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17 Apr

Municipales 2014 : Candidat-es et élu-es « issus de … » dans le 9-3

Publié par menzelbourguiba-ex-ferryville.over-blog.fr  - Catégories :  #Chroniques sociales et politiques

Municipales 2014 : Candidat-es et élu-es « issus de … » dans le 9-3

Les élections municipales organisées les 23 et 30 mars 2014 étaient destinées à renouveler l’ensemble des conseillers municipaux dans les 36 682 communes françaises. En Seine Saint-Denis, plus connu par le sobriquet « 9-3 », il y avait 1582 sièges à pourvoir. Le Département compte 1.527.216 habitants et 754.628 inscrits sur les listes électorales. Mais seuls 372.383 électeurs sont allés voter lors des municipales de mars 2014 soit 49,35% des inscrits. Quelques 7702 candidats au total, toutes listes confondues (il y avait 188 listes de partis en course au premier tour) s’étaient présentés dans les 39 communes du département et parmi eux il y avait, cette fois-ci, plus de 2200 candidats (2215 comptabilisés ou plutôt « identifiés » comme tels[1]) dits « issus de l’immigration » ou « de la diversité » (soit donc prés de 29%). Pour rappel en 2008 ces candidats « issus de… » étaient au nombre de 1300 environ soit 18% sur un total de 6758 candidats.

Candidat-es et élu-es « issus de … »

Je l’avais déjà signalé dans un petit papier que j’avais justement rédigé en 2008 à l’issu des municipales et où j’avais constaté une certaine effervescence dans la participation de la part des français d’origine étrangère et dans les quartiers populaires notamment. « Comme partout en France … ces municipales (de 2008) n’ont fait que confirmer une tendance déjà constatée lors des présidentielles et des législatives de 2007. (…) C’est à l’évidence un signe de bonne santé citoyenne. Mais à coup sûr les révoltes urbaines de 2005 sont également passées par là. Et ce n’est sans doute pas un hasard si dans le 9-3 (la Seine Saint-Denis) le phénomène est plus qu’ailleurs amplifié ». Et « si cette participation se vérifie également dans de nombreux autres départements la question se poserait alors de savoir s’il s’agit d’un feu de paille, un simple effet conjoncturel ou si au contraire si l’on a à faire à une tendance lourde d’un fait sociétal qui s’affirmera davantage encore au cours des prochaines échéances ». Voilà donc, en 2014, à nouveau peut-être une confirmation de cette tendance. Mais une confirmation dans toutes ses variantes à savoir à la fois un fort engagement des citoyen-nes « issus de … » dans la campagne électorale notamment par le nombre de candidatures mais également un comportement à l’identique du corps électoral en général et celui des quartiers populaires du département en particulier à savoir un fort taux d’abstention (plus de 51%). L’abstention dans le 9-3 est depuis toujours supérieure à la moyenne nationale. Mais cela n’est pas contradictoire. L’engagement des candidats « issus de … » est très souvent le prolongement d’un engagement plus ancien dans le tissu associatif local et concerne le plus souvent une jeunesse sensible aux questions sociales et sociétales. Pour ce qui concerne l’abstention des électeurs il exprime une défiance des couches populaires à l’égard des politiques surtout quand c’est la gauche qui est au pouvoir et que les attentes légitimes ne sont pas satisfaites. Et les électeurs « issus de … » ne se distinguent pas du reste de la population. Mais, par contre, le phénomène nouveau à relever est peut-être à chercher dans l’orientation de partis de droite qui semblent timidement s’adapter à la situation spécifique des quartiers populaires en prenant de plus en plus en compte la composition sociologique des communes et ne rechignent donc plus à aller chercher candidats et électeurs là où ils sont et tels qu’ils sont, sans trop de préjugés. Et c’est une nouveauté à laquelle il faudra être dorénavant attentif.

1582 sièges étaient donc à pourvoir dans le 9-3. Il y a eu 404 élu-es « issus de… » représentant un peu plus du ¼ des élu-es (26%) dont une courte majorité (51%) de femmes avec 206 élues. En 2008 les résultats avaient été de 274 élus environ dont 145 hommes et 129 femmes pour un total de 1300 candidats. Donc en 2014 une augmentation d’environ 47%. Bien sûr cette augmentation n’est par uniforme sur l’ensemble des communes du département.

(voir tableau 1)

Ces 404 élu-es sur plus de 2200 candidats l’ont été sur l’ensemble des familles politique et des listes électorales mais, néanmoins, on retrouve la grande majorité d’entres-eux sur les listes de la gauche avec 240 élus (59%) sur 1324 candidats suivi des listes de l’Union de la droite avec 160 élus (39.6%) sur 707 candidats et enfin sur des listes sans-étiquettes (4 élus sur 182candidats). Les listes du FN qui ont pourtant présenté 2 candidats « issus de … » n’ont pas obtenu d’élus.

(voir tableau 2)

A remarquer cependant que si dans la plupart des communes (à l’exception de Gournay s/marne, du Pré-Saint-Gervais, de Pavillon s-bois, de Neuilly plaisance et le Raincy) toutes ou presque toutes les listes ont fait appel à des candidatures « issues de … », certaines se sont même distinguées avec des taux exceptionnels comme le montre le tableau 3.

(voir tableau 3)

Dans certaines communes comme par exemple à Clichy s/Bois (ville où a démarré la révolte urbaine en 2005) où la liste de la Droite comportait 80% de candidats « issus de … », ou à Sevran elle faisait encore mieux avec 84% tandis qu’à Aubervilliers on en comptait pas moins de 76%, à Aulnay 72% … Bref on peut même dire que certaines listes de la Droite et notamment les listes UDI ou Modem doivent quasiment leur existence électorale grâce à l’apport de ces candidats « issus de … ». Ceci dit la Gauche n’est pas en reste comme par exemple à Villetaneuse où la liste socialiste comportait 70% de candidats, à Villepinte 69%, à la Courneuve 67%, à Bondy 64% … Mais comme on sait que les immigrés votent traditionnellement majoritairement pour la gauche cela n’est pas à vrai dire une surprise. Plus surprenant par contre se sont les scores des listes de Droite dans des communes connues pour leur ancrage à gauche. Comme si ces élections avec des listes comportant une majorité de candidats « issus de .. » étaient le moyen et un chemin de traverse par lequel la droite retrouvait un droit de cité. Est-ce le début d’un processus de banalisation de l’immigration aux yeux de la droite et réciproquement de celle-ci aux yeux de l’immigration ? Rien n’est moins sûr car on sait que les quartiers populaires se sont massivement abstenus et que cela a plutôt favorisé les listes de droite.

De même on constate que dans l’ensemble du département lorsque l’on ramène le nombre de candidats « issus de … » (2215) au nombre total de candidats (7702) nous obtenons une moyenne de 28.8%. Cependant ce n’est là qu’une moyenne car des écarts importants sont à signaler dès lors que l’on se penche dans le détail des communes. Ainsi il y a un peu moins du tiers des communes où le taux de candidats « issus de … » est largement inférieur à cette moyenne (comme au Raincy ou à Pavillons s-Bois avec 3%, Le Pré St-Gervais : 7%, Noisy le Grand : 8%, Neuilly Plaisance : 10%, Drancy, Rosny s/b : 11% …), et un autre grand tiers largement au dessus de cette moyenne avec des taux allant de 40 à 68% (comme à Aubervilliers, Bondy, Clichy, La Courneuve, Pierrefitte, Sevran ou Villetaneuse)[2].

Et curieusement on peut faire deux constats : 1/ plus le nombre des candidats « issus de … » est élevé et plus ils ont des chances d’être élus (la loi du nombre quoi) et 2/ le plus souvent on retrouve cette corrélation avec les listes de gauche. Faut-il en conclure que se sont les communes (et les listes) de gauche qui favorisent une plus grande participation des candidats « issus de … » et permettent finalement un plus grand nombre d’élus ?

Je me permets d’ajouter un autre facteur, celui des revenus et des salaires moyens dans les différentes villes du 9-3, qui permet peut être de mieux saisir les comportements des électeurs : En effet si le salaire moyen dans le département de la Seine-Saint-Denis en 2010 s’élève à 2022€ on constate néanmoins une disparité et que d’une ville à l’autre les écarts ne sont pas à négliger. Qui plus est on retrouve une certaine corrélation avec le précédent constat : les communes où les salaires moyens sont les plus élevés (de 2000 à 2500€) sont justement celles où l’on a constaté un faible taux de candidats « issus de … » et inversement là où il y a une forte participation se sont les villes où les salaires sont en dessous (entre 1700 et 1900€). Mais faut-il pour autant en tirer des conclusions hâtives. Cela mérite d’être étudié un peu plus sérieusement.

Le 17 avril 2014

Mohsen Dridi

[1] Les statistiques dites « ethniques » ne sont pas autorisées en France. Il a bien fallu cependant, pour les besoins de ce texte, se référer à quelques critères afin de déterminer et d’essayer d’identifier ces personnes « issues de … » (soit les noms et prénoms et/ou les photos quand elles étaient disponibles). C’est la raison pour laquelle les chiffres présentés ici n’ont rien de scientifiques et sont sans aucun doute en dessous de la réalité. Néanmoins la marge d’erreur est minime.

[2] A l’exception tout de même de Montreuil qui se distingue de cette catégorie sans pour autant l’infirmer. La raison en est simplement que cette commune qui a vu un nombre important de candidats « issus de… » (environ 82) a vu dans le même temps un nombre total de candidats (toutes listes confondues) encore plus important s’élevant à 440.

Tableaux

Tableau 1

 

Total candidats

Candidats « issus… »

élus « issus de … »

 

total

Hommes

Femmes

Total

Hommes

Femmes

7 702

2215

1110

1105

404

198

206

100%

28.5%

 

49.9%

 

49%

51%

 

 

Tableau 2

 

Candidats et élus « issus de … » sur les différentes listes

Droite

Gauche

Autres listes

FN

candidats

élus

candidats

élus

candidats

élus

candidats

élus

707

160

1324

240

182

4

2

0

 

39.6%

 

59%

 

0.99%

 

 

 

 

 

Tableau 3

 

Commune

Nb de sièges

Nombre et taux

de candidats « issus de … » sur les listes de

 

 

Gauche

Droite

Autre liste

Clichy

35

21 (60%)

28 (80%)

 

Aubervilliers

49

23

37 (76%)

38 (77,6%)

Aulnay

53

16

38 (72%)

22

La Courneuve

39

26 (67%)

 

 

Sevran

45

 

38 (84%)

 

Romainville

35

23 (66%)

 

 

St-Denis

55

23

35 (64%)

 

Villepinte

39

27 (69%)

 

 

Villetaneuse

33

23 (70%)

 

24 (73%)

 

 

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