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01 Jun

Elections européennes : élections défouloirs ou prélude à … ?

Publié par menzelbourguiba-ex-ferryville.over-blog.fr  - Catégories :  #Chroniques sociales et politiques

Elections européennes : élections défouloirs ou prélude à … ?

Elections européennes : élections défouloirs ou prélude à … ?

Après nous avoir annoncé à longueur d’émission et des Unes des semaines durant que l’abstention d’une part et le FN de l’autre allaient être les grands gagnants des européennes voilà que les médias sont les premiers étonnés et scandalisés par les résultats du scrutin. Bien sûr les médias ne sont pas responsables de ces résultats, ils ne sont que le thermomètre par lequel on scrute le pouls de l’opinion à un moment donné.

Alors ces européennes cru 2014 sont-elles aux yeux des électeurs, comme à chaque fois, des élections défouloirs ou alors annoncent-elles autre chose.

D'abord quelques chiffres

En comparant les scrutins de 2009 et 2014 on constate ce qui suit :

1/ les inscrits : alors qu’ils étaient 44.425.088 en 2009 ils sont 46.555.253 en 2014 soit une augmentation de 2.130.165 électeurs.

2/ les votants : avec 19.753.140 votants en 2014 et 17.992.161 votants en 2009 soit une augmentation de 1.760.979 votants.

3/ Le grand gagnant de 2014, après l’abstention, est le FN qui multiplie par quatre son score de 2009 passant de 1.091.691 votants à 4.711.339. Il gagne ainsi 3.619.648 voix (+ 332%).

Les autres listes qui gagnent en voix sont le Centre (+ 427.210 voix, + 29%) et le Front de Gauche (+ 85.368 voix, + 8%)

4/ les grands perdants (en voix) sont :

La liste des Verts qui passent de 2.803.759 voix en 2009 à 1.695.914 voix en 2014 soit une perte de 1.107.845 voix (- 40%).

Les listes d’Extrême-gauche perdent 746.455 voix en 2014 (-71%) (Elles n’ont en effet rassemblé 303.561 voix alors qu’elles en avaient obtenu 1.050.016 en 2009). On peut penser que ces électeurs ont plutôt choisi l’abstention.

La liste UMP qui passe de 4.799.908 voix en 2009 à 3.942.766 voix en 2014 soit une perte de 857.142 voix (- 18%)

La liste PS est le 4è perdant en voix mais néanmoins dans une moindre mesure puisqu’il ne perd que 188.958 voix (2.838.160 voix en 2009 contre 2.649.202 voix en 2014 soit - 7%)

En résumé

Il y a donc 1.760.979 nouveaux votants en 2014. A supposer qu’ils se sont tous reportés sur le FN ils reste encore à chercher d’où proviennent les 1.858.669 autres voix pour expliquer l’augmentation de 3.619.648 de voix.

Si le FG (+ 85.368) comme le Centre (+ 427.210) gagnent des voix en 2014 par rapport à 2009 et que le PS ne perd que 188.958 voix ou encore si l’on compte les 746.455 perdu en 2014 par l’Extrême-gauche (et dont on peut penser qu’ils se sont majoritairement abstenus) c’est donc plutôt parmi les 857.142 électeurs de l’UMP qui ont manqué à l’appel en 2014 par rapport à 2009 (voir peut-être parmi les 1.107.845 électeurs qui avaient voté Verts en 2009 et qui se sont volatilisés en 2014). C’est même probablement dans le déplacement de l’électorat de l’UMP vers le FN qu’il faut chercher l’explication ce vote. Mais attention il pourrait aussi bien s’agir d’électeurs qui votent traditionnellement à droite, outre les nouveaux inscrits, qui ont pu se mobiliser beaucoup plus fortement que lors des élections de 2009, ce qui est plausible, car on sait bien que se sont les électeurs de gauche qui ont davantage choisi l’abstention en 2014 pour exprimer leur mécontentement vis-à-vis du pouvoir socialiste.

Ceci étant Il ne faudrait pas oublier le principal message de ces européennes dont le vote FN n’est qu’une des dimensions. En effet si l’on ajoute aux abstentionnistes de 2014 toutes les listes (ou presque puisque l’on ne prend pas en compte ici le vote pour les listes régionalistes ou encore les divers gauche et divers droite lesquelles doublent leur score de 2009 passant de 1.283.381 à 2.568.070) qui ont toujours été critiques vis-à-vis de l’UE on doit se rendre à l’évidence c’est bien à un rejet, sinon de l’Europe et de la construction européenne, en tout cas de cette conception ultralibérale et financière de l’Europe auquel nous avons assisté. Ainsi et malgré les 1.760.979 nouveaux votants on constate que les listes considérées comme pro-européennes perdent plus de 1.700.000 voix par rapport à 2009 alors que dans le même temps celles opposées en gagnent plus de 2.900.000.

Néanmoins si cette échéance concernait l’Europe il ne faudrait pas oublier que le débat franco-français a été l’autre grand marqueur de cette élection. Outre le rejet du pouvoir on assiste de plus en plus à une recomposition dans les partis dits de gouvernement. A l’intérieur de l’électorat de droite où les conservateurs semblent gagner du terrain. Et c’est l’UMP qui en subit les effets. Les municipales de mars 2014 ont été le premier signe. Dans cette recomposition on assiste à un renforcement du vote souverainiste, « national-populiste » et d’extrême-droite de plus en plus décomplexée. Et pas seulement par le bulletin de vote puisqu’ils occupent aussi l’espace public par les manifestations de rue. Et curieusement c’est lorsque l’extrême droite et le FN se sont emparés des thèmes de la justice sociale - qui étaient jusque là portés par la Gauche – qu’ils ont commencé à gagner du terrain surtout auprès des classes moyennes qui craignent de faire les frais de la crise. Et le problème n’est pas spécifiquement français puisque le phénomène touche toute l’Europe.

Et la recomposition ne touche pas seulement la Droite, la Gauche n’y échappe pas même si pour l’instant seul le PS est bousculé.

Mohsen Dridi

Le 31 mai 2014

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