-menzel-bourguiba-52159576.html

le site de Christian Jung

http://ferryville-menzel-bourguiba.com/DOCANCAV1950/doc-CT/olympia-CT.html

Et, nostalgie pour nostalgie, je ne peux m’empêcher de partager, à ce propos, cette merveilleuse chanson d’Eddy Mitchell : http://www.youtube.com/watch?v=jHNWI16o2y0

[1] en 1955, les salles de cinéma étaient au nombre de 116 en Tunisie ; en 1990, il n’en restait que 78 ; en 1998 elles passent à 40, en 2001 à 36, en 2008 à 22 et finalement à 12 en 2012.

Une photo qui date sans doute de 1960 (?) devant l'affiche du film "Les aventures de Hadji" à l'Olympia

Une photo qui date sans doute de 1960 (?) devant l'affiche du film "Les aventures de Hadji" à l'Olympia

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